PROGRAMME DE LA COMMUNE
ce conseil a été suivi par les jeunes apôtres du nihilisme.
La guerre entre la France et l'Allemagne réveilla les vieilles colères antigermaniques de ce turbulent Slave. Il appela sous les armes en notre faveur « les prolétaires de tous les pays ». Les prolétaires firent la sourde oreille. Bakounine estimait que la France ne pouvait être sauvée que par une grande révolution sociale; il proposait les mesures suivantes : 1° destituer tous les fonctionnaires sans exception; 2° condamner au bagne tous les bonapartistes ; 3° organiser des bandes révolutionnaires afin d'en imposer aux paysans; 4° emprisonner tous les curés, tous les propriétaires; 5° créer, pour la distribution de leurs biens, des comités de paysans convertis à la république. Par ces moyens, on se concilierait les campagnes, et l'on saurait inspirer partout l'enthousiasme de la Révolution. Le programme d'action, qu'il exposait dans sa. Lettre à un Français, a été exécuté à la lettre par la Commune *. Lors du mouvement communaliste de Lyon, Bakounine accourut dans cette ville, où Richard et Gluseret l'accueillirent à bras ouverts. Il assistait à l'assaut donné par les insurgés à l'Hôtel de Ville. Mais après la
1. « La capitale insurgée se constitue en commune. La fédération des barricades se maintient en permanence. Le conseil communal est formé de délégués, un par barricade ou par quartier, députés responsables et toujours révocables. Le conseil choisit dans son sein des comités exécutifs séparés pour chaque branche de l'administration révolutionnaire de la commune. La capitale déclare que, tout gouvernement central étant aboli, elle renonce à gouverner les provinces. Elle invitera les autres communes urbaines et rurales à se réorganiser révolutionnairement et à envoyer, dans un endroit désigné, des délégués avec mandat impératif et révocable, pour constituer la fédération des communes autonomes, et organiser la force révolutionnaire nécessaire pour triompher de la réaction. • (Laveleye, le Socialisme contemporain, p. 231.)
défaite de ses amis on le pria de repasser la frontière.
En 1872, il transportait sa tente à Zurich, au milieu des étudiants russes qui fréquentaient l'université, et faisait parmi eux une propagande socialiste, en compagnie de Pierre Lawrof, ancien colonel d'artillerie, qui avait pris part à la Commune. Révolutionnaire non de cœur, mais de tête, Lawrof se rapprochait des socialistes allemands et de leur tactique de propagande : il ne pouvait s'entendre avec Bakounine, et leurs partisans étaient séparés en deux camps l .
Michel Bakounine finit assez tristement. Ses bandes échouaient à Carthagène lors des importantes insurrections de 1873; Mazzini l'excommuniait au nom du spiritualisme; Karl Marx, au nom du socialisme orthodoxe. Il passa en Suisse les dernières années de sa vie, entouré de quelques fidèles, et mourut à Berne, en 1876.
1. D'après R. Meyer, 1'agitalion de Bakounine en Suisse n'était pas dirigée contre la Russie, mais contre l'Europe occidentale au profit de la Russie. Karl Marx accusait Bakounine d'être plus qu'un émissaire du panslavisme, un agent direct du gouvernement russe, occupé a semer au profit des Moscovites l'anarchie en Occident. Bakounine, avait déclaré lui-même qu'il marcherait à la suite de Romanof, s'il consentait à être non l'empereur de Pétersbourg, mais le tsar des paysans. C'est le gouvernement russe, disait-on, qui après 48 avait sauvé la tête de Bakounine, puis favorisé son évasion de Sibérie. La villa qu'il occupait vers la fin de sa vie, près de Locarno, semblait à ses amis bien luxueuse pour un si farouche partisan de l'égalité. (Winterer, le Socialisme contemporain. Paris, 1818.) — D'autre part, M. Matkey nous le présente perdu de dettes, puisant dans la bourse de ses amis comme dans la sienne propre... Il y a en tout ceci bien des invraisemblances, des obscurités et des contradictions, soit chez le personnage luimême, soit dans ses biographes; et l'on a peine à imaginer que la police de Pétersbourg ait payé Bakounine pour dresser toute une école de nihilistes et leur prêcher le régicide.