‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 100 sur 203 · CAPRIVI ET MIQUEL · texte numérisé non relu

CAPRIVI ET MIQUEL

Bebel disait qu'il était étonné de l'approbation que les idées de son adversaire avaient rencontrée dans une partie de l'assemblée, dont la fibre nationale et patriotique avait été manifestement touchée et les sympathies éveillées. Après quelques concessions de forme de part et d'autre, une rupture a été évitée; il n'y a eu ni victoire ni défaite : c'est peut-être partie remise. Le triomphe de la politique de compromis n'est d'ailleurs guère probable : dans les partis avancés, rarement les plus modérés l'emportent *.

Ces deux courants dans le parti expliquent les différentes manières dont les hommes d'État allemands envisagent l'avenir. Le général de Caprivi, avec ce pessimisme prévoyant, propre aux ministres prussiens, toujours à la recherche de raisons pour obtenir du Reichstag l'augmentation des effectifs, disait, comme avant lui le maréchal de Moltke, que l'Allemagne a besoin d'une armée sûre et forte, non seulement contre les ennemis du dehors, mais contre ceux de l'intérieur pour la. guerre des rues, et il ajoutait : « Une jeunesse impie et perverse grandit sous nos yeux. »

M. Miquel, au contraire, dans une conversation rapportée par un journaliste, s'exprimait en ces termes : « Le parti se transforme successivement. Il renonce de plus en plus à ses plans qui ne tendent à rien moins qu'à escalader le ciel, et il reviendra à des buts pratiques, il suivra l'exemple des ouvriers anglais. C'est dans cette pensée que nous avons supprimé la loi contre les socialistes, et le succès ne nous a pas donné tort. »

Quelle que soit la tendance qui prédomine, ces querelles de ménage ne ralentiront pas le recrutement

1. Le comité directeur a été réélu à l'unanimité. Le Congrès de 1892 se tiendra à Berlin.

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du parti. Il était en croissance ininterrompue sous la compression draconienne; il Test depuis un an sous le régime de la liberté.

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