I. Auge Laribé, La viticulture industrielle, p
ouvriers agricoles et même aux petits cultivateurs dont la condition ne diffère pas sensiblement de celle des prolétaires proprement dits.
Mais quand ce projet sera voté — et quand sera-t-il voté par le Sénat? — que de choses à faire pour donner aux travailleurs des champs la sécurité complète: en cas d'accidents, en cas de maladie.
Il y a là tout un programme à réaliser. Nul autre ne saurait éveiller autant d'intérêt chez le peuple des campagnes.
§ 6. — La question des logements
On entend dire partout que l'agriculture manque de bras. Dans les villages restés purement agricoles, la population, le plus souvent, diminue. Ilsembleque l'on pourrait conclure de ces deux faits que les travailleurs agricole, si demandés, ne connaissent pas le chômage et que, d'autre part, la question des logements ouvriers, si pressante dans les villes, ne se pose pas dans les campagnes.
Or, c'est le contraire qui est vrai.
L'agriculture « manque de bras » à certains moments de l'année, quand les fermiers ont besoin d'un supplément de main-d'œuvre pour les grands travaux. Par contre, en hiver, quantité d'ouvriers restent sans ouvrage, surtout depuis l'introduction des machines à battre et la décadence des industries rurales à domi-
cile. C'est même une des raisons principales de l'émigration vers les villes.
La population de beaucoup de villages diminue, mais c'est, en partie, parce que les conditions de logements sont mauvaises et, d'autre part, à l'époque de la moisson, des vendanges, de la cueillette des fruits et du doublon, ils sont envahis par une population nomade qui, faute de logements appropriés, couche n'importe où, dans des conditions le plus souvent effroyables de saleté et de promiscuité.
Qu'une intervention législative s'impose pour contraindre les fermier à loger convenablementlesouvriers étrangers qui entrent temporairement à leur service c'est ce que reconnaissent tous ceux qui estiment que le contratde travail impose à l'employeur l'obligation de ne pas traiter ses hommes comme des animaux.
Mais, pour donner lieu, peut-être, aux abus les plus criants, cette question des logements temporaires pour les ouvriers nomades apparaît presque secondaire, au regard de la question beaucoup plus grave de l'habitation permanente pour les journaliers sédentaires, les domestiques de ferme et les cultivateurs parcellaires.
On s'accorde, en effet, à reconnaître que l'insuffisance qualitative ou quantitative des logements est une des causes les plus fréquentes de l'exode rural.
Dans un rapport présenté, en 1907, an comité delà Chambre des communes « on tbe Housingof tbe IVorhing classes Acts Amendment Wilson Fox affirme.
pat exemple, que le mauvais état et la pénurie deslogements sont une des principales causes de l'émigration vers les villes. Il cite, notamment, une lettre de Bedfordshire, disant que « s'il y avait plus de cottages les jeunes gens se marieraient et se fixeraient au village. Aujourd'hui, au contraire, des couples qui voudraient se marier ne le peuvent pas, faute de pouvoir trouver une maison. » Du Somersetshire on écrit que les conditions de logements sont détestables : d'où mécontentement des femmes, et, souvent obligation pour les hommes de transporter leur ménage en ville, afin d'avoir la paix. Aussi Wilson Fox.suggère au gouvernement de réunir les fonds nécessaires pour prêter, à faible intérêt, les sommes nécessaires pour la construction d'habitations rurales.
En France même, malgré la décroissance de la population des campagnes, la question des maisons ouvrières agricoles ne laisse pas de se poser.
Au Congrès des syndicats tenu à Angers, en juillet icp7,P.Pasquier faisait observer que, dans certaines régions, on a rasé les masures qui se trouvaient aux environs des fermes, obligeant ainsi les familles d'ouvriers ruraux à refluer vers les bourgs :
« Aujourd'hui, les hameaux détruits, les logements convenables manquent pour les ouvriers agricoles, encore que leur nombre diminue. A ce point que les capitalistes pourraient, peut-être, dans certaines campagnes françaises, comme dans les grandes cités d'Amérique, associer la philanthropie et le cinq
pour cent en construisant pour les louerdes maisons ouvrières (i).»
Quant aux domestiques, hommes et femmes, ils logent le plus souvent à la ferme, dans des conditions qui expliquent les difficultés de plus en plus grandes de leur recrutement :
«D'ordinaire — dit Pasquier — la maison du fermier, comme en 1850, est ainsi distribuée : la grande pièce de la ferme servant de cuisine et de réfectoire contient les lits des fermiers, de leurs enfants et de la servante. Une ou deux chambres, souvent peu propres, sont destinées aux hommes. Ces conditions du logement à la ferme n'ont guère changé que du fait de quelques propriétaires, toujours en minorité, qui peuvent ou veulent distraire de leurs revenus la part nécessaire pour les améliorations foncières. Notons simplement et sans commentaire que, dans cette disposition primitive et assez commune du logement, il n'y a pas de place convenable pour les domestiques mariés.
Ce défaut de pièce isolée pour les ouvriers mariés, les difficultés toujours prévues au règne de l'harmonie dans les relations entre plusieurs ménages, la crainte pour l'exploitant de voir la femme servante arrêtée par ses couches sont autant de raisons peu
1. Pasojjibr. *< L'habitation ouvrière agricole». Rapport présenté au Congres des syndicats agricoles tenu VS juillet 1907. Réforme Sociale, pr et 15 août 1907, p. 213.
conformes à la saine morale qui déterminent nos fermiers et métayers à ne pas prendre en gages les ménages ouvriers.
«Et si l'on considère que le repos du dimanche, à la campagne, n'est que bien relatif pour maîtres et valets (car il faut soigner les animaux) n'cst-il pas naïf de s'étonner que les jeunes gens fiancés, s'ils ne peuvent prétendre aux fonctions d'employés des postes, cherchent une place de valet de chambre et de cuisinière, une place de gens à tout faire, ne sachant rien faire, et au moindre prix, pourvu que ce soit ailleurs qu'à la ferme (i)?»
On voit que l'exode rural est bien plutôt une conséquence de l'insuffisance des logements, qu'un remède contre cette insuffisance.
S'il en est ainsi dans un pays de population clairsemée comme la France, à plus forte raison doit-il en être de même dans un pays de population dense comme la Belgique.
Dans les villages du Brabant flamand, par exemple, les domestiques agricoles n'ont même pas une cham bre plus ou moins propre : ils dorment dans les écuries ; leur couchette ne ressemble guère à un lit, car c'est un bac suspendu, un gîte et auquel ils parviennent au moyen d'une échelle ; en guise de matelas, ils ont un sac rempli de paille, de foin ou de gousses de colza (2).