‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 94 sur 96 · I. Ridder Haggard. Rural England, 1, p. 349. Ibid.A, p · texte numérisé non relu

I. Ridder Haggard. Rural England, 1, p. 349. Ibid.A, p

c'est un fait que le « ring » paie aux producteurs les prix qui lui conviennent. Nous avons essayé de nous syndiquer, mais en vain. Ils sont trop forts. Le petit cultivateur est obligé d'emprunter au facteur, qui, de cette façon, a toute la récolte en son pouvoir. » Un autre gentleman me racontait que les producteurs n'étaient pas autorisés à être présents, lorsque le facteur vendait la récolte au marchand, de telle façon qu'ils ne savaient jamais ce qui s'était passé. D'autre part, les marchands refusaient de traiter directement avec eux. Un autre m'affirmait, avec des documents à l'appui, que certains facteurs ont pris l'habitude de visiter les marchés avant que la récolte ne soit faite et d'offrir des avances aux fermiers qui peuvent se trouver à court d'argent. A partir de ce moment, le débiteur est tout à fait à la merci de son créancier, et doit subir toutes les conséquences que le mauvais vouloir et la négligence de celui-ci fait retomber sur lui. On devine comment de telles affaires sont destinées à finir ».

Il va sans dire que pareil état de choses aggrave singulièrement les conséquences des crises agricoles, pour les producteurs, tout en supprimant, ou en diminuant, pour les consommateurs, les avantages qu'ils pourraient tirer de la baisse des prix, pendant les périodes de dépression.

Aussi les uns et les autres ont-ils intérêt à la suppression des intermédiaires inutiles et à l'établisse-

ment d'une organisation plus rationnelle de la vente des produits agricoles.

C'est pour tendre à ce résultat que, dans la plupart des branches, on s'est efforcé, ou l'on s'efforce de créer des coopératives. Mais, nous l'avons vu, ces tentatives n'ont eu, jusqu'à présent, qu'un succès très limité.

Quelques paysans peuvent s'entendre, sans trop de difficultés, pour vendre coopérativement, des câpres, des fleurs coupées, des légumes de primeur. Mais pour organiser dans un pays le commerce du blé, de la viande, et, d'une manière générale, des produits de consommation courante, il faut des organes puissants, que, seuls, le capitalisme ou le collectivisme peuvent créer.

C'est ainsi qu'en Allemagne, en Russie, aux Etats- Unis, les elevators, les Komhaûser, les magasins de blé appartiennent, soit à de grandes compagnies, soit à l'Etat, qui les loue à des sociétés coopératives.

De même, pour le commerce de la viande, il faut aujourd'hui des halles, des marchés, des abattoirs, dont les installations, de plus en plus centralisées, sont évidemment trop coûteuses pour que, livrées à elles-mêmes, de modestes coopératives puissent songer à les établir.

Il n'est pas jusqu'au commerce du lait qui ne soit en train de passer rapidement de la forme individualiste à la forme capitaliste ou collectiviste.

« Actuellement — lisons-nous dans une brochure

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sur l'industrie laitière publiée par Cornély (i) — des sociétés importantes exploitent des laiteries de campagne où se prépare le lait qui s'expédie dans les grandes villes. Ces sociétés passent des marchés avec des nourrisseurs, des fermiers qui s'engagent à livrer chaque jour une quantité déterminée de lait, et, ce, durant toute l'année.

De la ferme, le lait est apporté au dépôt ; là, il est mesuré, puis passé, à l'aide de doubles tamis, emboîtés l'un dans l'autre, ou de vases cylindriques à bascule, garnis d'une toile métallique filtrante. Pour lui permettre de supporter de longs voyages, il est débarrassé des impuretés acquises pendant la traite ou le transport. Le sucre qu'il contient, se transformant en acide lactique qui coagule la caséine ou fromage, il serait impossible, par de fortes chaleurs surtout, de l'expédier au loin, si l'on ne remédiait à cette acidification, due à l'action de certains ferments apportés par l'air et que l'on peut détruire par le moyen de la chaleur, ainsi que l'a démontré Pasteur. On chauffe donc, pour stériliser les germes et l'on refroidit ensuite, afin de paralyser les ferments qui s'introduisent de nouveau. Disons cependant que le lait destiné à accomplir de courts trajets est simplement refroidi et aéré.

