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CATIIOLU.ISMK ET PUOTESTANTISME 81
dhumbles paysans arrivaient aux échelons les plus élevés de la hiérarchie ecclésiastique. Il ne faut pas oublier non plus que les couvents contribuaient presque partout à rendre moins pénible le sort des pauvres. Chaque couvent avait ses clients, auxquels il donnait le pain quotidien. Dans quelquesunes des grandes abbayes d'Italie, le nombre de ces habitués montait souvent jusqu'à trois cents, ainsi que j'ai pu m'en assurer moi-même, en consultant les archives des couvents.
D'ailleurs, dans chaque monastère, il y avait un certain nombre de personnes (observants, mineurs, convers, pratiquants, etc.) qui menaient la vie monastique et échappaient ainsi aux dures exigences de la lutte pour l'existence, vraies natures timides faites pour la paix et le silence. C'était une sélection non point des forts, mais des faibles, dont l'en, tretien et la tranquillité étaient ainsi assurés et à qui le célibat était imposé.
Un socialiste anglais, à qui ses adversaires eux-mêmes reconnaissent une science de l'histoire et de l'économie peu commune, a admirablement compris tout ce que l'organisation sociale de l'Eglise a produit de bien au moyen âge ' :
« Les rapports entre l'Église, les ordres religieux, le clergé et le peuple, dit Hyndmann, étaient, à tous les points de vue, de la plus grande importance. 11 n'y a rien de plus singulier dans l'histoire de l'esprit humain, que les jugements portés, en général, par nos économistes, nos historiens et les théologiens protestants, sur cette partie importante de l'organisation sociale au moyen âge. Des écrivains ordinairement modérés, et môme très remarquables comme culture, sem-
I. Hyndmann. The Historical Jlusis in .'iocialisiii in England (London, Kegan Paul, ïrench and C% i884).
8'2 LE SOCIALISME CATIIOLIQUK
blent, dès qu'ils abordent ce sujet, perdre toute iniparti.ilité et rompre avec la véritt'-. De inruie que le cai)italiste moderne ne veut voir dans les rapports entre les seigneurs des temps féodaux et le peuple, (piune tyrannie sans loi ni frein, et l'oppression la plus cruelle, de même ces auteurs qui représentent l'école économique de la bourgeoisie et des docteurs du protestantisme, ne voient, dans l'Eglise catholique du XVI' siècle, que corruption morale, débauche et hypocrisie. Or, il est temps de renverser ces préjugés que des hommes ayant intérêt à cacher la vérité ont imposés, jusqu'à ce jour, au public. Non, il n'est pas vrai de dire que l'Eglise de nos ancêtres n'a été que le vice et le mensonge organisés, comme ces fanatiques se plaisent à la représenter. Non, il n'est pas vrai que les revenus immenses du clergé célibataire et des religieuses vouées à la virginité aient été follement dissipés dans les excès d'une vie dissolue. En ce qui regarde le côté purement religieux, le catholicisme est légal, au moins, de n'importe laquelle des croyances répandues actuellement dans le monde. Il n'est certes pas exempt d'abus, et la plus grande partie de ces abus sont attaqués et blâmés par les membres mêmes de l'Eglise ; on y peut citer également des exemples d'oppression et de persécution sous diverses formes, mais l'Eglise catliolique, on le sait, est la seule grande corporation dans laquelle a toujours régné le principe de l'égalité de toutes les conditions. Dans son sein, au moins, l'homme supérieur, qui, hors de l'Eglise, aurait dû s'incliner profondément devant le farouche baron normand dont les ancêtres avaient fait partie des bandes de (Tuillauine, pouvait parvenir à une dignité du haut de laquelle il faisait à son tour trembler le baron arrogant, ignare et brutal. Le pape Sixte V était de l'extraction la plus basse, et notre pape anglais Adrien IV était lils d'un pauvre paysan; et ce ne sont là que
deux exemples entre mille, de princes de l'Eglise issus des classes les plus humbles. »
Non seulement, d'après Hyndmann, l'Eglise dépensait la moitié de ses revenus pour les pauvres, mais elle faisait encore plus. « Les comptes des monastères encore conservés, attestent qu'une grande partie de leurs rentes était employée par les supérieurs à soigner, nourrir et loger les voyageurs, les mendiants, les malades, et à d'autres œuvres de charité. En admettant même que de grosses sommes fussent dépensées en cérémonies religieuses et en illuminations, que certains monastères aient eu un réfectoire luxueux et des caves fournies de vins rares, il n'en reste pas moins établi que les abbés et les prieurs étaient les meilleurs propriétaires de l'Angleterre, et qu'aussi longtemps que l'Eglise catholique resta en possession de ses biens et de sa puissance, la pauvi'eté permanente, le paupérisme populaire, fut chose inconnue. Les occupations multiples qu'elle procurait à la population au milieu de laquelle elle vivait comme propriétaire, les améliorations de ses biens ruraux, la construction d'édifices, la création des routes, précieuse et d'une importance capitale surtout à cette époque, jointes à son action, à la fois secourable aux pauvres et moralisatrice, à la fondation et à la direction de nombreuses écoles, aux services que par sa science et son dévouement elle rendait aux malades, tout cela démontre jusqu'à quel point, en réalité, ces moines et ces religieuses si odieusement calomniés ont été précieux pour l'humanité. Ces moines « stupides » et superstitieux, sur le compte desquels tant d'énormités ont été dites, ces <( parasites » qui traînaient leur existence dans l'ivrognerie et les jouissances, qui s'engraissaient de la sueur des autres, n'étaient certes pas plus ignorants qu'un pasteur anglican ou qu'un prédicateur wesleyen quelconque ; ils ne vivaient pas
84 I,K SOC.I.VI.ISMK CATIIOI-K,)!!':
plus (lu travail de leurs concitoyeus, <jue l'orateur anabaptiste ou que le capitaliste libéral d'aujourd'hui.. . ' »
L'action bienlaisantc de la religion catholi(pic au moyen âge, la grande ntilité, au point de vue social, des oi'dres religieux, à cette rude époque où la force primait tout, l'organisation très souvent socialiste des fiefs ecclésiastiques au moyen âge, ont, du reste, été reconnus non seulement par le socialiste Hyndniann mais par des ennemis de l'Eglise catholique et par des écrivains sincères de l'école libérale, connue Théobald Royers, Adam Smith, Eden, etc. Quel fut, d'après Hy ndmann , le résultat aucpicl aboutit, en imposant violemment le protestantisme, la reine Elisabeth, complice inconsciente de la nouvelle aristocratie financière ? « Les pauvres, qui trouvaient toujours aide et secours auprès de l'Eglise ; les voyageurs, auxquels les couvents offraient toujours le gîte et la nourriture; les enfants du peuple, qui y recevaient l'instruction et l'éducation, se trouvèrent tous instantanément privés de ces bienfaits. La grande et puissante propriété foncière ecclésiastique, qui, par sa nature, aidait de son influence le peuple contre les princes et la noblesse, se transforma en lui nouvel instrument d'oppression populaire en passant dans les mains des nouveaux seigneurs et de la bourgeoisie; l'exploitation du sol et l'usure furent alors autorisées, de condamnées qu'elles étaient, et la religion protestante devint la cause directe et immédiate de la misère en Angleterre ^. »
Naturellement, lorsque la paix, l'organisation politique et économique curent rendu possible un accroissement considérable de la population, les couvents, qui avaient été pendant des siècles l'unique sauvegarde des pauvres et des faibles, conmiencèrent à devenir onéreux. Des terres, appar-