Cf. Philiitovich. Politique agraire, p
Vandervelde ai
j6fl . "IALISME AGRAIRE
témoignages concordants, qui nous permettent déjà d'entrevoir le caractère véritable des associations qui ont engendré la plupart des coopératives rurales.
Malgré la différence des milieux, tant au point de vue pratique qu'au point de vue économique, le Bundder Landwirtbe] les Baiiernvereitie, les Boerenbonden, les syndicats agricoles, présentent un certain nombre de caractères communs.
D'abord, les salariés en sont pratiquement exclus, ou n'y jouent qu'un rôle secondaire (i).
En second lieu, les petits paysans, fermiers ou propriétaires, y ont, le plus souvent, la majorité numérique.
Ce n'est pas un mouvement ouvrier. Ce n'est pas non plus un mouvement de gros propriétaires. C'est un mouvement de la classe moyenne des campagnes, qui tend à grouper tous ceux qui possèdent ou cul-
i . Dans un article du Paysan, organe des ligues de paysans belges (octobre 1906), on énumère comme suit les avantages que les corporations agricoles peuvent procurer à l'ouvrier des champs : i° Certes, il ne peut participer grandement aux achats en commun d'engrais chimiques ; mais quand il s'agit d'achats en commun de farine de lin, de farine de coton, de son, etc. , il peut en profiter, s'il a une vache, et il en profite ; 20 Les caisses locales d'épargne et de crédit ont permis aux petits paysans et aux ouvriers agricoles d'acheter leurs animaux à crédit, au lieu de louer, le plus souvent à des taux usuraires, une ou deux vaches à des particuliers ou même à des sociétés constituées à cette fin ; 3" Ils assurent leurs bêtes aux mutualités d'assurance.
tivent un coin de terre, et se distinguent, par cela même, du prolétariat.
Mais de ce que, numériquement, les propriétaires de quelque importance ne représentent, 'dans les syndicats ou les ligues agricoles, qu'une minorité, et même une minorité assez faible, il ne faut pas en conclure que leur influence se mesure d'après leur nombre.
Quand on vient nous dire, par exemple, que sur 850.000 syndiqués agricoles français, il n'y a que 4.000 propriétaires de plus de ioo hectares, on oublie, ou l'on feint d'oublier que ces 4.000 propriétaires possèdent, peut-être, à eux seuls, le quart de l'étendue occupée par l'ensemble.
Ce sont les plus riches, souvent les plus instruits, en tous cas les plus influents, et, s'ils n'ont pas la majorité dans les assemblées générales, il est bien rare que la majorité, sinon l'unanimité, ne leur soit acquise dans les conseils d'administration.
Quant aux petits, et surtout aux très petits cultivateurs, ils peuvent être nombreux, ils peuvent même former la plus grande partie de l'effectif, mais, au fond, ils n'ont pas plus d'influence directrice dans les syndicats agricoles, que la foule des petits obligataires ou actionnaires, dans la Compagnie du Nord, ou le Paris-Lyon-Méditerranée.
Certes, les dirigeants leur assurent des avantages matériels. Peut être même ces avantages dépassentils ceux que l'association procure aux « autorités
sociales » qui la fondent et qui la dirigent. Mais ces « autorités sociales » ont, le plus souvent, un tout autre but que d'acheter leurs engrais à meilleur compte ou d'écouler plus facilement leur beurre.
Ce qu'elles veulent, c'est grouper autour d'elles une clientèle qui les appuie dans leurs visées protectionnistes ; c'est opposer à la politique socialiste, qui tend à rapprocher les travailleurs agricoles et industriels, une politique agrarienne, cléricale ou conservatrice, qui tend à rapprocher toutes les classes de la population rurale — sauf, peut-être les ouvriers proprement dits, — pour la défense de ce que l'on appelle « les intérêts communs de l'agriculture», bien qu'il serait plus exact dédire: les « intérêts communs des propriétaires fonciers ».
Aussi n'est-ce que par une véritable piperiedemots que l'on essaie de représenter, dans certains milieux, le mouvement des boerenbonden et des syndicats agricoles comme un mouvement démocratique. Certes, ces associations s'attaquent à certains groupes d'intermédiaires, combattent certaines formes de capitalisme, prennent, dans certains milieux, des allures démagogiques — que de fois les ligues agraires ontelles été des foyers d'antisémitisme — mais, au fond, elles représentent un mouvement réactionnaire, dirigé à la fois contre le prolétariat socialiste et contre l'industrialisme.
§3. — Les résultats des associations agricoles
Les préoccupations conservatrices ou réactionnaires des chefs de file du mouvement agrarien ne peuvent faire de doute pour personne. Mais il arrive souvent en matière sociale, que les conséquences réelles d'un mouvement soient très différentes de celles que ses promoteurs avaient en vue. Somme toute, les curés belges, les agrariens allemands, les gros propriétaires fonciers qui créent des syndicats agricoles, tirent les cultivateurs de leur isolement. Ils les initient aux progrès de la technique agricole, Ils leur montrent expérimentalement les avantages de l'association sous toutes ses formes. Il leur apprennent à se débarrasser de l'exploitation des intermédiaires. Bref, pour être vernissées de cléricalisme, de capitalisme ou d'agrarianisme, les caisses de crédit les laiteries coopératives, les sociétés pour l'achat d'engrais ou de semences n'en ont pas moins de très bons côtés.
Aussi voyons-nous des socialistes comme David ou Gatti professer, pour la coopération agricole, une sympathie qui ne s'étend pas seulement aux associations de paysans libres, comme les coopératives du Damenark, de la Suisse ou du Languedoc, mais à toutes les associations qui ont pour but d'organiser le crédit, l'achat des matières premières, la vente ou la transformation industrielle des produits agricoles.
Ce n'est pas, bien entendu, qu'ils considèrent ces associations comme une transition vers le collectivisme.
Pas plus que Kautsky, ils ne croient que l'achat en commun des engrais ou la fabrication collective du beurre soient le prélude de la mise en commun des propriétés et de l'exploitation collective des terres ; mais, suivant l'expression de Gatti, ils considèrent la coopération agricole comme un acheminement vers une sorte de fédéralisme économique, qui remplacerait l'actuel individualisme, tout en admettant, jusqu'à une époque indéterminée, l'existence de la propriété privée (1).
Pour eux, l'association agricole c'est l'avenir assuré à la petite culture, c'est la condamnation définitive des théories « orthodoxes » sur la disparition inévitable de la petite propriété.
« Appauvrie et en pleine crise — dit Gatti (2) — prête, selon les marxistes, à sombrer dans un abîme d'où les sociologues de la bourgeoisie s'efforceraient en vain de l'éloigner par des mesures législatives, la petite propriété agricole va se sauver sans besoin de secours extérieur, en passant de l'isolement à l'association, et par l'association — c'est-à-dire par la possibilité d'utiliser le nouvel instrument technique— à un cycle d'existence nouveau.
1. Girolamo Gatti. Agriculture et Socialisme, p. 365. Milan, 1900.