I. Renan. Marc-Aurrl<\ p. 5t
2 Justin. Apolog., I, 14.
fi6 LE SOCIALISME CATIIOM(,)L E
presque rxclusiveincnt païennes. Le christianisme était encore la religion des pauvres, et rassemblait autour de lui les ouvriers indigents, les travailleurs (riiuinble condition, les esclaves.
Le monde officiel n'avait pas encore adopté le christianisme. Bien plus, Mai'c-Aurèle lui-même, dont les idées se rapprochent tant de celles du christianisme, dans son stoïcisme si élevé et dans sa philosophie sereine, Marc-Aurèle considérait les doctrines des chrétiens comme funestes à la grandeur et à l'unité de l'Empire.
Les idées communalistes des premiers apologistes et des premiers Pères de l'Église sont donc non seulement le résultat de la doctrine évangélique. mais encore et surtout la conséquence du milieu qui les vit naître. Lorsque, au contraire, après Constantin, le catholicisme devint la religion officielle et fut embrassé par les riches et les hommes du gouvernement, les auteurs ecclésiastiques manilestèrent des idées bien dilférentes sur la propriété.
Les doctrines des Pères de l'Eglise sur le caractère de la propriété privée sont parfaitement uniformes. Ils admettent tous que la richesse est le produit d'une usurpation, et, considérant le riche comme détenteur des biens du pauvre, ils veulent que la richesse serve seulement à secourir ceux qui sont dans le besoin: refuser aux pauvres est. par conséquent, bien plus coupable que de voler aux riches. Selon les Pères, dans le principe tout était en commun : la distinction entre le mien et le tien, c'est-à-dire la propriété individuelle, a été l'd'uvre (lu Malin Esprit.
« La terre, dit Saint Ambroise, a été donnée en commun aux riches et aux pauvres. Pourquoi, ô riches, vous en attribuezvous la propriété ' ? » l^t ailleurs il dit encore plus clairement :
I. Ambrosii. Opéra, cd. bened.: De Xabtitlie, Israélite, cbap. i. p. 2.
<( La nature a mis en commun toutes choses, à l'usage de tous, l'usurpation a créé le droit particulier ' ». « A oici, écrit Saint Jean Ghrysostome, l'idée que nous devons nous faire des riches et des avares : ce sont de véritables voleurs qui occupent la voie publique, dévalisent les passants, et transforment leurs demeures en cavernes où ils amassent le bien d'autrui -. » « 11 n'y a pas grand mérite, écrit Saint Grégoire le Grand, à ne pas voler ce qui est à d'autres, et c'est à tort que se croient innocents ceux qui s'approprient seulement les biens que Dieu a mis en commun; en ne donnant pas aux autres ce qu'ils possèdent, ils deviennent meurtriers et homicides, car, en gardant pour eux-mêmes ces biens qui auraient soulagé les souffrances des pauvres, il est permis de dire qu'ils font mourir chaque jour tous ceux qu'ils auraient pu nourrir. Donc, lorsque nous donnons de quoi vivre à ceux qui sont dans l'indigence, nous ne nous privons pas de ce qui nous appartient, nous leur donnons ce qui est à eux. Ce que nous faisons dans ce cas, n'est pas autant une œuvre de miséricorde que le paiement d'une dette '. »
« Gommunis vita, dit Saint Glément, fratres, omnibus necessaria est, et maxime his qui Deo irreprehensibilitcr militari cupiant et vitam apostolorum, eorumque discipulorum imitari volunt. Gommunis enim usus omnium quœ sunt in hoc mundo, omnibus esse hominibus debuit. Sed per iniquitatem alius hoc suum esse dicit, et alius illud et sic inter mortales facta divisio est. »
Saint Augustin dit que la propriété n'est point de droit naturel, mais de droit positif, et qu'elle repose simplement sur l'autorité civile.