‹ Le socialisme catholiqueChapitre 26 sur 140 · Id.. ihid · texte numérisé non relu

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tenant aux églises ou aux couvents, demeuraient incultes, un grand nombre étaient mal cultivées. Pendant ce temps, la bourgeoisie, lentement constituée dans les villes et dans les villages, à l'ombre protectrice de la paix, et enrichie par un commerce florissant, commençait à placer ses capitaux en terres ; la propriété foncière attirait à soi l'épargne bourgeoise.

Alors les couvents, qui, dans quelques régions, étaient aussi nombreux que les points habités, commencèrent à paraître nuisibles, et alors commença à poindre, presque partout, cette législation qui visa graduellement leur suppression.

Les démocrates-socialistes, dans leurs conceptions assez souvent brutales de la vie, s'obstinent à tort à considérer le christianisme et surtout le catholicisme comme conti*aires aux doctrines fondamentales du socialisme ; ils nient de plus, injustement, l'action généreuse et bienfaisante qu'a exercée autrefois l'Eglise catholique.

Néanmoins, quiconque examine avec impartialité les œuvres des premiers écrivains du socialisme, voit immédiatement quelle influence considérable a exercée sur eux le principe socialiste du christianisme, et dans quelle mesure ce même principe a partout préparé le terrain aux revendications actuelles. Geux-mêmes qui, comme Saint-Simon, Cabet, et plusieurs autres, firent preuve d'une hostilité plus marquée à l'égard du christianisme, en ont ressenti l'influence au delà de ce que l'on croit communément.

Saint-Simon, nature mystique, esprit ardent, a, dans la dernière de ses œuvres : Le Noiweau Christianisme, proposé une vraie réforme du christianisme. Selon la pure doctrine chrétienne, les classes pauvres doivent se résigner au sacrifice et à la privation ; Saint-Simon veut, au contraire, qu'elles

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aspirent au bien-être et à la jouissance. 11 a cru être ainsi l'interprète plus juste et plus large du christianisme. Robert Owen, au contraire, séduit par son idéal de religion rationnelle, a rencontré des obstacles insui'montables précisément de la part du clergé. Owen considérait toutes les religions existantes comme fausses, immorales, subversives, contraires aux lois de la nature ; la preuve la plus convaincante de la vanité de ces religions se trouvait, selon lui, dans le malaise des sociétés créées à leur image. Dans la colonie de New-Lanai'k, on voyait, vivant ensemble, catholiques, quakers, anabaptistes, anglicans, presbytériens, méthodistes, sans la moindre velléité de prosélytisme; dans l'école, à NcAV-Lanark, les enfants ne recevaient pas d'enseignement religieux. La même conception guide Owen dans la formation de la colonie américaine de New-Harmony. Il est néanmoins très facile d'apercevoir que les doctrines chrétiennes ont exercé une influence bien supérieure à celles du rationalisme, sur l'esprit du philanthrope anglais.

Gabet n"a pas échappé davantage à cette influence.

Le Voj'agv en Icarie a été un dérivé plus ou moins direct des utopistes des xvi'- et xvn<= siècles, des doctrines sociales de l'Évangile et des premiers Pères de l'Église. Bien plus, dans la Préface du Voyage bizai're de lord Carisdal dans le mystérieux pays d'Icarie, Cabet, dont le fanatisme communiste allait jusqu'à ranger parmi les communistes : Cousin, Guizot, Villemain, Lamennais, de Tocqueville, etc., a avancé que le christianisme et le communisme ne sont qu'une seule et même chose '.

En Allemagne, Mario Im-même, toujours si rigoureusement exact dans ses déductions économiques, a émis l'opinion que

I. Cabet a démontré plus complètement cette thèse dans une compilation médiocre sur IKvaiigile, intitulée : Le Vrai Christianisnw.