« Toutes ces opérations, qui se font en grand, de

i. P. 5. Paris, Cornely, 1904.

mandent des établissements spéciaux... Des grandes laiteries, le lait arrive en ville, généralement, dans des récipients en fer blanc d'une contenance de 10 à 20 litres et fermés par un couvercle. Pour la vente ordinaire, le lait, acheté aux cultivateurs à raison de 0 fr. 10 ou o fr. 11 est revendu aux crémeries ofr. 22 et celles-ci le livrent au consommateur moyennant ofr. 30. Les produits de o fr. 25 ou même o fr. 20, comme on en trouve dans les quartiers pauvres de Paris, sont des laits quelque peu écrémés ».

Ici encore nous retrouvons un écart énorme entre les prix payés aux cultivateurs et les prix payés par les buveurs de lait. Naturellement, les frais de transport, de conservation, de distribution doivent entrer en ligne de compte, mais il n'en est pas moins certain que les intermédiaires abusent de leur situation pour rançonner, à la fois, leurs clients et leurs livranciers. D'où les grèves de lait, qui ont été assez fréquentes, dans ces dernières années aux environs de Paris, et les tentatives, plus ou moins heureuses, des agrariens allemands pour contraindre les commerçants à leur consentir des conditions plus favorables.

C'est ainsi qu'à Berlin, la Milch Centrale, qui groupe plus de cinq mille paysans de la Marche de Brandebourg fait, depuis longtemps, une campagne acharnée pour forcer les commerçants à paver aux cultivateurs n pf. 1/2 le litre, au lieu de 1 1. La ; dation ouverte à ce sujet n'ayant pas abouti, les dirigeants de la Milch Centrale ont fonde une coo-

pérative de vente qui lutte, avec des alternatives de succès et de revers contre les commerçants coalisés.

Il est assez malaisé de prévoir qui finira par l'emporter, mais ce qui paraît certain c'est qu'en définitive, le public paiera les frais de la guerre.

De plus, quel que soit le système qui triomphe, il ne fera pas disparaître les inconvénients très graves qui résultent pour le consommateur de la manière absolument défectueuse dont un grand nombre de paysans tiennent leurs étableset font traire leurs vaches par un personnel qui n'a pas la moindre notion des précautions à prendre pour que le lait ne soit pas sali et contaminé.

Dans une brochure récente, Ensch, directeur du bureau d'hygiène de la commune de Schacrbeck (agglomération bruxelloise) cite un certain nombre d'extraits de publications agricoles qui donnent des détails, à faire dresser les cheveux, sur les conséquences funestes que cette malpropreté et cette négligence peuvent avoir pour la santé publique.

C'est ce qui explique qu'un grand nombre de municipalités anglaises se préoccupent de fournira leurs administrés du lait à bon marché, dans desconditions qui permettent d'empêcher complètement la propagation de maladies contagieuses.

Pour arriver à ce résultat, il y a deux systèmes possibles. Le premier, mis en œuvre pour quelques villes, consiste à créer dans les campagnes des fermes et des étables municipales, où la traite des vaches se

fait dans des conditions de prophylaxie complète. Le second — moins radical, mais plus facile à mettre en œuvre,— consisterait à laisser les cultivateurs maîtres de leurs étables, mais à créer, à l'entrée* des villes, des bureaux où le lait serait stérilisé, pasteurisé, pour être distribué ensuite à domicile. Cette distribution, comme on l'a fait observer, pourrait se faire de la même manière que la distribution des lettres. Il suffit d'un petit nombre d'employés pour porter, de maison en maison, la correspondance de toute une ville. De même, il ne faudrait qu'un petit nombre d'employés pour porter le lait à domicile, comme on y porte les lettres.

S'il en était ainsi, si le lait était vérifié, stérilisé et distribué, il est clair qu'on rendrait un grand service aux habitants des villes ; et, d'autre part, on ne rendrait pas moins service aux cultivateurs, puisqu'on leur épargnerait la perte de temps considérable que leur impose la distribution du lait.

