Polybe, liv. XXXVIII
\-l I.K SOCIALISME CATHOLIQUK
à la proprirlc mobilière. Les choses « inancljn » étaient, au tléhut, (Tapi-ès l'ipien, iini(|ueinent les liéritages iiniiiobilier s sur le sol de l'Italie, les servitudes d'héritages ruraux en Italie . les instruments agricoles. La catégorie des biens « nvc nui/icipi » était ouverte, indéfinie, et ces biens pouvaient être aliénés sans aucune garantie, par simple « traditio ». Tant que la distinction vécut, la centralisation rapide de la propriété rencontra des obstacles très graves, mais lorsque r « equitas », la jurisprudence des préteui's, le « Jus ^ctitiiim », par des dispositions sans nombre, firent à peu près disparaître toute dillerence entre ces deux catégories de biens , et même la distinction entre « cognati et agnati; lorsqu'enlin le testateur obtint une liberté des plus larges, la centralisation de la propriété s'ensuivit promptement. La loi « Furia », qui limita le montant des donations; la loi « Glicia », qui obligeait le testateur, sous peine de nullité, à faire connaître ses justes raisons, au cas où il déshéritait ses fils ; la loi « Fulcidia », ({ui assurait le quart aux héritiers naturels ; la loi « Julia et Papia Poppœa », qui l'orçaitles parents riches àassui'erune dot aux filles nubiles, favorisèrent les grandes fortunes.
Mais le dommage résultant du cumul de la propriété entre un petit nombre de mains fut bien moins grave, moins gros de conséquences, que celui que produisit le système des banques et la concentration du capital. L'invasion des barbares, l'infiltration dissolvante du christianisme, contribuèrent moins que cette cause à la chute de Rome. Si l'Empire put retarder cette décadence en mettant un frein aux abus des publicains et des banquiers, il ne put qu'éloigner la catastrophe, non l'éviter.
La bourgeoisie capitaliste, composée de l'ordre des chevaliers et des publicains, fut pendant plusieurs siècles au-dessus de toute loi. Contre elle ne prévalurent ni les récriminations
LES LUTTES SOCIALES DANS l'aXTIQUITK W
du patriciat qui sentait le pouvoir lui échapper, ni les révoltes du peuple, ni les tardives dispositions législatives.
Rome était, à l'origine, un petit Etat agricole organisé aristocratiquement. Lorsque les conquêtes y firent affluer les richesses du monde, et que des fortunes colossales y furent constituées, les distinctions entre les classes sociales, entre riches et pauvres, devinrent profondes.
Toutes les fois qu un législateur ou un tribun tenta de mettre obstacle à l'absorption des petites fortunes par les banquiers et les capitalistes, il y perdit misérablement la vie, comme Sempronius Asellus, ou il dut s'arrêter devant des difficultés insurmontables.
Toute la législation économique romaine, pendant plusieurs siècles, ne fit que servir les intérêts de la grande propriété. La lutte contre Carthage fut surtout une lutte commerciale. Le « Delenda Carthago » était le cri des protectionnistes romains. Cicéron raconte que le Sénat, composé de riches propriétaires terriens, fit arracher les vignes et les oliviers des Gaules, pour parer à une concurrence nuisible aux riches propriétaires romains. « Les grands propriétaires étaient, pour la plupart, des capitalistes avides. Peu à peu ils exproprièrent la plus grande partie des petits possesseurs de la terre, et en contraignirent un arrand nombre à cultiver leurs vastes domaines, car d'après la loi romaine, le débiteur insolvable ne pouvait abandonner la terre qu'il avait occupée. Des troupeaux d'esclaves se substituèrent ainsi aux travailleurs libres. »
Le passage de la « g'ens » au groupement par communauté de famille avait eu lieu promptement, mais les collectivités de cette sorte, soumises à l'autorité absolue du père, formaient, aux temps héroïques de Rome, de petites unités sociales tenues par une solidarité et des liens d'intérêts. Lorsque la propriété individuelle prit un grand et rapide développement et qu'il
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n'y eut plus de bornes à la liberté détester ; lorsque laccroissenientdes éehanges commerciaux amena de grandes richesses et que les conquOtcs portèrent à plusieurs millions le nombre des esclaves : lorsque les petits propriétaires, incapables de soutenir la concurrence des alatifiindin », tombèrent en faillite, et que la politique protectionniste qui avait conduit les Romains à détruire Carthage, par haine commerciale, devint la règle constante de toute loi économique, il n'y eut plus e-n Italie qne des gens trop riches et des gens trop pauvres. « L'évolution économique, dit Létourneau, va toujours de pair avec l'évolution morale; les deux sont corrélatives. Habitués, comme nous le sommes, au régime individualiste, nous avons peine à comprendi'c le patriotisme féroce qui enflammait les citoyens des petites républiques de l'antiquité . C'est que ce sentiment était inspiré par l'instinct même de la conservation ; les intérêts étaient solidaires au sein des « clans » et des familles ; la défaite pouvait conduire non seulement à la ruine totale, mais encore à l'esclavage : le patriotisme exalté n'était donc que l'amour de la propriété idéalisé. Mais à mesure q\ie l'individualisme économique faisait des progrès, la masse se détacha d'une « 7'es publica » qui n'avait plus rien de public ; les riches, les dirigeants, pensèrent tout d'abord à conserver ou à accroître leurs richesses; quant à la foule asservie, que lui importait de changer ou non de maître ' I »
Les vertus romaines, que l'on a trop vantées, n'élaient bien souvent que des vertus civiques, et consistaient surtout en un dévouement absolu à la patrie et en un prodigieux courage. « Mais l'on remai'que à côté, dit Dcloume, par une soi'te de contraste, ou plutôt de conséquence logique de ce que ces énergies avaient d'excessif et de déréglé, le mépris de la vie et