Saint Luc, \l, •i
éternelle, puisque le vol, au détriment des riches et au profit des pauvres, devient non seulement louable, mais rend digne du royaume des Gieux.
L'idéal des premiers disciples de Jésus, de ceux qui furent les vrais fondateurs du Christianisme, n'est guère différent : Saint Jacques, dans son Epître, éclate en menaces si terribles contre les riches, que l'on découvre aisément, dans les violences de l'apôtre, la révolte du pauvre contre ceux qu'il considère comme les ennemis naturels de sa classe; riche est pour lui synonyme de pervers et d'impie.
Ceux que l'Évangile désigne comme premiers compagnons de Jésus, étaient en général des pauvres, d'humbles travailleurs. Le seul publicain parmi les Apôtres, Mathieu, n'était pas un vrai publicain, mais un telonarius, employé des gabelles ou des douanes, qui vivait, lui aussi, d'un mince salaire journalier.
Paul, le plus grand et le plus ardent des Apôtres, conçoit comme type idéal du chrétien un ouvrier, humble, laborieux, modeste. Le riche est, pour lui aussi, un parasite; il formule, en effet nettement, une loi économique destinée à devenir, bien des siècles plus tard, le principe fondamental du socialisme : « Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ».
Les Apôtres pratiquaient certainement le communisme, mais même au temps de Marc-Aurèle, alors que le communisme n'existait plus, la propriété des fidèles n'était qu'une demi-propriété, car rp]glise participait au profit, autant, et même plus, que le propriétaire.
Le christianisme, qui avait été, à l'origine, une société d'ébionites, avait adopté l'idée que si le riche ne donne pas ce qui est pour lui le superflu, il devient un détenteur du bien d'autrui. Dans les églises primitives, les riches fort rares qui se convertissaient au christianisme étaient suspects ; l'Évan-
fil LE SOCIALISME CATHOLIQUE
gilc leur fermait l'entrée du royaume des Cieux, et les pauvres, liers de ces promesses divines, traitaient les riches avec une singulière arrogance.
Au iv^ siècle, le christianisme était devenu la religion des basses classes dans une grande partie de l'Empire roniain; les riches, au contraire, demeuraient lldèles au culte ancien. Et la lutte religieuse se transformant en une lutte économique, la haine entre deux classes déjà naturellement hostiles ne pouvait que croître.
Les riches devaient considérer avec mépris des gens qui prêchaient la pauvreté et qui A'ivaient pauvrement. Mihir Nerseh, dans une proclamation aux Arméniens, après les avoir détournés d'embrasser le christianisme, leur demande comment ils pourraient écouter des gueux mal vctus qui préfèrent les personnes dhundjle condition à celles d'un rang social plus élevé, et qui sont assez absurdes pour faire peu de cas de la richesse.
« Voulez-vous savoir, disait Celse, comment ils s'expriment? Voici leurs propres paroles : « Qu'aucun savant, « qu'aucun sage, aucun homme instruit ne vienne à nous; « mais s'il y a quelque part un ignorant, un sot, un homme « de rien, qu'il nous suive. »
C'était donc un peuple entier dhundjles et honnêtes tra- . vailleurs que suivait cette nation de ténèbres, ennemie de la lumière, latebrosa et lucifuo-a natio.
Dans l'antiquité païenne, l'ouvrier comptait pour peu de chose ; les philosophes grecs et romains n'ont pour lui que des paroles de mépris. Dans les premières communautés chrétiennes, au contrah*e, l'ouvrier commence à être respecté : un travailleur humble, doux, pieux, méprisant la richesse, était vraiment l'idéal rêvé par les Apùlres. Ainsi, sur les tombeaux des premiers chrétiens, le qualificatif d'ouvrier
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prenait un sens honorable. Le chrétien primitif se faisait gloire d'avoir vécu modestement du travail de ses mains. On lit très souvent sur les tombes : « AmatiHx paiiperoimm et operaria, labor'um aiitinx, amicus paupenim, etc. ».
Le peuple voulut conquérir le Ciel par la pauvreté. Les premiers chrétiens dédaignaient la richesse, considérée par eux comme la source du mal. Dès qu'ils eurent la liberté religieuse, ils se soumirent à toutes les privations, à toutes les injustices. L'avarice, que l'Église primitive tenait pour le plus grand de tous les péchés, n'était, au fond, que de l'épargne. L'usure (et l'on entendait par là tout prêt intéressé), l'usure, strictement interdite, rendait la grande industrie impossible.
Il est nécessaire de se convaincre de ce fait que le christianisme a été une immense révolution économique ^ Les premiers chrétiens ne voulurent point conquéinr la richesse; comme Jésus, ils voulurent l'anéantir. Ils n'eurent, comme leur grand Maître, aucune idée de gouvernement civil; l'idée religieuse les domina au point de détruire chez eux toute dilTérence de nationalité ou de position sociale.
Les premiers Pères de l'Église, fidèles à l'enseignement de Jésus, émirent des théories empreintes d'un véritable communisme. Ils vivaient dans un milieu où régnait la communauté, et ils n'auraient pas pu soutenir des idées opposées à celles de Jésus et des Apôtres. « Tout est commun entre nous, dit Tertullien, sauf les femmes. » Et Saint Jacques ajoute : « Nous portons ce que nous possédons, et nous partageons tout avec les pauvres - ».
Il convient de ne pas oublier qu'au temps des apologistes l'aristocratie industrielle et l'aristocratie de la terre étaient