On voit qu'ici encore, il est possible de concevoir des applications partielles, fragmentaires, du principe collectiviste, qui, sans toucher à l'organisation de la culture ou de la propriété froncière, socialiserait tout au moins l'échange et supprimerait quantité d'intermédiaires inutiles.

Or, ce que nous venons de dire du lait peut s'appliquer, mutatis mutandis, au blé. à la viande, et, d'une manière générale, à tous les produits agi i de consommation courante.

Le seul moyen d'assurer aux paysans des conditions de vente plus favorables, tout en diminuant les prix payés, au détail, par les consommateurs, c'est la suppression des bénéfices exorbitants touchés par les intermédiaires, et cette suppression n'est possible que parla socialisation de l'échange.

§3. — La transformation industrielle des produits

Alors même que les produits agricoles sont vendus et consommés tels quels, sans avoir à subir de transformation industrielle proprement dite, nous venons de voir que les opérations de séchage, de nettoyage, de conservation exigent, de plus en plus, de vastes installations, que la plupart des cultivateurs ne peuvent posséder individuellement, et qui, par la force des choses, appartiennent à des sociétés ou des personnes publiques.

Il en est de même, à plus forte raison, quand il s'agit d'industries véritables, où la production en grand présente des avantages décisifs, comme la brasserie, la minoterie, la distillerie, la manufacture des tabacs, la fabrication du sucre, de l'amidon, de la margarine, de chocolat au lait, du lait condensé, des farines lactées, des conserves de fruits, de viandes ou de légumes, ou bien encore de biscuits, où le lait, le beurre et la farine composent à peu près exclusivement la matière première.

Dans toutes ces industries, qui ont directement leurs racines dans l'agriculture, nous avons vu que la concentration capitaliste progresse à pas de géants. Si la brasserie compte encore, à côté de vastes établissements modernes, un très grand nombre de petites usines de campagne, la distillerie agricole se meurt, ou ne vit que grâce à des privilèges fiscaux impossibles à justifier. Les moulins à vent disparaissaient devant les meuneries à vapeur. La manufacture des tabacs apparaît comme particulièrement propre à la constitution de monopoles d'Etat. Nous voyons se former partout des cartels de l'alcool ou du sucre. Et, même dans un pays comme la Suisse, où les grandes usines sont relativement rares, c'est sous forme d'entreprises géantes, occupant un très nombreux personnel, et ayant parfois pour livranciers des milliers de cultivateurs, que se présentent à nous les fabriques de lait condensé ou de chocolat au lait.

Au point de vue technique, cette concentration capitaliste présente des avantages indéniables. Ils expliquent, d'ailleurs, l'irrémédiable décadence des petites exploitations. Mais, au point de vue social, elle a. pour le personnel ouvrier, et pour le public en général, tous les inconvénients qui font la raison d'être des aspirations socialistes du prolétariat, et. de plus, elle entraîne, pour la masse des cultivateurs, une dépendance qui les atteint, à la fois, dans leurs intérêts pécuniaires < t dans leur liberté personnelle.

C'est donc au triple point de vue des ouvriers, des

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consommateurs et des paysans, qu'il importe de réclamer la socialisation des grandes industries agricoles.

Et, dans notre pensée, il ne s'agit pas, dans ce cas, d'une réforme à longue échéance, qui exigerait, au préalable, le triomphe intégral du prolétariat socialiste.

Même dans l'état actuel des choses, même avec tous les inconvénients des monopoles d'Etat, en régime capitaliste, nous sommes persuadé que l'étatisation ou la municipalisation de ces industries permettrait d'améliorer la condition du personnel ouvrier, d'abaisser les prix de vente tout en fournissant au public des produits de meilleure qualité et d'assurer, cependant, aux cultivateurs livranciers des prix d'achat plus rémunérateurs.

Pour ce qui concerne les ouvriers, d'abord, il nous paraît inutile d'insister : nous ne faisons pas un livre sur le collectivisme industriel et n'avons pas à refaire cette démonstration que, si toutes les administrations publiques sont loin de bien traiter leur personnel, du moins celui-ci a-t-il, dans les pays démocratiques, des moyens d'agir sur la direction des entreprises municipales et nationales, qu'il n'aurait pas, s'il avait affaire à des entrepreneurs capitalistes (1).

