Discours de Bakounine prononcé à Genève en
2. Bakounine voit que le socialisme de Marx rendrait l'individu esclave de la société; mais l'individualisme absolu qu'il préconise impliquerait le retour à l'état sauvage le plus primitif.
3» Discours de Genève.
RÈGLES DE i/ORDRE 283
tinct de détruire pour détruire, et le frénétique amour du mal, soi-disant pour réaliser le bien *.
La Société des nihilistes oubakouninistes se préparait à exécuter ce patatras universel. Elle se composait de trente membres, parmi lesquels Mme Bakounine, une Anglaise, un ancien agent de police français et d'autres énergumènes. Les néophytes s'engageaient par statuts à « avoir le diable au corps », à ne posséder d'autre patrie que la révolution universelle, et à considérer comme réactionnaire tout mouvement qui n'aurait pas pour but unique et immédiat le triomphe de leurs principes. Bakounine exposait en ces termes, dans une brochure, les devoirs du révolutionnaire, les règles de l'Ordre : « Sévère envers lui-même, le révolutionnaire doit l'être aussi envers les autres. Tous les sentiments de sympathie, toutes les impressions amollissantes de parenté, d'amitié, de reconnaissance, doivent être étouffés en lui par l'unique et froide passion de l'œuvre révolutionnaire. Il n'existe pour lui qu'une jouissance, qu'une consolation, qu'une récompense, qu'une joie, le succès de la révolution. Nuit et jour il ne doit avoir qu'une seule pensée, qu'un seul but, la destruction impitoyable. Tandis qu'il poursuit ce but,
1. « Ces imaginations qu'on dirait d'un fou furieux, ne sont cependant pas sans précédents dans l'histoire de la pensée humaine... La croyance palingénésique que ce monde, foncièrement mauvais, doit périr dans les flammes, pour faire place à de « nouveaux cieux et à* une nouvelle terre » se trouve dans toutes les religions antiques... Telle était aussi l'idée du christianisme primitif. » On chante encore dans les églises cette prédiction pleine de sombres menaces :
Vies irœ. clies Ma Solvet saeclum in favilla.
Voir Laveleye, le Socialisme contemporain, p. 225.
sans cesse et froidement, il doit être aussi prêt à mourir qu'à tuer de ses propres mains quiconque l'empêche de l'atteindre. »
Membre de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, établie à Genève, Bakounine y produisit, en 1869, une sécession sous le nom d 1 Alliance internationale de la démocratie socialiste. Il fonde des groupes autonomistes contre les autoritaires marxistes, et oppose le fédéralisme à leur centralisation. Il ne pénétra dans Y Internationale de Marx que pour la miner et la désorganiser dans le midi de l'Europe avee sa Fédération jurassienne, qui comptait de nombreux, partisans en Italie, en France, en Espagne. Exclu avec les anarchistes du congrès de La Haye, il causa la dissolution de l'Internationale.
Durant les dernières années de sa vie Bakounine s'est occupé de la Russie et de la France. Bien qu'il eût perdu toute popularité près des patriotes russes, lors de la dernière insurrection de Pologne, en soutenant jusqu'au bout la cause polonaise, aux dépens mêmes de l'intégrité de l'empire, bien qu'il eût été gravement compromis par l'assassin Netschajef, son fondé de pouvoirs en Russie, un escroc, il n'en était pas moins reconnu comme 4e chef du parti nihiliste; il inondait le pays de ses brochures, prêchait le régicide, la soumission aveugle aux ordres des comités secrets, exaltait le brigandage : « Le brigand russe, disait-il, est le véritable et unique révolutionnaire sans phrases et sans théories. » Il recommande à la jeunesse russe de fermer les livres, de déserter les écoles et d'aller vivre dans les bois le mousquet au poing. Il disait encore aux jeunes gens ; « Détournez- vous d'une science qui, dans sa forme actuelle, n'est bonne qu'à vous lier et à vous énerver. Allez parmi le peuple^ et affranchissez vos frères d'une servitude criminelle. » On sait avec quelle ferveur