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la vraie cause du problème social réside dans notre oi'ganisation industrielle qui ne correspond point à l'idée chrétienne du droit, que nous nous sommes graduellement formée. L'idée du droit, selon la doctrine chrétienne, est fondée sur la dignité du genre humain, et atteste que tous les hommes, par le seul fait qu'ils sont tels, ont un droit égal à la plus grande somme possible de bonheur. Jusqu'à la Révolution Française, l'idée païenne du droit a prévalu, d'où le privilège héréditaire, le « monopolisme » ; maintenant, selon Mario, l'idée chrétienne doit triompher et amener le « panpolisme ».

Cette tendance à considérer l'organisation économique actuelle comme étant absolument contraire aux principes sociaux du christianisme, a été, ainsi que nous le verrons plus tard, l'origine réelle du socialisme évangélique et du socialisme catholique, nés d'un même besoin, presque dans les mêmes circonstances. Il est à remarquer cependant que cette tendance ne se trouve pas seulement chez les écrivains catholiques ou protestants, mais même chez les auteurs positivistes.

L'Allemagne, qui a été et est encore la vraie patrie du socialisme, a vu naître et se développer le socialisme catholique et le socialisme évangélique ; mais, bien que les populations catholiques soient bien peu nombreuses en proportion des protestants, le socialisme catholique a pris une extension et une importance très supérieure par rapport au socialisme évangélique. Les causes de cette double supériorité sont des plus évidentes.

La réforme de Luther a été, ainsi que nous l'avons dit, le triomphe de l'individualisme bourgeois. Luther lui-même, professait des théories économiques et sociales assez étroites.

L'Église luthérienne a toujours conservé cette tendance

émanée de son fondateur. T.e catlinlicisme, au contraire, dont les origines sont communistes et (jui conserve cette tradition depuis sa naissance, le catholicisme (jui, dès les premiers temps de l'Eglise, lui imposait le devoir d'assister les pauvres, devait être naturellement enclin à s'occuper avec des vues très larges de la ({uestion ouvrière.

D'ailleurs, l'organisation de l'Église catholique permet, en outre, au clergé, de mieux connaître les besoins et les aspirations du peuple et de s'occuper bien plus de la question ouvrière que ne peuvent le faire les pasteurs protestants. Les prêtres catholiques doivent toujours compter, presque tous, sur la charité et sur les oflrandes volontaires des fidèles. Par nécessité de position, ils sont forcés de passer une grande partie de leur existence au milieu des pauvres, dont ils connaissent les besoins, les tendances, les aspirations. L'Église catholique, d'ailleurs, avec sa robuste et séculaire organisation, a habitué les populations à l'obéissance passive, à l'abandon, sans lutte, de plusieurs des tendances individualistes ; quoique souvent poussée par le soin de ses intérêts à agir dans un sens opposé, elle doit sentir le besoin d'une organisation économique aussi rigide et aussi forte que son organisation religieuse .

Les pasteurs protestants, au contraire, sont presque toujours des docteurs assez largement pourvus par les soins de lEtat. Ils sont, dans toute la force du terme, devrais bureaucrates de la religion, manquant le plus souvent de tout esprit d'initiative, satellites d'ordre secondaire se mouvant dans l'orbite du gouvernement, portés par situation à accepter les idées conservatrices des hommes haut placés dont ils dépendent et de qiû ils reçoivent leur subsistance.

Le mouvement socialiste catholique a eu. en outre, une importance bien supérieure à celle du socialisme évangé-

lique. Entré en lice beaucoup plus lot que ce dei^nier, et placé sous le patronage des dignitaires de TEglise, il a naturellement revu l'approbation de la Curie romaine, et il fournit, jusqu'à un certain point, un indice quant à l'attitude que l'Église compte prendre vis-à-vis de la question sociale.