1. V. notre livre: Le Collectivisme et l'Evolution industrielle. Paris, 1902.

Quant au public, il ne bénéficierait pas seulement de la réduction et de la régularisation des prix qu'entraînerait la suppression du profit capitaliste, à moins bien entendu qu'il ne s'agisse de monopoles fiscaux; mais, de plus, les économistes les plus hostiles au collectivisme sont obligés de reconnaître que la socialisation des grandes industries agricoles aurait cet énorme avantage de garantir les consommateurs contre les fraudes et les falsifications, si fréquentes lorsque les producteurs n'obéissent qu'aux suggestions de l'intérêt privé.

C'est ce que constatait, naguère, le prince de Bismarck, lorsqu'il proposait d'établir en Allemagne le monopole du tabac. P. Leroy-Beaulieu, de même, fait observer que, dans les pays où le monopole existe, comme en France, les produits sont beaucoup plus purs que dans les pays où les manufactures de tabacs appartiennent à des particuliers :

«Avec des droits très élevés — dit-il — le monopole gouvernemental est le seul procédé pour avoir des produits convenables, hygiéniques, non sophistiqués. Ce fait est hors de doute. Dans les discussions du Parlement allemand en 1877 et 1878 sur l'impôt du tabac, le vice-président de ce grand corps, M. de Stauffenberg, disait : «Nous autres fumeurs, nous savons bien que nous fumons, mais nous sommes loin de savoir ce que nous fumons : l'emploi des succédanés du tabac se pratique déjà maintenant sur une si grande échelle, que l'on pourrait consacrer

une leçon de botanique tout entière à décrire les végétaux qui se coudoient dans nos tabacs et nos cigares, depuis la feuille de betterave, jusqu'à la feuille de cerisier : que sera-ce lorsque le tabac sera grevé d'une surtaxe de 55 et de 75 francs ! » Les droits en France sont bien plus élevés que ceux dont parlait cet orateur du Reichstag, et les produits sont purs ; c'est là un très grand argument en faveur du monopole » (1).

Il est impossible de ne pas généraliser cette observation et de n'y pas trouver un argument en faveur de l'appropriation collective, quand on a présentes à la mémoire les fraudes révélées par la dernière crise viticole du Midi et les indicibles scandales qui ont été dénoncés récemment, par des rapports officiels, dans les fabriques de conserves de Chicago.

Mais nous ne traitons pas, en ce moment, la question,du point de vue des consommateurs. Ce que nous avons à montrer ici, ce sont les avantages qui résulteraient pour les paysans de la socialisation des industries qui tiennent directement les agriculteurs sous leur dépendance.

Pour faire cette démonstration, il suffira de citer quelques exemples caractéristiques.

Voici, d'abord, le monopole de l'alcool en Suisse : aussi longtemps que, dans ce pays, la distillerie était

I. Leroy-Beaulieu. Traité de la Science des Finances, 6e édition, I, p. 771. Paris, Guillaumin, 1899.

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une industrie privée, la seule préoccupation des distillateurs, autres que les bouilleurs de cru, était de vendre le plus de schnaps possible, et de le fabriquer au meilleur marché, en recourant, au besoin, à des matières premières venant de l'étranger, comme le maïs. Dès l'instant où le monopole a été établi, d'aures préoccupations se sont fait jour : le Gouvernement a tenté un effort, insuffisant d'ailleurs, pour restreindre la consommation ; d'autre part, il est venu, assez efficacement, en aide à l'agriculture, en fabriquant, à concurrence de 68 o/o de la production totale, de l'alcool de pommes de terre et en achetant les pommes de terre dans les régions peu favorisées par la nature. C'est grâce à cette intervention que dans le canton de Berne, par exemple, les cultivateurs ont trouvé pour leurs produits un débouché fructueux (i).

Un autre exemple, non moins frappant, de l'intérêt qu'ont les paysans à la socialisation des industries agricoles nous est donné par le monopole du tabac en France.

