‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 159 sur 203 · INVOCATION DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

INVOCATION DE L'ÉTAT

nisme se perdent dans la brume dorée de la légende, nous avons peine à nous figurer les apôtres sous les traits de jacobins Ùirteurs et valseurs, et à oublier que la religion du Christ est née de l'horreur d'un siècle corrompu, ennemi de Dieu. Gomme à nous tous, profanes, le siècle plaisait à Lassalle par sa corruption même, dont il aimait à jouir *. Ce qu'il y a seulement de sincère dans la sympathie de Lassalle pour les misérables, c'est qu'il ne peut imaginer sans effroi ces vies grossières et les durs grabats, lui qui repose sur les coussins de soie les plus moelleux. Il n'a pas du moins l'hypocrisie de prêcher aux ouvriers l'abstinence et la résignation; loin de là, il leur fait honte de leur « maudite frugalité », comme si les alouettes pouvaient nous tomber toutes rôties. Dans ses discours et dans ses brochures, il s'élève avec ironie, avec violence, contre ceux qui exigent de l'ouvrier l'épargne, le self help\ contre Schulze-Delitsch, le fondateur des Banques populaires, si bienfaisantes pour les artisans de la petite industrie. Il trouve ridicule de parler d'épargne à des gens qui ont les poches vides, et compare la lutte de l'ouvrier contre le capital à l'homme qui n'aurait que ses dents et ses ongles pour se défendre contre l'artillerie moderne la plus perfectionnée. C'est à l'État qu'il appartient d'émanciper la classe ouvrière de la tyrannie du capital *. Les gouver-

que reprendre le rôle de ses orageux devanciers, les prophètes . d'Israël. » (Le socialisme des prophètes d'Israël. Revue Bleue du 12 septembre 1891.)

1. « Pour un. aujourd'hui, qui sacrifierait tout au bien « public, il en est des milliers et des milliers qui ne connais- « sent que leurs jouissances et leur vanité. »

2. « L'État est devenu Dieu », disait Lassalle, un idéal'qui remplace la religion et l'art. La société civile se met sous la protection de l'État, et les socialistes comptent arriver à leur but par l'État.

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nements de l'Europe ont dépensé des sommes incalculables dans des guerres dynastiques, ou pour apaiser la vanité des maîtresses royales, et ils refusent d'avancer quelques millions pour résoudre le plus grand problème des temps modernes. D'après lui, un emprunt d'une centaine de millions de thalers aurait . suffi pour assurer provisoirement l'application d'un système national d'Associations coopératives de production. ^

Mais Lassalle était moins un théoricien qu'un orateur et un organisateur émérite. Dans ses discours enflammés il cherchait à donner au parti ouvrier conscience de sa force, et, en 1863, au milieu des difficultés de tout genre, il fondait ï Association générale des travailleurs allemands. Il demandait le suffrage universel direct par lequel les ouvriers finiraient par contraindre l'État à améliorer leur situation. Il prévoyait que ce mode de suffrage, si favorable aux éléments qui par nature tendent à une étroite solidarité, unirait et disciplinerait les forces populaires, mettrait une armée sur pied. M. de Bismarck s'empara de cette idée pour réaliser l'unité allemande, et, par une ironie des choses, il aura peut-être plus travaillé pour le socialisme que pour le roi de Prusse. !

Karl Marx et Lassalle ont été les initiateurs et les ! prophètes du socialisme allemand : ils appartiennent à la même race, et c'est du judaïsme qu'est sortie la réaction la plus violente contre l'organisation économique contemporaine, où les juifs jouent un rôle si important. Marx est supérieur comme théoricien, il a accusé Lassalle de l'avoir pillé sans le citer. Le socialisme de Marx est fédératif, international ; il vise à la république universelle, à l'abolition générale de la propriété. Lassalle est, au contraire, un patriote : il considérait qu'une monarchie impériale, dans l'Aile-

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