APPEL AU COMBAT DES CLASSES
« Que les classes dominantes tremblent à l'idée d'une « révolution communiste. Les prolétaires n'ont à y « perdre que leurs chaînes, ils ont un monde à y ga- « gner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »
Ce ton démagogique, cette déclaration ouverte que le but ne peut être atteint que par le renversement violent de tout l'ordre social existant, contrastent avec la modération relative des autres manifestes, surtout avec les pages de la préface du Capital, où Marx déclare qu'il ne s'attaque pas aux personnes : c'est qu'en 1847 une révolution bourgeoise, prélude d'une révolution prolétaire, lui semblait imminente en Allemagne. Engels, dans l'introduction qu'il a écrite pour les éditions du manifeste communiste publiées en 1883, déclare que ce qui a vieilli dans cette profession de foi officielle du parti ouvrier, ce qui est hors d'usage, ce sont les mesures révolutionnaires proposées.
Le manifeste inaugural de Y Internationale, rédigé par Marx en 1864, ne s'occupe que de pure propagande, il ne touche pas à la question religieuse; les idées fondamentales sont les mêmes que celles du manifeste communiste :
En Angleterre, comme l'a reconnu Gladstone *, l'industrie et le commerce, l'exportation ont prodigieusement enrichi le pays, et les ouvriers meurent de faim; le capital seul a su accaparer tout profit. De cette évolution ploutocratique les ouvriers n'ont retiré d'autres avantages que le bill de dix heures"et l'organisation des fabriques coopératives. Pour étendre leurs franchises, ils doivent tenter d'obtenir la puissance politique ; ils ont la majorité s'ils s'unissent.
L'émancipation de la classe ouvrière doit être con-
1. Une longue polémique s'est engagée entre M. Brentano et Karl Marx sur l'exactitude de la citation d'un discours de Gladstone.
quise par la classe ouvrière. Elle ne combat pas afin d'obtenir de nouveaux privilèges de classe, mais pour l'anéantissement de toute domination d'une classe sur l'autre.
La soumission économique de l'ouvrier au propriétaire des instruments de travail, c'est-à-dire des sources de vie, est cause de la servitude sous toutes ses formes, misère sociale, étiolement intellectuel, dépendance politique. L'émancipation économique de la classe ouvrière est par suite le grand but auquel tout mouvement politique doit servir dé moyen. Toutes les tentatives vers ce but ont échoué jusqu'à présent par le manque d'union parmi les différentes branches de travail de chaque pays, et parmi les classes ouvrières des différentes nations. L'émancipation des ouvriers est un problème non local mais social, elle concerne tous les pays où existe la société moderne ; elle ne peut être résolue que par l'action méthodique de tous ces pays... Prolétaires, unissez-vous. C'est la nouvelle devise, l'adjuration pratique substituée à l'ancienne formule sentimentale « Liberté, Égalité, Fraternité ». C'est un appel non à la raison et au sentiment, mais aux intérêts.
Enfin Marx a établi sa doctrine dans son livre le Capital, destiné à donner aux utopies socialistes une base scientifique, et où il expose les rapports économiques du prolétariat et de la bourgeoisie. L'auteur a pris comme exemple l'Angleterre; le mouvement industriel y est plus développé que partout ailleurs. Il avait eu dans cette étude pour précurseur Engels, qui, à ses débuts, avait publié, d'après les documents officiels, une enquête sur la situation des ouvriers dans les fabriques anglaises. Marx se mit à approfondir ces questions avec un zèle infatigable, son livre est un enchaînement méthodique des théories indiquées dans sa