Il n'est pas douteux, en effet, que malgré les nom-

i. Dans un article de la Revue économique internationale (janvier 1906), P. Cleroet, Hostile au monopole, dit que cette intervention de l'Etat en faveur des campagnes est s< presque chose de purement artificiel ». Soit, mais nous ne voyons pas d'inconvénients, et nous voyons de réels avantages à ce protectionnisme, sans droits protecteurs, dans l'intérêt des régions les plus pauvres.

breuses défectuosités de son organisation bureaucratique, ce monopole assure aux livranciers une stabilité dans les prix qui est complètement inconnue partout où la manufacture et le commerce des tabacs restent affaire privée. Voici d'ailleurs ce que dit à cet égard le professeur Wagner, dans son Manuel de Science des finances : « Le tabac récolté est acheté par la Régie, à des prix que, chaque année, le ministre des Finances détermine à l'avance et qu'il fait connaître publiquement, pour les diverses qualités de tabac. De cette manière, le planteur reçoit un prix qui n'est pas seulement rémunérateur, mais qui reste à peu près uniforme d'année en année. Il acquiert ainsi — différence très avantageuse avec le « commerce libre» — une base solide pour ses évaluations ce qui est une véritable bénédiction pour le cultivateur. »

Indépendamment, d'ailleurs, de la stabilité des prix et de la protection accordée aux régions les plus pauvres, l'étatisation des industries agricoles aurait encore l'avantage de soustraire les cultivateurs aux procédés abusifs dont ils sont victimes de la part de beaucoup d'industriels.

L'exemple classique, à cet égard, est celui de l'industrie sucrière.

Allez, notamment, dans nos campagnes de la Hesbaye, et si quelque cultivateur vous montre le château d'un fabricant de sucre, il ne manquera pas de l'appeler le « château de la tare » ou le « château de

la bascule ». Allusions transparentes aux procédés que certains fabricants, ou leurs subalternes, mettent en œuvre pour voler — nous ne trouvons pas d'autre terme — soit sur le poids des betteraves, soit sur la tare, soit sur la contenance en sucre des racines. Nous savons bien qu'il serait injuste de généraliser. Nous admettons volontiers que, grâce au contrôle des syndicats de cultivateurs ou des laboratoires officiels, les abus sont moins nombreux qu'autrefois. Mais nous avons pu constater maintes fois, de visu, que, pour les petits cultivateurs surtout, le contrôle est absolument insuffisant. Aussi demandent-ils, généralement, que ce contrôle soit exercé gratuitement par l'Etat, que, tout au moins, il y ait des bascules publiques, où ils puissent faire peser leur charriot avant d'entrer à la sucrerie. De telles mesures seraient assurément des palliatifs utiles. Mais, à ce point de vue spécial, comme au point de vue delà stabilité des prix, et des encouragements à donner à l'agriculture, le véritable moyen de libérer les cultivateurs de la domination des fabricants, serait la socialisation d'une industrie qui, d'ailleurs, dès à présent, est étroitement réglementée par l'Etat.

g 4. — Conclusion

En résumé, ce ne sont pas seulement les consommateurs et les ouvriers employés dans les industries agricoles, qui ont intérêt à leur socialisation.

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Les cultivateurs, en général, et surtout les petits cultivateurs, sont plus intéressés que personne à ce que le transport, la vente, la transformation industrielle des produits agricoles soient des services publics, plutôt que des entreprises capitalistes, poursuivant exclusivement un but de lucre.

Il y a donc toute une partie du programme socialiste qui paraît susceptible de rallier, avec les prolétaires proprement dits, tous ceux parmi les agriculteurs qui ont à se plaindre des hauts prix et tarifs, de la méconnaissance des intérêts généraux, sans parler des falsifications et des fraudes, qui sont, trop souvent, la caractéristique de l'industrie privée, en régime capitaliste.

Mais la socialisation des industries agricoles est-elle la seule forme de collectivisme que les travailleurs ruraux — ouvriers, métayers, cultivateurs, locataires — puissent actuellement accepter ? N'est-il pas possible, dès à présent, de socialiser, sinon tout le sol arable, du moins la partie de celui-ci qui est occupée par les grands domaines ?

C'est ce que nous allons examiner dans un dernier chapitre.

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