Loc. cit., p
atteint souvent dix heures pendant les vendanges et les sulfatages, sans compter les trajets d'aller et retour, plus longs peut-être quepartout ailleurs, parce que les villages où habitent les journaliers sont généralement éloignés des grandes exploitations.
Malgré tout, cependant, on ne peut pas dire que dans les pays à vigne du Midi, la durée du travail quotidien soit excessive, sauf, peut-être, pour les Espagnols et les montagnards du Centre, qui viennent par milliers, à l'automne, fournir, pour les vendanges, une main-d'œuvre supplémentaire.
Mais combien n'est-il pas de régions, dans les pays à céréales surtout, où, pendant une grande partie de l'année, les ouvriers agricoles auraient autant besoin d'être protégés contre le surmenage que les plus surmenés des ouvriers industriels !
Comme il n'existe pas encore pour l'agriculture, des offices du travail, des bureaux de statistique du travail, comme pour l'industrie nous n'avons pas, ou n'avons guère d'enquêtes officielles sur la durée de travail des journaliers et des domestiques de ferme.
En France, les enquêtes agricoles de 1882 et de 1892 sont muettes sur ce point. En Belgique, les recensements agricoles ne nous apprennent rien, et les monographies des agromones ne contiennent, pour la plupart, que des renseignements assez vagues.
Toutefois, dans la Monographie de la région sablonneuse des Flandres, il y a des indications plus
précises, qui justifieraient à elles seules une intervention protectrice du législateur.
Voici, d'abord, ce qui concerne les journaliers (1).
« Dans la région sablonneuse, la journée de travail est divisée comme suit : on commence au plus tard à 5 heures du matin, de sorte que l'ouvrier doit se lever vers 4 heures ou 4 h. 1/2 pour se mettre à la besogne après un déjeuner sommaire. On travaille jusqu'à 8 heures; puis, tout le personnel déjeune, soit à la ferme, soit au champ, lorsque ce dernier est trop éloigné. Le travail est repris vers 8 h. 1/4 ou 8 h. 1/2 jusqu'à midi. C'est le moment du dîner à la ferme, suivi du repos jusqu'à 2 heures, puis le travail continue jusqu'à 4 heures. On goûte alors et, après un repos d'un quart d'heure à une demi-heure, le travail reprend jusqu'à 8 heures, quelquefois jusqu'à 8 h. 1/2. L'ouvrier donne des journées de labeur effectif de dix à douze heures. En y ajoutant les heures de repas, il se trouve qu'en quittant sa maison à 4 h. 1/2, pour y rentrer vers 9 heures, parfois 9 h. 1/2, il lui reste sept à huit à heures pour réparer ses forces par le sommeil. A certains moments, il est encore obligé de soustraire de ces quelques heures le temps nécessaire pour effectuer, sur son lopin de terre, des travaux de semaille, de moisson. »
Que l'on songe aux faibles salaires, à l'alimentation défectueuse, aux périodes de chômage d'hiver, plus