Loc.cit., p
sée par deux dispositions essentielles : d'abord, elle organise au profit du fermier un système de certificats lui permettant de vendre son blé non plus forcément, comme dans le passé, à Yelevator l'ayant reçu, mais à son choix sur une des bourses de Saint- Paul, Minneapolis, Saint-Cloud ou Duluth. Ainsi l'agriculteur devait être mis à l'abri des manœuvres ayant pour but de lui acheter à un cours inférieur aux prix qu'il aurait pu réellement obtenir en bourse. D'autre part, au cas où le fermier ne se trouve pas satisfait de la détermination du type de son blé par Yelevator, il a le droit d'en envoyer un échantillon à un inspecteur résidant à Saint-Paul, qui, sous forme de simple avis, revise en réalité le jugement de la commission de Yelevator.
Au témoignage de Souchon, les plaintes des agriculteurs se seraient atténuées depuis le vote de cette loi ; mais d'autres soutiennent, au contraire, que la loi est pratiquement insuffisante. En tous cas. l'impopularité des compagnies de chemins de fer n'a fait qu'augmenter. Aussi l'une des réformes les plus réclamées dans les milieux agricoles des Etats-Unis c'est la nationalisation des chemins de fer,ou,toutau moins, l'établissement d'un rigoureux contrôle d'Etat sur leur exploitation .
Il va sans dire que cette adhésion à l'un des points du programme socialiste- qui se retrouve d'ailleurs dans le programme d'autres partis — n'implique point, de la part des fermiers, une adhésion au pro-
gramme socialiste lui-même. Pour être exploités par de plus puissants qu'eux, ils n'en exploitent pas moins les salariés qui sont à leur service^ et, s'ils n'aiment point les magnats du capitalisme, ils aiment moins encore les militants du prolétariat.
Néanmoins, ce n'est pas un facteur négligeable, pour ceux qui poursuivent l'extension du domaine collectif, que cette concordance d'intérêts, si limitée soit-elle, entre les travailleurs et une fraction de la classe capitaliste.
Si l'on admet, comme nous l'admettons, que le socialisme ne triomphera pas tout d'un bloc, mais que son avènement, par la poussée du prolétariat, sera préparé par une série d'extensions du domaine collectif, accompagnées de réformes progressives dans l'exploitation de ce domaine, il n'est pas sans importance que, parmi les capitalistes eux mêmes, il y en ait qui réclament avec nous la socialisation d'industries fondamentales, comme les industries extractives, ou les industries des transports.
Or, pour ne parler que des agriculteurs, beaucoup d'entre eux trouveraient un avantage considérable à ce que les mines et les chemins de fer étant socialisés, ils aient au prix de revient — sans prélèvement fiscal ou capitaliste — l'usage des moyens de transport et, pour ceux qui cultivent sous verre, le combustible.
C'est ainsi que, d'après Ridder Haggard, les deux principaux sujets de plainte des producteurs de fruits
et de légumes qui forment le gros de la population de Guernesey, était — à l'époque où il fit son enquête — le coût de l'anthracite, qui atteignait en 1901, le prix de 2} shilling la tonne et, d'autre part, l'élévation des tarifs de transport par terre et par mer pour le marché de Londres: « Depuis leur amalgamation, les chemins de fer du Sud de l'Angleterre, dont dépend la prospérité de l'île, font aux cultivateurs des conditions très dures, parce qu'il n'y a plus de concurrence. D'autre part, pour établir une ligne de navigation rivale, il faudrait 100.000 livres. Aussi ne fait-on qu'en parler sans agir. D'ailleurs, si l'on essayait de réaliser pareil projet, d'aucuns pensent que la compagnie de chemin de fer refuserait de transporter les cargaisons quand elles arriveraient à la côte anglaise (1). »
Cette situation, au surplus, n'a rien d'exceptionnel. Ridder Haggard constate, au contraire, que les inconvénients de l'exploitation par les compagnies se font sentir dans toutes les régions agricoles :
« L'un des maux les plus graves dont l'agriculture anglaise ait à souffrir — dit-il (1) — c'est l'avidité