QUELLE EST LA SOURCE DE LA VALEUR
produit ne vaut que par le travail qu'on a mis en lui; c'est le travailleur seul qui lui donne sa valeur. A qui donc appartient en*droit cette valeur? évidemment à celui qui Ta créée, à l'ouvrier. Gomment dès lors le fabricant s'en empare-t-il?
Cette théorie de Marx, remarque M. de Sybel, est généralement vraie pour le vendeur, qui fixe le prix d'après ses peines et ses dépenses. Mais la détermination du prix ne vient pas seulement de l'offre, mais aussi de la demande. L'acheteur mesure le prix à ses propres besoins et à l'attrait que la marchandise a pour lui. Il faut en hiver plus de charbon qu'en été, le charbon monte, et pourtant le travail du mineur est resté le même. En réalité c'est non le travail seul, comme le veut Marx, mais l'adaptation opportune du travail à un but, qui est source et mesure de la valeur. C'est uniquement le but qui donne à la force morte du travail son âme de valeur sociale.
Il y a deux côtés dans l'échange, d'abord le quantum de forée humaine nécessaire à créer la marchandise, et d'autre part le quantum de force humaine que l'on espère tirer de la marchandise. Le prix varie d'un minimum à un maximum. Ce n'est qu'en admettant pour un instant que l'offre et la demande, le travail et le besoin sont fixés en une égale proportion que l'on sera d'accord avec Marx, quand il prétend prouver que la valeur d'une marchandise est exactement égale à la valeur de ses moyens de production, et par suite à la valeur du travail qui l'a créée.
Nous touchons ici au nœud même de la question.
Quiconque s'occupe de créer des marchandises et de les vendre veut en tirer profit, non pas en ce sens qu'il s'efforce de tromper celui qui achète, mais en ce sens qu'il veut créer une véritable plus-value pour sa fabrication. Si la valeur de la marchandise terminée n'est
autre chose que la valeur de ses instruments de travail, et du travail qui l'a créée, il n'y a aucune plus-value, et par suite aucun gain. Mais cette plus-value, ce gain existent, puisque nous voyons chaque jour, dans notre industrie, la richesse nationale augmenter indéfiniment. D'où vient donc cette plus-value*.
Marx ! répond : elle est le résultat du travail, qui produit une plus grande valeur d'échange qu'il ne coûte lui-même, sans quoi il n'y aurait aucun profit. Mais ce qui est pour l'ouvrier indépendant, travaillant pour son propre compte, source nouvelle de valeur, se transforme en vol et en meurtre, pour l'ouvrier au service d'autrui.
Et c'est là le point d'attaque de Marx contre le capitaliste. Il ne travaille pas, il vit du travail étranger. Il emploie des ouvriers dont il paie la force de travail comme valeur d'échange au prix du marché. Ce prix se détermine d'après la même loi que toute autre marchandise, d'après la dépense de temps et de force nécessaires à l'établir. Donc la valeur de la journée d'ouvrier est le prix de ce qu'il lui faut pour vivre et entretenir sa famille. Pour produire les denrées nécessaires à l'existence d'un ouvrier, cinq à six heures sont nécessaires. Les autres heures de travail de l'ouvrier produisent une plus-value au profit de celui qui l'emploie. La valeur d'échange du travail musculaire est moindre que sa valeur d'usage, les frais de production du travail moindres que les services du travail. Le fabricant gagne le surplus, qui n'est que du travail non payé par lui, et dont il bénéficie aux dépens de l'ouvrier. Il ne lui paie en réalité que six heures quand il en travaille douze; il exploite l'ouvrier et répète
1. Gomme nous l'avons indiqué p. 208, cette théorie de la. plusvalue a été empruntée par Marx à Proudhon.