‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 77 sur 96 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

}()<> LE SOCIALISMK ÀÛRAtRË

non sans raison, qu'ils négligent trop d'apporter à ces associations le concours de leur activité et de leur sympathie. M. P. Deschanel a fourni, à cet égard, des chiffres bien significatifs, devant la Chambre des députés, établissant que les grands propriétaires y représentent une moyenne de s o/o. M. Trésor de la Rocque a, de son côté, démontré que, sur un effectif total d'environ 850.000 agriculteurs syndiqués, on compte à peine 4.000 propriétaires possédant plus de 100 hectares. »

Dans son livre, très documenté, sur les Associations agricoles en Belgique, Turman s'attache à faire la même démonstration pour ce pays :

Lui aussi reconnaît que les ouvriers agricoles ne sauraient faire partie de la plupart des associations rurales : ne possédant ni terre ni bétail, ils n'auraient aucune raison pour s'affilier à une laiterie coopérative, à une mutualité contre la grêle ou la mortalité des animaux, à un syndicat d'élevage. Seules les sociétés de secours mutuels leurs sont pratiquement ouvertes. Mais, en revanche, les petits cultivateurs sont en nombre dans les coopératives et les syndicats agricoles. C'est dans leur intérêt surtout qu'ils ont été créés par le clergé et par les hommes d'œuvres du parti catholique. Et, quant aux grands propriétaires, certains d'entre eux, au début tout au moins, étaient plutôt hostiles que sympathiques. D'aucuns n'étaient même pas éloignés de trai-

ter les fondateurs de Bœrenbonden comme des socialistes (i).

Pour ce qui concerne l'Allemagne, enfin, Blondel constate que les Bauernvereine, les associations de paysans sont bien loin, elles aussi, d'être des ligues de grands propriétaires.

« Elles comprennent. — dit-il (2) — tous ceux qui portent le nom de Bauern, expression que rend imparfaitement le mot paysan. Les plus grands propriétaires fonciers s'honorent, en effet, de porter ce nom, qui s'applique à ceux qui exploitent le sol d'autrui, fermiers ou métayers ; mais les ouvriers agricoles, les salariés, ne sont pas des Bauern et se trouvent par suite exclus des Bauernvereine, comme ils le sont des coopératives. »

Quant au Bund der Landwirthe, la plus agressive, la plus protectionniste des ligues agricoles allemandes elle comptait, en 1901, 232.000 membres dont 1480 (0, 2/3 0/0 du total) appartenaient à la grande propriété, 28.520(12 1/30/0) à la moyenne et 202.000 (87 0/0) à la petite. Les 18.000 restants appartenaient à d'autres classes sociales : c'étaient surtout des artisans (3).

En somme, nous nous trouvons en présence de

1. Turman. Les Associations agricoles en Belgique, p. 158 et suiv. Paris, Lecoftre, 1903.

2. Blondel. Populations rurales de V Allemagne, p. 233, Paris, Larose, 1897.

Page 1