‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 142 sur 203 · TRIOMPHE PROCHAIN DU PROLÉTARIAT · texte numérisé non relu

TRIOMPHE PROCHAIN DU PROLÉTARIAT

de remplacer son travail par celui des femmes et des enfants. Le prolétaire n'a pas de propriété. Obligé de vendre le travail de sa femme et de ses enfants, il devient comme un marchand d'esclaves; ses rapports de famille n'ont aucune analogie avec ceux de la famille bourgeoise. Sous le joug du capital et du travail industriel, il a perdu son caractère national. — Mais la croissance constante du capital a pour conséquence la croissance du prolétariat. Cette augmentation des richesses de la bourgeoisie est le gage assuré de sa ruine. Elle centralise les masses en même temps qu'elle les unit contre elle. Par la concentration des fabriques, par les associations, les ouvriers finiront par s'organiser en classe distincte, par suite en parti politique qui creusera à la bourgeoisie son tombeau. Sa chute mettra entre les mains des prolétaires les instruments de production, supprimera l'opposition et l'oppression des classes...

Le manifeste traite ensuite des rapports des prolétaires et des communistes, dont le rôle est de défendre, dans les combats nationaux, les intérêts généraux du prolétariat, indépendants de la nationalité. Leurs exigences (à peu près les mêmes que celles que contiendront le programme de Gotha et le programme d'Erfurt) sont les suivantes :

Suppression de la propriété privée qui n'existe, pour le petit nombre, qu'à condition de ne pas exister pour la foule. La société actuelle, en général, ne connaît plus de propriété gagnée par le travail; en conséquence suppression du capital et du salariat.

Suppression de la famille, car la famille bourgeoise repose sur le capital et l'acquisition privée. Le mariage bourgeois n'est d'ailleurs qu'une polygamie déguisée. Non contents de ce que les filles et les femmes des prolétaires soient à leur disposition, les bourgeois, sans

parler de la prostitution publique, trouvent leur principal plaisir à séduire réciproquement leurs femmes légitimes.

Suppression de la nationalité. L'ouvrier salarié n'a pas de patrie. La liberté du commerce et les rapports industriels abaissent toutes les frontières.

Afin de réaliser ces buts, le prolétariat doit s'emparer tout d'abord de la puissance politique. Il s'en servira pour arracher peu à peu tout capital des mains de la bourgeoisie; il devra exproprier les propriétaires du sol, établir des impôts progressifs très forts, supprimer l'héritage, confisquer les biens des émigrés et des rebelles, centraliser le crédit et les moyens de transport entre les mains de l'État, augmenter les fabriques, défricher méthodiquement les terrains incultes, établir le travail obligatoire, organiser des armées industrielles pour l'agriculture; donner à tous les enfants l'éducation publique et gratuite; supprimer le travail des enfants sous sa forme actuelle, etc. réaliser en un mot un état « où le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous ».

Marx passe ensuite en revue les autres systèmes socialistes; il répudie le socialisme français et ses contrefaçons allemandes : Saint-Simon, Fourier, Owen, sont les seuls qui trouvent grâce devant lui. Il parle avec dédain de ce qu'il appelle le socialisme réactionnaire, des efforts de la bourgeoisie pour remédier par des institutions de bienfaisance et de philanthropie aux maux de la classe ouvrière, afin d'assurer sa propre sécurité.

Il traite enfin de la situation des communistes à l'égard des différents partis d'opposition. Ils devront toujours se mettre du côté des extrêmes.

Le manifeste se termine par un appel à un combat de classes impitoyable :

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