OPINIONS SUR LE PRINCE DE RISMARCK
trouver chez les ouvriers un loyalisme absolu fondé sur un respect servile. Ce sentiment n'existe plus dans la classe ouvrière, il est bien mort.
Le prince de Bismarck qui a toujours fait des intérêts capitalistes le pivot de sa politique, qui s'est toujours appuyé sur les grands propriétaires, les paysans, — est voué à l'exécration publique comme le grand ennemi des ouvriers, comme un traître. C'est lui qui a accablé d'impôts le pauvre monde. M. Goehre a entendu ce dialogue caractéristique : « Que fait Bismarck à Friedrichsruhe? — Il prépare peut-être un attentat contre l'empereur. En 1878, c'est lui qui a armé Hœdel et Nobiling, qui n'étaient pas démocrates socialistes, pour obtenir sa loi contre nous. »
Les ouvriers acceptent en principe le socialisme d'État, l'assurance ouvrière, mais ils en attendent des améliorations et des perfectionnements indéfinis.
La grande majorité ne songe nullement à une révolution sanglante. Ils veulent atteindre leurs buts prochains de réforme ouvrière paisiblement : ce sont les générations à venir qui achèveront l'émancipation du prolétariat. L'empereur s'est rendu compte que la loi contre les socialistes était inutile, tout marche avec ordre et tranquillité. « Il n'y aura de révolution, disent-ils, que si l'on opprime violemment notre cause; les grands souhaitent que nous nous soulevions pour nous écraser, nous ne leur ferons pas ce plaisir. Quand on est armé du bulletin de vote, il n'est pas besoin de faire la révolution à coups de fourche. » Une seule fois M. Goehre a entendu des paroles violentes. M. Leixner constate à Berlin l'existence de groupes
ce rêve n'est pas moins chimérique que les utopies socialis* tes. » (Harold Frédéric, The young Emperor William II 0/ Germany, p. 198.)
J. Bourdeau. 1 1
anarchistes; M. Goehren'en a pas observé àChemnitz. Les ouvriers qu'il fréquentait ne croyaient guère aux bruyantes prophéties d'un cataclysme prochain. Il ne nie pas toutefois le. danger, si Ton négligeait d'accomplir, ou si seulement on retardait une réforme sociale profonde.
En réalité, malgré le zèle et l'ardeur du parti depuis vingt ans, et malgré le caractère rêveur, idéaliste des Allemands, les théoriciens n'ont pas réussi à faire accepter unanimement par les ouvriers leurs formules fantastiques, à inspirer à tous les mêmes idées et les mêmes vœux. Mais leur activité a été singulièrement destructive dans d'autres domaines.