‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 120 sur 203 · LA PROPRIÉTÉ PRÉFÉRÉE AU COLLECTIVISME · texte numérisé non relu

LA PROPRIÉTÉ PRÉFÉRÉE AU COLLECTIVISME

une pyramide : au sommet ceux qui dirigent le parti, à la base la grande masse qui n'est démocrate socialiste que parce qu'elle nomme les candidats ouvriers. Celte immense majorité n'a aucune idée nette, politique ou sociale. Sa science, quand elle croit en posséder, se compose de lambeaux d'articles lus dans les journaux, de phrases et de mots d'ordre retenus dans les discours des réunions publiques. D'autres enfin n'ont aucune conviction, pas l'ombre d'idées, ce sont des prolétaires brutaux et criards.

Un fait très digne de remarque, c'est que, parmi cette fouie, chez ceux qui représentent la moyenne d'intelligence, ni le communisme économique, ni le républicanisme démocratique^ fondements mêmes de la doctrine socialiste, ne sont très populaires. Ces ouvriers ont assez de bon sens pour comprendre que les belles prophéties de la société collectiviste ne se réaliseront jamais. Un ouvrier d'un esprit ouvert, socialiste exalté, disait textuellement à M. Goehre : « La façon dont Bebel veut arranger les choses dans l'avenir est impossible à produire. » Un autre lui disait encore : « Il faut qu'il y ait des riches et des pauvres, mais nous vouions un ordre meilleur et plus juste dans la famille et dans l'État l . » Un troisième se déclarait absolument opposé

1. Le Journal des Mineurs expose en ces termes le but que se propose V Alliance des mineurs allemands, qui compte un nombre d'adhérents considérable : « En vérité nous ne voulons que le juste! nous ne voulons pas partager la propriété, mais que celui-là qui la mérite l'obtienne ». (Mais qui décidera de ce mérite, et qui distribuera la récompense?) — Ils ne veulent pas, disent-ils encore, que la plus grande partie du produit de leur labeur aille dans la poche des spéculateurs et des hauts barons de la houille; ils ne veulent pas que l'ouvrier paresseux obtienne autant que le plus laborieux, comme l'ont prétendu leurs adversaires... Ils veulent être traités comme des hommes, et non comme des parias. — Les ouvriers aspirent à la propriété privée bien plutôt qu'au communisme. « Les per-

à l'agitation du parti contre le travail des femmes et des enfants; son argument était que si l'homme gagne suffisamment, il ne permet ni à sa femme ni à ses enfants d'aller à la fabrique; s'il ne gagne pas assez, il faut bien que les siens travaillent. — Nombre d'ouvriers, au lieu de s'abandonner aux rêves d'avenir, exercent toute leur activité pratique dans les unions de métiers, organisent des caisses de secours selon le sens de la démocratie socialiste. Les questions qui les intéressent plus que la république communiste, sont celles qui touchent aux circonstances de la fabrique, à une foule de détails, par exemple le paiement des salaires tous les huit jours au lieu de tous les quinze jours, questions dont les patrons, d'après M. Goehrè, ont le grand tort de ne pas s'occuper.

Les ouvriers allemands ne sont pas plus attachés au cosmopolitisme qu'au communisme, bien que l'internationalisme officiel forme un des articles du credo socialiste. A Chemnitz, comme partout, les ouvriers étrangers étaient vus d'un très mauvais œil. Une sourde hostilité régnait entre Allemands et Tchèques*. Ces derniers étaient dédaignés pour leur grossièreté : on ne se commettait point avec eux; ils avaient leurs cabarets, leur salle de danse spéciale. Les ouvriers saxons témoignaient leur antipathie même aux Allemands de Bohême.

C'est un lieu commun chez les orateurs socialistes de déclamer contre le militarisme. M. Goehre n'a pas con-

spectives de la démocratie socialiste, remarque M. Schmoller, sont très faibles partout où, comme en Thuringe, 70 p. 100 des pères de famille sont propriétaires. Rien ne modère plus l'attitude politique de l'ouvrier que la petite propriété. En 4871, aucun des insurgés de la Commune ne possédait de livret de caisse d'épargne. » Qu'on essaie d'abolir la propriété privée, de nationaliser le sol là où il est divisé, et derrière chaque buisson et chaque haie, il y aura un paysan armé d'un fusil.

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