‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 150 sur 203 · MARX RÉFUTÉ PAR LES TRADES UNIONS · texte numérisé non relu

MARX RÉFUTÉ PAR LES TRADES UNIONS

parcourir les cercles de l'Enfer de Dante, « enfants au-dessous de dix ans qui, par centaines et par milliers, restent debout quinze heures de suite à servir les machines, hommes et femmes rampant demi-nus dans les noires galeries des mines, ateliers étouffants, empestés, métiers mortels, sombres repaires de la misère et de la faim, chambres fétides où vivent entassées des familles sans distinction d'âge ni de sexe, nourriture bien inférieure à celle des casernes, maladies, consomptions... », tant de destinées lamentables comme en raconte le Chant de la chemise de Hood, à jamais assujetties, ne pouvant rien amasser, sans un espoir, sans un rayon, tant de vies broyées, qui sont comme l'horrible envers de cette Angleterre si fîère de son luxe et de ses richesses!

Mais, notez ce fait, l'enquête de Marx a été conduite avant qu'aient été votées et appliquées en Angleterre les lois protectrices du travail. Et comme contraste à ce sombre tableau il faudrait dresser celui des, trades unions, de ces associations d'ouvriers si prospères, assez fortes pour traiter avec les capitalistes de puissance à puissance, que la législation anglaise, de 1824 à 1859, a pour ainsi dire constituées, en écartant les mesures restrictives du droit de réunion. Marx ne leur était guère favorable, et pour cause. Il les a même, à certain moment, dénoncées comme traîtresses '. Ne fournissent-elles pas la meilleure preuve que les ouvriers peuvent améliorer leur situation, et résister au capital sans le secours du communisme?

L'œuvre de Marx respire à chaque ligne la haine de

1. Au Congrès de Bruxelles en 1891, les trades unions anglaises étaient en partie représentées, et Engels considérait le fait comme une victoire pour le marxisme. Mais elles ne sont pas définitivement rangées du côté des doctrines marxistes du combat des classes et de la suppression du salariat.

la bourgeoisie en laquelle il ne veut voir qu'une classe égoïste et rapace; son agitation et sa théorie ont cela de favorable qu'elles obligeront à tenir de plus en plus compte des intérêts de l'ouvrier.

— Marx présente le collectivisme comme le résultat nécessaire de l'évolution de l'avenir, comme le fruit du capitalisme, du mammonisme et de la grande industrie de plus en plus concentrée. Mais c'est être bien hardi que de se poser ainsi en prophète. « L'erreur de Marx et de Lassalle, lorsqu'ils croient qu'on peut prévoir d'après le passé la courbe de l'évolution de l'avenir, provient de la philosophie hégélienne qui entreprend d'établir un parallélisme, une identité entre le développement des idées dans la pensée pure, et les manifestatious de la nature et les événements de l'histoire, d'après la formule de Hegel : L'être et la pensée sont identiques *. » Marx qui a combattu l'idéalisme hégélien en a pourtant conservé cette illusion. — Il est bien plus vrai de dire avec M. G. Monod : « Les sociétés renferment virtuellement en elles des formes d'évolution inconnues et inattendues, qui ne se peuvent juger par le passé, car elles sont déterminées par des conjonctures nouvelles. » L'organisation économique et sociale dépend des développements, des découvertes imprévues de la science. L'électricité par exemple, cette force aisément divisible, transportable, ne pourraitelle pas un jour faire passer, en une certaine mesure, les avantages de la grande industrie à la petite industrie plus favorable à la vie de famille, restreindre par là ou supprimer la concentration d'ouvriers, le travail acharné, ininterrompu qu'exige la vapeur?

En admettant même que Marx ait vu juste, il est

1. Rapport de Lothar Bûcher au prince de Bismarck sur ses entretiens avec Lassalle.

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