‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 174 sur 203 · J. BOURDEAU · texte numérisé non relu

J. BOURDEAU

Tourguénef, dans son roman de Pères et Enfants a peint l'état d'esprit matérialiste et positiviste de cette première génération dans le type de l'étudiant Basarof. Un autre personnage, Mme Kouschkine, exprime le dilettantisme des sciences naturelles qui régnait dans tout ce monde, lorsqu'elle laisse tomber de sa lèvre dédaigneuse ce jugement sur George Sand : « Elle n'a aucune idée ni de l'éducation, ni de la physiologie, de rien. Je crois qu'elle n'a jamais entendu parler de l'embryologie, et comment peuton aujourd'hui se passer de cette science? » Le culte de la vérité, du réel, va de pair, chez ces logiciens, avec le mépris du beau dans l'art, dans la poésie. « J'aime mieux un morceau de fromage que tout Pouchkine », écrit le poète nihiliste Nekrassof *. — Les convenances extérieures, les formes de politesse traditionnelles, les démonstrations sentimentales, qu'est-ce que tout cela? Hypocrisie et mensonge. — Ce raffinement de grossièreté et de cynisme trouve son expression dans une littérature réaliste, d'une sincérité, d'une hardiesse menaçantes et méprisantes, qui étale crûment au grand jour les maladies, les plaies sociales dans toutes les couches de la société, et dont les Russes ont été les premiers inventeurs. L'œuvre la plus caractéristique de cette école, le roman de Tchernyschewsky : Que faire? écrit en 1862, du fond de l'exil sibérien, n'est pas, comme l'œuvre de Tourguénef, un miroir où se reflète l'esprit nihiliste sous une forme ironique et

réellement quelque chose. » {Correspondance de J. de Maistre, vol. II, p. 287, 290.) — C'est parce qu'il y a des esprits inquiets et mécontents que le monde change. Joseph de Maislre oublie que l'inquiétude et le mécontentement ont fondé le Christianisme.

1. Auteur lui-même de pièces pleines d'originalité, d'une tristesse poignante née de la souffrance même.

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