Les diverses confessions protestantes manquent d'unité organique parce qu'elles n'ont pas de chefs directs. Chaque pasteur protestant agit par impulsion propre, sans contrôle direct de la part de ses supérieurs. L'absence de hiérarchie ecclésiastique peut bien rendre aisées les initiatives personnelles hardies, mais elle empêche presque absolument les initiatives d'ensemble, où l'unité de direction en haut, l'obéissance et le dévouement en bas, sont nécessaires.

Par contre, l'histoire ne nous a pas transmis le souvenir d'une association religieuse mieux organisée que l'Eglise catholique. Il en résulte qu'un courant socialiste qui se manifeste dans le sein de l'Eglise ou parmi le clergé d'une certaine région a une importance bien plus grande qu'il ne semble à première vue, car si cette manifestation était contraire aux tendances, aux besoins et aux aspirations de l'Église, celle-ci pourrait la l'éprimer avec facilité.

S'il arrive, au contraire, que les pasteurs protestants s'occupent de la question sociale, ils n'apportent que leur note individuelle. Une action commune serait-elle possible entre eux, que l'unité de direction ferait défaut. Il y aurait, dans tous les cas toujours un certain nombre de pasteurs qui pourraient, en le voulant, se tenir à l'écart du mouvement ou s'y opposer, tandis qu'en toute occasion le clergé catholique, qui doit tant compter sur la générosité des fidèles, a tout intérêt à se concilier le bon vouloir des classes laborieuses, surtout depuis que, à la suite de la Révolution, la classe bourgeoise se laisse envahir par l'inditlérence en matière religieuse.

00 LE SOCIALISME (:ATnOLI(^)UE

Les pasteurs protestants, (|ui vivent aux frais de l'Ktat» doivent avoir précisément, par le fait de leur position oITicielle, une certaine attraction vers les classes dirigeantes, dont les intérêts ne peuvent pas toujours ctre les mômes que ceux des classes plus nombreuses. Ils se trouvent ainsi dans une position incertaine et malaisée : d'un coté les leçons de l'Kvangile, le besoin de ne pas s'aliéner le peuple, la nécessité de juger avec quelque ampleur les questions d'importance majeure: de l'autre, la tradition luthérienne, la position semi-officicUe, l'obligation de ménager les intérêts des classes qui gouvernent; cette position douteuse est la cause principale de leur manque d'unité dans l'action , de leur absence d'initiative hardie.

Ainsi l'on voit qu'en Allemagne, où la lutte est plus étendue et plus vive, le clergé catholique, embrassant bon nombre de théories socialistes, a produit de grands ell'ots, tandis que les pasteurs évangéliques qui se sont occupés de la question sociale n'ont abouti qu'à d'interminables discussions, à des congrès plus ou moins utiles et à des agitations antisémitiques- Il manque surtout au clergé protestant ce qui l'ait la force du clergé catholique : la puissance d'association et l'unité de direction.

C'est en Angleterre seulement que les tendances socialistes d'une assez grande partie du clergé évangélique de l'Eglise anglicane peuvent être rapportées à une époque relativement ancienne. En 1848, Kingsley, Frédéric Denison, Maurice Toni Hughes, M. Sudlow, etc., s'inspirant des doctrines de Lamennais, publiaient déjà un join-nal :1e Cli/'isfian SocialLst, et aidaient activement au déveloi)pciuoat des Sociétés coopératives. S'ils manquaient d'un système socialiste, ils n'en attaquaient pas moins violemment les abus de la grande propriété et l'influence pernicieuse de l'école de Manchester.

CATIIOLICISMK ET PROTESTANTISME 01

« Je ne vois qu'une chose, disait Maurice, la concurrence donnée comme loi à Tunivers est une honte. » Quant à Kingsley, le système d'économie libérale de l'école de Manchester est pour lui <( une conception de l'univers étroite, prétentieuse, hypocrite, anarchique et athée ». Le mouvement socialiste évangélique était d'abord sans lien avec le mouvement coopératif ; ainsi les pionniers de Rochedale, qui avaient donné la première impulsion aux Sociétés de distribution, étaient des owennistes. Cependant, Maurice réunit en i85o, dans la « Société pour l'Encouragement des Associations ouvrières », les socialistes évangéliques et les promoteurs de la coopération.

