II. — SOUFFRANCES ET MORT DE LASSALLE
Sainte-Beuve, ce maître en psychologie, s'était fait un questionnaire auquel il soumettait chaque personnage, et dont l'un des points essentiels était : Comment se comporte- t-il sur V article : Femmes? L'article « femmes » est long chez Lassalle. Quand l'apôtre socialiste avait serré les mains calleuses des prolétaires, il lavait les siennes avec soin pour presser des tailles élégantes dans les boudoirs parfumés.
Une dame russe a publié en 1878 quelques lettres d'amour 2 que Lassalle lui écrivait en français, avec une certaine gaucherie qui n'est pas sans grâce :
« Ah! si je vous écrivais en allemand, chaque mot serait un être individuel, animé, vivifié par cette chaleur d'âme que je leur communiquerais! Ce seraient autant de petits oiseaux, d'un chant touchant, aux ailes dorées.... qui s'envoleraient d'eux-mêmes et s'abaisseraient devant vous pour vous baiser les mains et les pieds. »
Au milieu d'effusions pleines de tendresse pour sa « belle rose », sa « fleur veloutée », il emploie des images excessives : « Je mangerais mes propres entrailles», qui tiennent sans doute à des habitudes de tribun véhément et pathétique; le lyrisme en est démodé. Mais ce qui est admirable dans ces lettres, c'est l'absence d'ironie sur soi-même et l'imperturbable confiance nécessaire aux hommes d'action.
Lassalle avait rencontré aux eaux d'Aix-la-Chapelle la jeune fille russe qu'il ne désigne que sous le doux