‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 182 sur 203 · DÉCADENCE DE LÀ SECTE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LÀ SECTE

qu'Alexandre III, prisonnier par moments dans ses palais, est obligé de prendre pour sa sûreté personnelle, prouvent que tout danger n'a pas disparu. On entend parler de loin en loin de complots plus ou moins importants découverts dans les cercles d'officiers, de tumultes universitaires, d'arrestations soudaines, mais rien ne transpire au delà : les débats devant le jury, les exécutions publiques, tout ce qui autrefois excitait, passionnait le public, est maintenant aboli; tout se passe dans le plus profond secret des casemates de la citadelle de Pierre-Paul, et le silence du tombeau ou de la Sibérie en garde le mystère '. Le parti terroriste n'a cependant pas retrouvé une période de succès comme celle qui a duré de 1878 à 1881. Les rangs de la Narodnaja Wolja se sont éclaircis dans le combat. Privé de l'appui des libéraux, le nihilisme est incapable de constituer un parti politique influent. Le recrutement en est devenu plus laborieux a . Le gouvernement s'efforce d'apaiser l'esprit révolutionnaire de la nouvelle génération, de restreindre le nombre des déclassés, en limitant l'admission des jeunes gens dans les gymnases. Plus faibles en nombre, les sectaires le sont aussi en

1. Russland unter Alexander III t von H. v. Sarnson Himmelstjerna. Leipzig, 1891.

2. Grâce au zèle des émigrés, les nihilistes recueillent quelques fonds, 16 000 roubles en 1885, plus encore en 1886. Le creusement de la mine destinée à faire sauter le train impérial avait coûté 40 000 roubles.

L'émigration nihiliste, formée depuis 30 ans et évaluée à 200 membres, a transporté son quartier général de Genève à Londres et à Paris, à la suite de mesures prises par la police fédérale. Les uns s'adonnent à l'activité littéraire, écrivent des brochures; en général, ce ne sont pas ceux-là qui dirigent : les autres poursuivent des études scientifiques. Presque tous mènent une vie des plus précaires et n'ont d'autres ressources que de donner des leçons.

qualité. Ils n'ont plus pour eux l'opinion des hautes classes, qui, de 1860 à 1870, leur apportèrent un contingent si précieux d'idéalistes fanatiques qu'on ne retrouve plus aujourd'hui. Les dénonciations entre adeptes ont amené une extrême défiance. Les membres les plus distingués et les plus actifs sont des juifs, surtout de jeunes juives* qui n'ont que trop de représailles à exercer pour la persécution barbare infligée à leur race. Enfin, depuis 1881, les nihilistes de l'ancien parti de Terre et Liberté sont séparés en deux camps. Les terroristes de la Narodnaja Wolja restent fidèles au principe du coup d'État, mais ils ont changé de méthode. Après la défaite, ils éprouvaient une aversion naturelle pour le système de centralisation qui avait duré de 1876 à 1885. Depuis les six dernières années toute trace du comité exécutif a disparu, et un nouveau printemps d'anarchisme a refleuri dans des cénacles séparés et très restreints de jeunes gens prêts à toute entreprise. Ils opposent à l'État unitaire, l'État fédératif, composé des petites communes indépendantes, autonomes, librement constituées *. C'étaient là les idées de Bakounine, bien qu'il passe aujourd'hui pour suranné, et qu'on ne nomme le premier apôtre de l'anarchisme, le sanglier hégélien, qu'avec un haussement d'épaules; c'était l'idée de la Commune parisienne en 1871; ce sont les idées que représentent encore aujourd'hui des hommes de la valeur scientifique e,t de la probité personnelle du prince Krapotkine et d'Elisée Reclus 8 .

1. Une juive, Hessi Helfinann, se trouvait parmi les meurtriers du tsar.

2. Bakounine fondait ses espérances sur l'élément socialiste de la commune russe.

3. Paroles d'un révolté, par Pierre Krapotkine, avec une préface d'Elisée Reclus. Paris, Marpon. — Le prince Krapotkine,

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