Bien que la plupart des associations chrétiennes socialistes aient peu vécu, l'initiative du Christian Socialist n'a pas été sans influence utile et féconde, même en matière de législation.

Aujourd'hui, les socialistes chrétiens d'Angleterre se sont divisés en plusieurs écoles, dont la première, la moins importante, l'esté fidèle à Kingsley et Maurice; la seconde, beaucoup plus accentuée, suit les traces du pasteur allemand Stocker et de l'archevêque catholique Ketteler; la troisième, enfin, née il y a une dizaine d'années, est la plus radicale de toutes, la plus hardie, puisqu'elle accepte les théories de Marx et d'Henry George. L'extrême-gauche du parti socialiste chrétien en Angleterre est représentée par la « Guilde » de Saint- Mathieu. Le révérend Stewart B. Headlam, doyen de la Guilde, disait il y a quelques années, à Orpen : « Notre position, visà-vis de Maurice et de Kingsley, est celle de disciples enthousiastes. Nous savons bien que quelques-unes de leurs tentatives ont échoué, mais nous tâchons de mettre plus fidèlement en pratique leurs principes, que ceux qui ne travaillent qu'en vue delà coopération. Jecrois pouvoir avancer qu'un socialiste chrétien doit admettre à peu près ceci : l'Église, c'est-à-dire la

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réunion complète de tous les hommes baptisés, doit être consi dérée foniinc une Société fondée pour Taire triompher hi justice ; et lorscpie ce principe sera reconnu par tous, inférieurs et supérieurs, la répartition des richesses sera tout autre que ce qu'elle est aujourd'hui. Néanmoins, considérant que l'Ktat est aussi ime institution sacrée, nous réunissons tous nos ellbrts pour obtenir les lois propres à assurer une répartition meilleure, par exemple la suppression de la propriété individuelle du sol, le rétablissement immédiat de l'impôt de ([uatre shillings sur la valeur actuelle, la confiscation de tout accroissement naturel de la valeur; l'impôt progressif sur le revenu; les écoles gratuites avec nourriture gratuite, etc. Nous démontrerons à tous les chrétiens qui seront surpris de ces mesiu'es, que celles-là, seules, peuvent les faire entrer dans la voie de la vraie fraternité, ce qui, dans l'état de civilisation compliquée de notre époque, leur serait impossible avec la uumIlem'e volonté du monde. Nous croyons que toutes les petites Sociétés coopératives, communistes, etc., vivront aux dépens des autres, tant que diu-era lanarchie actuelle. J'ai toujours cru que la première chose à faire était de convaincre un chrétien que Jésus-Christ était un ouvrier sécidier, et que le royaume des Cieux dont il parlait voulait dire l'Eglise sur terre. Si vous pouvez mettre uu terme à ces « nu)ndanités » qui constituent la religion de tant de personnes, la bataille sera plus qu'à moitié gagnée. »

Les socialistes chrétiens anglais les plus avancés ne s'éloignent que sur peu de points de la démocratie sociale. Et, bien que le Chinrh Reformer de la « Guilde » de Saint-Mathieu dise que le socialisme dérive de Jésus et de Saint Paul, bien plus que de Karl Marx, de Frédéric Engels, linlluence de ces derniers sur lextrème-gauche du clergé anglican est très considérable. Le révérend E. Symes, professeur à V « Uni-

