‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 156 sur 203 · Deutschland und der Socialismus, von L. Bam berger · texte numérisé non relu

Deutschland und der Socialismus, von L. Bam berger

encore étudiant et plus jeune que lui d'une vingtaine «d'années ; il le recommandait en ces termes chaleureux à Varnhagen d'Ense :

« Mon ami M. Lassalle, qui vous porte cette lettre, est un jeune homme doué des qualités d'esprit les plus distinguées. A l'érudition la plus solide, au savoir le plus étendu, à la pénétration la plus remarquable que j'aie jamais rencontrée, au don d'exposition le plus riche, il joint une énergie de volonté et une habileté pratique qui m'étonnent, et, si sa sympathie pour moi ne s'affaiblit pas, j'attends de lui la plus vive assistance. »

Et Henri Heine voit en lui le représentant de la nouvelle génération, réaliste et avide de jouissances, tout opposée à celle des romantiques :

« M. Lassalle est tout entier un fils de ces temps nouveaux qui ne veulent rien savoir de ce renoncement et •de cette modération plus ou moins hypocrites, dans lesquels nous avons sottement consumé nos jours. Cette génération veut jouir et se faire sa place dans le visible; nous, les vieux, nous nous inclinions humblement devant l'invisible, nous nous nourrissions à la dérobée d'ombres de baisers et de parfums de fleurs bleues, nous renoncions et nous pleurnichions, et peut-être nous étions plus heureux que ces durs gladiateurs qui vont si orgueilleusement au-devant d'un combat mortel. »

La vie et la mort même de Lassalle ne sont que le •commentaire de ces lignes de Henri Heine. « En comparaison avec vous, lui écrivait encore Heine, dont on •connaît la divine impudence, — je ne suis qu'une mouche modeste. » La devise de Danton : « De l'audace, encore de l'audace et toujours de l'audace », était aussi celle de Lassalle. Son biographe, M. Brandès, rattache ce trait de caractère à la race; il en constate la fréquence parmi les Israélites contemporains,

Page 1