‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 147 sur 203 · LA CLASSE OUVRIÈRE SPOLIÉE · texte numérisé non relu

LA CLASSE OUVRIÈRE SPOLIÉE

chaque jour ce gain, sur chaque ouvrier. La nécessité, par suite de la concurrence, de produire le plus abondamment et le plus économiquement possible, le perfectionnement des machines, l'accroissement de la division du travail, rendent l'habileté spéciale de l'ouvrier sans valeur, le travail plus répugnant, permettent de n'employer que des femmes et des enfants, et augmentent encore le profit du capital, dans la proportion où le salaire baisse. Le capitaliste accumule des millions, pendant que les ouvriers meurent de faim, réunis en armée de réserve industrielle sans travail *. — La concurrence a en outre pour résultat que tel capitaliste, qui ne fait travailler ses ouvriers que dix heures, ne peut subsister si son voisin, plus dur, les emploie 14 heures *. De là pour l'ouvrier l'importance de la lutte pour la journée de travail normale, qui n'est que la lutte pour qu'il puisse satisfaire ses besoins intellectuels et sociaux. En résumé : « le capital, dit Marx, c'est du travail mort, qui, comme un vampire, ne s'anime qu'en suçant du travail vivant, et plus il en suce, plus il vit. » La classe ouvrière seule crée toutes les valeurs, et toutes ces valeurs, fruit du travail social, appartiennent aux entrepreneurs, possesseurs des matières premières, des machines, des avances qui permettent d'acheter la force de travail de la classe ouvrière. — Ces maux et ces souffrances des masses exploitées constituent, d'après Marx, un phénomène inséparable de la croissance du capital productif, ils sont le résultat fatal de l'évolution du capital et de la grande industrie. On ne peut en faire

1. Lohnarbeit und Kapital y von Karl Marx. Hottingen, Zurich,

2. « Les lois forcées de la concurrence, dit Marx, font du capitaliste lui-même l'esclave du capital; ou s'il ne se soumet pas à, ces lois, elles, l'obligent à disparaître. »

un grief au fabricant. Quand la force de travail humain, qui donne aux marchandises leur valeur d'échange, devient elle-même marchandise, salaire, tout est dit : l'ouvrier est condamné à la misère.

Autrefois, sous le régime de la petite industrie, l'ouvrier était propriétaire de ses instruments de travail, les apprentis salariés ne travaillaient que pour devenir patrons à leur tour. Mais le cours de l'évolution sociale pendant des siècles a exclu graduellement la classe laborieuse de la possession du sol et des instruments de travail, au profit des capitalistes. — Pour qu'il y ait accumulation de capital, il faut qu'il y ait eu capital à l'origine. Comment s'est-il formé historiquement? Marx, dans cette partie de son livre pleine de faits, prenant pour exemple l'Angleterre, y étudie la transition de la société féodale à la société capitaliste. A partir du xvi e siècle, les grands propriétaires anglais, pour transformer leurs terres en bois et en pâturages, chassèrent leurs fermiers qui vinrent en foule dans les villes, s'offrir comme manœuvres aux capitalistes. Ceuxci avaient acquis leur capital soit par la confiscation des biens d'Église, entre les mains des spéculateurs ou des favoris, soit par le commerce des Indes, par l'exploitation violente des colonies. A la fin du xviu e siècle, la révolution immense causée par l'invention des machines, les perfectionnements techniques, tendent à réduire le nombre des travailleurs. Marx prétend prouver que toute amélioration, qui augmente la force de production du travail, tourne au seul avantage des capitalistes.

Quels remèdes à de si grands maux? Avec la grande industrie on" ne peut revenir au système patriarcal d'autrefois. Il n'y a, d'après Marx, d'autre moyen que de mettre tous les instruments de travail, le sol, les matières premières entre les mains de la communauté,

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