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versity coUeg^e » de Nottinghani, a réduit le programme de son parti à cette simple expression : « Oter aux riches et donner aux pauvres ». Dans une conférence faite devant un public composé presque exclusivement de gens d'Eglise, le révérend Symes soutint précisément cette thèse que tout homme a droit au produit de son travail, et que si le produit est insuffisant il a droit aux secours des autres hommes. Ceci justifie l'impôt sur la richesse au profit des pauvres. Au point de vue économique il faut faire une distinction entre l'impôt qui frappe le revenu et celui qui frappe le salaire. L'impôt sur le revenu, n'étant qu'un simple transfert de la richesse, est excellent ; il n'enlève rien à la production du sol et ne fait monter le revenu que là où la terre a été louée à un prix très bas. Un iuipôt sur l'intérêt, qui pousserait probablement les capitaux à se réfugier à l'étranger, pourrait être funeste, le capital étant indispensable au travail. Au contraire, l'impôt sur les professions libérales et sur les bénéfices du commerce rencontrerait de bien moindres difficxdtés, car s'il est facile de faire émigrer le capital il n'en est pas de même des capacités.

Ce ne sont pas seulement les Eglises non conformistes, avec des noms considérables comme ceux du docteur GlilTord, des révérends Stead, Labrum, Mearns, cl bien d'autres, qui ont embrassé le socialisme ; l'Eglise anglicane elle-même, malgré ses traditions conservatrices, accueille à présent dans son sein des hommes très avancés socialement, comme le chanoine Westcastle, le révérend Gilestone, et tant d'autres qui n'hésitent pas à admettre les réformes les plus hardies et les plus radicales.

Une partie considérable du clergé anglican suit depuis plusieurs années le coinçant évangélico-socialiste. Cependant, le nombre de ceux qui acceptent les idées du pasteur Stocker et

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du pn'-lal Ketteler, est l)ien plus iijrand «lue crlui tles adeptes de Karl Marx ou de Henry Cleorgc. Néanmoins, ces derniers sont aussi en jçrand nombre. La « (luilde » de Saint-Mathieu, la plus radicale de toutes, compte, à elle seule, ^"S ecclésiastiques, parmi les([uols il se trouve des hommes de beaucoup de science et d'une grande valeur.

Le socialisme chrétien a lait de très rapides progrès depuis quelques années au\ l^tats-Unis, et il a été embrassé par une grande j)artie du clergé protestant, dans lequel Henry George recueille de très grandes sympathies. I-,e Ban, de Boston, organe de la très nombreuse et importante « Christian Socialist Society », expose tous les jours des idées qui ne s'éloignent pas beaucoup de celles des collectivistes. L'évêque de New- York, Frédéric van Huntington, a aussi fondé, il y a trois ans, une « Church Association for the Advancemcnt of the Interests of Labor » qui se répand rapidement et qui a été accueillie avec la faveur la plus marquée.

En Suisse, les socialistes évangéliques sont beaucoup moins actifs, beaucoup moins instruits, beaucoup moins hardis que les socialistes catholiques, que guide avec tant d'ardeur Gaspard Decurtins. La « Société chrétienne suisse d'Economie sociale », de la Suisse française, fondée Tannée dernière et présidée actuellement par F. Necker. se plaçant en dehors de « toute préoccupation politique, ecclésiastique et dogmatique », se propose uniquement pour but de se rendre compte de ce qui, « dans l'état social actuel, est en contradiction avec les lois de la justice, de la charité, de la solidarité, qui, selon le commandement de Dieu même, doivent régir les rapports des hommes entre eux et provoquer la réforme par des moyens en harmonie avec ces mêmes lois * ».

I. Voy. l'article ])reinier des statuts, dans le /lullrlin di' la Sorirlé flirrlii'iiiu' suisse l'Iù-onoinir Soi-i(ih\ w i (lenevc, Richter. iSStj . p. '5.

