CHAPITRE III
ORIGINES ÉCONOMIQUES DU CHRISTIANISME ET TRADITIONS SOCIALES DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE
Les luttes sociales en Judée. — Motifs de ces luttes. — La propriété oollective en Judée. — Transformation rapide de la propriété — Législation de Moïse au point de vue du travail. — Les prophètes d'Israël et les théories anarchiques. — La richesse selon les Juifs. — Les luttes religieuses d'Israël étaient des luttes économiques. — Les doctrines sociales de Jésus-Christ et la critique moderne. — Le renoncement. — La richesse opposée à la religion et aux prophètes. — Les premiers compagnons de Jésus. — Le communisme des premiers chrétiens. — Transformations historiques des doctrines économiques du christianisme primitif. — L'ouvrier chrétien. — Le christianisme envisagé comme révolution économique. ~ Les premiers apologistes. — Les doctrines communistes des Pères de l'Église. — Le communisme forme la plus parfaite organisation sociale d'après les idées chrétiennes. — Modifications successives des théories sociales du christianisme.
Mais aucun pays ne connut dans l'antiquité des luttes sociales aussi prolongées et aussi riches en conséquences que ce petit coin de la Syrie dont l'ardent génie sut produire et répandre dans le monde la plus pure, la plus noble et, sans contredit, la plus grande de toutes les religions dont l'histoire nous ait transmis le souvenir. Dans aucun pays du monde, sauf Israël, les pauvres et les faibles n'eurent, à l'appui de leurs revendications, la religion et les prophètes.
Les Hébreux ne sortirent que tard de l'état nomade *, et
I. Voir Renan : Histoire du Peuple (t'Israc% liv. I : Les Beni-Israëi à l'état nomade.
naturellement, pendant cette première période de leur existence sociale, ils n'eurent, comme en général presque tous les peuples de race sémitique, aucune tendance pour les Iruvaux de l'agriculture et pour la vie sédentaire. Cependant, à l'opposé des Arabes cl d'autres populations sémitiques qui confièrent les travaux de la terre aux peuples vaincus, les Hébreux, ayant exterminé leurs ennemis, durent s'astreindre à regret aux pénibles travaux des champs '.
Les lîeni-lsraël, à l'état nomade, calculaient leur richesse d'après le nombre de tètes de bétail. Nabal de Maon. regardé comme un homme immensément riche, possédait trois mille brebis et mille chèvres. I^e régime de propriété adopté par les Hébreux nous est presque complètement inconnu. H est certain cependant que quand les conquérants hébreux se mirent à cultiver les terres fertiles de Ghanaan, un grand nombre de règlements durs et minutieux entravèrent le développement rapide de l'agriculture. La propriété, pourtant, subit une évolution des plus rapides, si bien que la Genèse parle déjà de propriété de famille. Le pays de Ghanaan, conquis par la violence , avait été assez inégalement partagé, et quelques familles nobles avaient même reçu dans leurs lots des villes entières. La propriété familiale était cependant inaliénable, et les femmes qui, à défaut de mâles, héritaient, ne pouvaient pas se marier hors de la tribu. Le droit de tester, non reconnu et non admis dans la jurispradence primitive, n'avait été reconnu que plus tard, en cas de mort de tous les parents ou d'impossibilité de les retrouver. Cependant la propriété familiale ne dura pas très longtemps, et les lîeni-Israël connurent bientôt la propriété individuelle. Leur esprit religieux, leur nature réflécliie et à la fois ardente, les conduisit, môme