PROCÉDÉS DE SECTAIRE ET DE SOPHISTE
n'est pas universel ; et si Ton supprime la prescription, pourquoi ne pas remonter encore plus haut dans le passé? La propriété ne peut-elle d'ailleurs renouveler ses titres par le travail? Dans les pays nouveaux n'y a-t-il pas des terres régulièrement, concédées? Le capital n'est-il pas aussi le résultat du travail et de l'épargne?
Attribuer, dans la théorie de la formation du capital, un rôle prépondérant à la fraude et à la violence, est un procédé de sectaire en quête d'arguments sophistiques, non de penseur et de savant, préoccupé de la seule recherche de la vérité. En fait, il y a trois éléments à considérer au sujet de la production des richesses : une somme de labeur nécessaire pour obtenir des matières premières, les façonner et les transporter; une somme d'intelligence pour diriger au mieux le travail; enfin des qualités d'ordre et d'économie, pour empêcher les produits d'être consommés à mesure, et leur permettre de s'accumuler sous forme de capital disponible. Malgré leur tendance à se séparer ou à s'opposer, ces trois causes d'action doivent concourir. Marx est aveugle en ne voulant voir que la première, et injuste en refusant aux deux autres leur droit à partager le fruit du travail commun. . La main de l'artisan, bornée à l'exécution, n'est qu'un outil. L'agent véritablement producteur c'est l'intelligence qui combine, organise et dirige, sans rien fournir comme coopération musculaire; l'ingénieur travaille dans son cabinet autant que l'ouvrier dans l'atelier; et comme pour arriver à la position qu'il occupe il a dû étudier quinze ans sans salaire, il est juste, quoiqu'il soit bourgeois, que sa rémunération soit supérieure à celle des ouvriers, car son savoir et ses aptitudes importent plus que leur activité manuelle. Marx ne lient aucun compte des droits de l'épargne.
La richesse est aussi en partie un produit de l'épargne '. Si les grandes fortunes improvisées font exception, la plupart des petites se fondent sur l'ordre et l'économie, comme on le voit par l'exemple des paysans et celui des ouvriers, qui passent des rangs du prolétariat dans ceux de la petite bourgeoisie. Prenez deux ouvriers dans les mêmes conditions de milieu, de famille et de salaire; supposez l'un rangé, actif, économe, supprimant toute dépense superflue; l'autre dissipateur, ami du plaisir et imprévoyant : le premier deviendra contremaître, peut-être patron, et finira par se constituer un capital ; le second restera prolétaire. Pour Marx, le premier n'est plus qu'un odieux bourgeois, l'autre demeure l'objet de toute sa sollicitude.
Que des ouvriers puissent épargner, les milliards versés dans les caisses d'épargne le prouvent assez. Qu'ils aient intérêt à le faire, une fois la propriété abolie, on ne le voit pas. La théorie de Marx pousserait au gaspillage universel des produits au jour le jour, et empêcherait absolument cette accumulation de capitaux qui est une des grandes forces de la civilisation. Jamais l'État ne pourrait être chargé de ce soin, car très habile à consommer et à détruire le capital, il est impropre à le produire, fait tout à grands frais et ne peut supporter la concurrence de l'indastrie privée.
— Est-ce à dire que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes? que l'ouvrier ne soit jamais exploité? Qui oserait le soutenir? Les deux tiers du livre de Marx sont composés d'extraits authentiques des enquêtes et protocoles parlementaires, des rapports officiels des inspecteurs de fabrique dans toutes les parties du Royaume-Uni, et l'on croirait, en les lisant,
i. M. Courcelle-Seneuil s'est attaché à démontrer que l'épargne elle-même peut être assimilée à un travail.