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On remarque , au contraire , que les pastevu'S de l'Eglise protestante de France ne manquent ni dactivité ni d'audace. Un grand nombre d'entre eux ont adopté plusieurs théories des socialistes ; et les idées mises en avant par plusieurs orateurs au congrès du mois de novembre 1889, à Lyon, prouvent que ces théories ont fait depuis quelque temps beaucoup de chemin. Les pasteurs les plus autorisés ont reconnu que l'idéal des socialistes est bien supérieur à celui de leurs adversaires ; ils ont admis que notre système industriel est antichrétien et injuste, car il est basé sur la concurrence et les privilèges ; ils ont émis Favis que tout pasteur qui traite d'utopies les idées des socialistes et n'accepte pas ce quelles contiennent de bon, n'est point chrétien, et ont accepté en somme des idées qui tendent visiblement vers le socialisme. Le représentant le plus illustre de l'école protestante française, Charles Gide, a très bien défini le programme de son parti, dans une conférence qu'il a faite à Genève l'an dernier. Entre l'école libérale, l'école autoritaire, qui est celle des socialistes catholiques, il place l'école de la solidarité. La liberté, l'égalité, ne sont pour l'illustre écrivain qu'un idéal; la solidarité est un fait, l'un des mieux établis de la science et de l'histoire. Les rapports sociaux vont croissant. Les hommes dépendent les uns des autres bien plus que par le passé; la société est un tout organisé; un jour viendra oîi personne ne pourra devenir pauvre sans que tous s'appauvrissent. Il faut considérer l'ordre de choses actuel non pas comme nécessaire et permanent, mais comme le simple résultat d'une longue série de causes historiques, destiné à se modifier progressivement dans le sens d'un accroissement de la solidarité. Mais pour modifier l'état de choses actuel dans le sens qu'indique l'histoire et que la morale prescrit, il ne faut pas se contenter du stérile laissez-faire, il ne faut pas se

Ofi I,K SOCIALISME CATHOLIQUE

borner à recourir à rénerj^ie individuelle, mais il faut, pour uiodilicr ralinosphère sociale, recourir hardiment à l'intervention de llllal.

Les socialistes protestants français, de môme qu'une grande partie des socialistes protestants d'Angleterre et d'Amérique, voient dans le développement de la coopération le moyen le plus efficace de résoudre la question sociale.

Cependant, quelles cpie soient leurs vues, les protestants sont trop peu nombreux en France pour pouvoir prétendre à une iniluence décisive sur la politique économique du gouvernement et sur le mouvement social du pays.

l'^n Prusse, grâce à ])ien des circonstances particulières, le socialisme évangélique constitue, depuis nombre d'années, et constitue encore, un parti bien organisé, ayant à sa tète des personnes habiles et intelligentes, jouissant jusqu'à un certain point de la laveur des gouvernants, et recevant les encouragements d'économistes de grande valeur; c'est dans cette terre désormais classitpu^ du socialisme cpie sont nées et ont acquis une valeur scientifique toutes les formes les plus importantes du socialisme contemporain.

Qucùque de formation relativement récente, le parti socialiste monarchique chrétien dispose de forces très grandes, et il a d'ores et déjà une assez grande importance.

En [)résence de l'agitation considérable produite par Kette- 1er et les évèques catholiques, les pasteurs protestants virent la nécessité de ne pas se désintéresser de la question sociale. « L'Eglise romaine, écrivait un de leurs principaux journaux, en repoussant la loi contre le socialisme, apparaîtra comme la protectrice des droits du peuple. L'Église évangélique, qui n'est point représentée dans le Parlement, est considérée comme l'alliée du despotisme. Le protestant clu'étienne doit-il pas s'ellbrcer de détruire cette impression en se vouant aux

intérêts du peuple? Si le protestantisme, croyant se désintéresser de la question sociale, qui est la plus grande du temps présent et de l'avenir, ne s'en occupe pas avec ardeur et dévouement, il perdra toute influence sur les classes inférieures, qui se tourneront vers le catholicisme ou le libéralisme incrédule ' . »

Secondé par des économistes illusti'es comme A. Wagner, Schaffle, Sclieel, le parti évangélique social put de suite se répandre rapidement, grâce à l'impulsion que lui donnèrent deux hommes d'une grande activité, le pasteur Todt et A. Stocker, prédicateur de la cour. Ils comprirent que le peuple s'éloigne de la religion, parce que celle-ci ne le retient que par des formules abstraites. Si elle descend sur le terrain des luttes économiques, si elle étudie les besoins sociaux des classes pauvres, et si elle osait défendi'e la cause du peuple, elle pourra au contraire conquérir avec facilité la confiance et le dévoûment des masses.

