‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 93 sur 203 · PROTECTION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

PROTECTION DU TRAVAIL

de Paris que la protection pratique du travail devait passer au premier plan, et la théorie reculer au deuxième. Les meneurs se rendent bien compte « que la population ouvrière dans sa masse fait bon marché des théories qu'elle ne comprend pas, et ne tient qu'aux réformes effectives * ». — « Afin de gagner la grande majorité à nos idées, il faut lui dire que, sans perdre notre but un seul instant de vue, nous sommes prêts à formuler toute exigence qui nous semble capable d'améliorer la situation matérielle et morale de l'ouvrier, et de travailler à son propre affranchissement. » Ainsi s'exprime Bebel. Le journal officiel du parti, le Vorwaerts défend en ces termes les mêmes idées : « Avec les plus beaux mots d'ordre révolutionnaires on ne change rien non plus à la situation présente, pas même un iota en faveur des ouvriers, qui ont d'autant plus de droit à ce qu'on tâche de modifier quelque chose aujourd'hui même, que leur vie est courte, et que la société démocratique et sociale de l'avenir est pour eux sans objet. Même le révolutionnaire le plus furieux ne néglige pas de s'organiser dans la société actuelle d'une façon aussi agréable qu'il le peut. »

Ainsi le parti de la démocratie socialiste allemande,

qui est théoriquement un parti de révolution sociale,

*se donne pratiquement pour un parti de réforme

sociale, tout en déclarant bien haut qu'il ne saurait se

contenter de cette réforme.

On s'est efforcé de concilier dans le programme l'eau et le feu, de satisfaire à la fois les utopistes et les esprits plus pratiques, les violents et les modérés, les socialistes et les démocrates. Mais ces contraires ne se concilient pas dans la réalité aussi aisément que sur le papier, et les tendances opposées ont failli amener

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