I. Mhline. Le Retour à la Terre, p
sionnés par les dénominations de syndicats et de coopératives, sont enclins à voir dans les associations rurales le pendant des associations ouvrières, d'autres affirment, au contraire, que ce sont des associations patronales, qui écartent les petits cultivateurs, ou. tout au moins, les ouvriers.
Tandis que David et Gatti voient dans ces associations les premiers linéaments de l'organisation agricole démocratique de l'avenir, Kautskynous les représente comme une transition vers le capitalisme, dont les tentatives de cartellisation de l'agriculture en ' Allemagne laissent déjà prévoir l'aboutissement final.
Afin de nous prononcer, en connaissance de cause, entre ces appréciations si divergentes, recherchons, d'abord, quelles sont les tendances et les caractères distinctifs des associations agricoles. Nous essaierons ensuite de déterminer leur influence probable sur l'avenir de l'industrie des champs.
§ 2. — Les Tendances sociales des Associations de Cultivateurs
A part quelques groupements isolés, neutres ou socialistes, dont nous aurons à parler plus tard, les coopératives de vente, d'achat ou de crédit agricole sont, presque toujours, des créations, directes ou indirectes, de ligues ou d'associations d'un caractère plus gênerai, comme les Bœrenbonden (ligues de paysans) belges, les syndicats agricoles français, le Buud
der Landzoirthe ou les Bauernvereine allemands.
Ces associations ou ces ligues, évidemment, ne sont pas des associations ou des ligues de travailleurs, unissant les ouvriers agricoles et les petits cultivateurs contre ceux qui les dominent et les exploitent.
Sur ce point, tous ceux qui ont écrit sur les syndicats agricoles sont d'accord, quelle que soit d'ailleurs leur opinion, sur les avantages ou sur les dangers de ceux-ci.
Mais, si les syndicats agricoles ne sont évidemment pas des syndicats ouvriers, faut-il en conclure que ce sont des syndicats patronaux, ne groupant que les gros et les moyens propriétaires ou fermiers, à l'exclusion des ouvriers et des petits paysans.
C'est là une opinion très répandue, aussi bien en Allemagne qu'en Belgique ou en France.
Dans un article de la Revue Socialiste (février 1899) Rouanet, analysant le livre de Coulet sur le Mouvement coopératif et syndical dans V Agriculture française, disait par exemple :
« Contrairement à la prétention qu'affichent les meneurs d'être les représentants naturels des populations rurales, les syndicats agricoles ne sont composés que de grands et moyens propriétaires. Les petits propriétaires n'y sont que très rarement admis — jamais les manœuvres, les journaliers, les métayers — c'est-à-dire qu'à vue de nez, plus des trois cinquièmes des producteurs agricoles, vivant du pro-
duit du travail de la terre, sont exclus de ces associations dans lesquelles M. Deschanel montrait naguère une démocratie rurale nouvelle, pleine de force, de vie et d'avenir, parce qu'elle pratiquait la « mutualité ». La « mutualité agricole » des syndicats, dit M. Coulet, c'est la « solidarité des propriétaires de la terre ».
Contre ces affirmations et d'autres analogues, les partisans des syndicats agricoles, des bœrenbonden. des ligues de paysans, s'élèvent avec vigueur, et, à ne prendre que les chiffres, il semble que l'on doive leur donner raison.au moins en partie.
Pour ce qui concerne la France, tout d'abord, Rocquigny, dans son livre sur les Syndicats agricoles, reconnaît, il est vrai que si ces associations se proclament en général des syndicats mixtes, beaucoup ne le sont que nominalement et d'autres ne comptent dans leurs cadres qu'un nombre très insuffisant d'ouvriers ou auxiliaires de culture (i). Mais il proteste énergiquement contre cette idée que le mouvement syndical agricole serait une coalition de grands propriétaires (Rouanet disait : de grands ou de moyens propriétaires, ce qui n'est pas la même chose) :
« Les gros propriétaires — dit-il (2) — ne figurent dans le personnel des syndicats agricoles qu'à l'état d'exception et, dans bien des régions, en déplore,
1. De Rocquigny. Les Syndicats agùcoles et leur < p. 41. Paris, 1900.