Pourquoi le peuple suivrait-il la démagogie révolutionnaire et athée, qui lui prêche une doctrine de désespoir, et non le prêtre qui lui présente l'Evangile, ce livre de l'opprimé et du pauvre ?

Adolphe Stocker, prédicateur de cour, cherche depuis tantôt quinze ans, avec beaucoup de hardiesse, à combattre les tendances matérialistes et athées de la démocratie sociale, et à ramener les masses au christianisme dont elles se sont éloignées ou s'éloignent chaque jom* davantage. A Berlin, il a très hardiment fait échec pendant longtemps aux progrès du socialisme démocratique. Parlant au peuple dans les réunions publiques, combattant en face ses adversaires, il est arrivé à se concilier de nombreuses sympathies, et à arracher même

I. Voy. Die yeiw Ci'ungelischc Kirchcnzcitung, d'octobre i8;S.

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(les applaudissoiiients à im auditoire liostilc. Il ne s'est laissé influencer ni par l'ironie des libéraux, ni par les violences des anarchistes. L'antisémitisme farouche de Stocker, n'est au iond qu'un véritable socialisme. Nous verrons, par la suite, que les antisémites, en Autriche et en Allemagne, ne sont le plus souvent que des socialistes inconscients. L'antisémitisme moderne est bien plutôt un phénomène économique qu'un phénomène religieux. Les Juifs, en Allemagne comme en Autriche, forment une classe à part qui absorbe tout, accapare tout, dispose de toutes les ressources financières, prend part à toutes les spéculations. En Angleterre, en France, en Italie, les Juifs se sont fondus plus ou moins dans la niasse de la population ; c'est la raison pour laquelle nous ne pouvons juger l'importance de la croisade antisémitique du prédicateur allemand, qu'en nous plaçant à son point de vue. En Allemagne, au contraire, les Israélites, disposant d'une grande partie des capitaux, forment la bourgeoisie capitaliste la plus nombreuse et la plus puissante d'Europe. La religion sert donc à justifier la lutte et à enlever à l'antisémitisme populaire vme partie de son apparence de radicalisme et de socialisme.

Rodolphe Todt, dont le livre sur le socialisme radical en Allemagne, sur la société chrétienne, a obtenu un si grand succès, est, après Stocker, le représentant le plus émincnt du socialisme évangélique dans ce pays. Bien que les idées émises par Todt ne présentent rien d'original, c'est, à tous les points de vue, un écrivain fort remarquable. L'économie politique est, selon lui, lanatomie du corps social, dont elle fait connaître la construction ; le socialisme est la pathologie qui en décrit les maux ; l'Eglise est la thérapeutique qui propose les remèdes appropriés. « Celui qui veut comprendre la question sociale et contribuer à sa solution, dit réi)igraphc que

l'on trouve en tête de son livre, doit avoir d'un côtelés traités d'économie politique, de l'autre les ouvrages qui traitent du socialisme scientifique, et devant les yeux le Nouveau Testament. »

Le caractère de cette étude ne me permet pas d'exposer amplement les doctrines et les tendances des Sociétés ou des congrès socialistes évangéliques en Allemagne. Ils sont, en général, politiquement conservateurs, et ils affectent de professer un grand mépris pour le régime parlementaire. Les partis, dans les Chambres, sont, à leurs yeux, des coalitions d'intérêts, des groupes, représentant l'égoïsme des classes bourgeoises qui exploitent à leur profit l'œuvre de l'Etat. Le roi seul, représentant en permanence l'intérêt national, peut prendre hardiment la défense des faibles et des opprimés, puisque lui seul ne retire aucun bénéfice de l'asservissement de la masse. Il faut, par conséquent, que le souverain soit le protecteur des classes laborieuses contre la bourgeoisie capitaliste qui domine dans les parlements et qui opprime le peuple.

Ces tendances à l'antiparlementarisme sont du reste très communes en Allemagne où la monarchie suit les traditions du Grand Frédéric, et croit encore aujourd'hui que la garde des intérêts populaires lui est naturellement confiée.

L'accord est-il possible entre les catholiques et les protestants évangéliques, sur le terrain de la question sociale? Aux derniers congrès évangéliques qui se sont réunis en Allemagne, plusieurs prêtres catholiques étaient intervenus, et les protestants peuvent être reçus comme membres associés dans presque toutes les associations catlioliques ; nous verrons par la suite que, d'autre part, un bon nombre de catholiques font partie d'associations protestantes. Mais une entente vraie, un accord réel, est plus que difficile, il est impossible.

100 LE SOC:lALISME CATHOLIQUE

S'il existe entre le socialisme catholique elle sociulisine évangéliquc d'assez nombreux points de contact, le but vers lequel chacun d'eux tend, et les principes desquels ils partent, l'ont que, départ et d'autre, une entente sincère et durable présente bien peu de probabilité.

Certes, il y a parmi les socialistes protestants, surtout parmi les Anglais et les Américains, des hommes d'une grande valeur et de beaucoup d'initiative, qui acceptent avec enthousiasme les idées de Marx et de George, et sont des collectivistes convaincus ; mais le socialisme qui restreint de toute façon la sphère de la liberté individuelle, rencontrera de bien plus faciles adhésions dans le clergé catholique que parmi les pasteurs protestants. La Réforme a eu un caractère d'individualisme des plus marqués, les traditions originelles de l'Eglise luthérienne sont individualistes et conservatrices. Les catholiques, au contraire, sont liabitués depuis des siècles à accepter des restrictions à leur liberté individuelle, et ils se résignent plus facilement au socialisme conservateur.

L'extrême-gauche du socialisme évangéliquc compte, à vrai dire, des hommes comme Stewart et B. Headlam, qui prêchent jusqu'au collectivisme, mais les confessions protestantes manquant absolument d'unité d'organisation, chacune de leurs tentatives un peu hardies reste un fait isolé et de peu d'importance. Les pasteurs protestants, n'ayant pas de hiérarchie ecclésiastique sérieuse, agissent le plus souvent spontanément et isolément. Les Églises protestantes, si nombreuses et peu unies entre elles, varient selon les pays et sont souvent, comme aux Etats-Unis, en nombre considérable dans un même État. Or, toute initiative très large a besoin d'une base d'action également large. La question sociale et le socialisme sont des questions internationales qui ne coneer-

nent pas un État isolé mais bien toutes les nations civilisées. L'Église catholique, qui a eu depuis le m" siècle un caractère universel, est donc bien mieux préparée que les Églises protestantes à afïronter la question sociale. Elle est, de plus, compacte, et sa hiérarchie est solide et régulière. Dans des questions aussi importantes que le socialisme, aucun ecclésiastique n'agit de son propre mouvement, sans le contrôle dii*ect de l'Égalise. Naturellement, toute tentative du clergé catholique qui n'est pas désapprouvée par le Vatican, acquiert une grande importance, car elle démontre une tendance nouvelle de l'Église. Il est par conséquent hors de doute que le Souverain Pontife n'aurait pas permis que des écoles socialistes prissent naissance et fissent des progrès dans le sein de l'Église, s'il les avait crues contrah'es à l'Évangile et aux traditions du catholicisme.

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