‹ Le socialisme catholiqueChapitre 31 sur 140 · Voy. VAssocialion Catholique, du i5mai 1890, p. 6o · texte numérisé non relu

Voy. VAssocialion Catholique, du i5mai 1890, p. 6o

avez raison, disait-il aux ouvriers, de demander des réformes sociales. Mais ceci ne peut venir que d'en haut. Remettez votre cause entre mes mains, parce que je sais ce qui vous est nécessaire et que j'ai le pouvoir de vous aider. »

Voilà des paroles qui révèlent à la fois un esprit rêveur, une éducation féodale, et une réelle bonté. Mais les réformes en faveur du peuple ont été le programme de tous les césars de naissance ou d'aventure de notre siècle, et il faut au contraire, pour que ces réformes se réalisent, qu'elles soient faites /)«/' le peuple.

Du reste, Guillaume II, efl'rayé de l'impression produite sur les industriels par ses projets de réforme de 1890, les a retirés peu à peu. Les dernières lois qu'il a voulu faire voter sont regardées par les ouvriers plutôt comme des lois restrictives que comme des lois protectrices'.

Si l'empereur envisage ainsi sa mission sociale et croit que l'autorité souveraine peut seule, en agissant avec hardiesse et résolution, remédier au manque d'équilibre social dont souffre la société, les catholiques allemands, tout en ayant pleine confiance dans l'action de l'État, n'en pensent pas moins qu'une telle mission doit être dévolue en grande partie à l'Eglise.

Les économistes catholiques français de l'école classique s'obstinent à attribuer au mot : socialisme, un sens révolutionnaire, et à penser (ju'il ne peut y avoir affinité d'aucune sorte entre le socialisme et le catholicisme ; ils y voient même deux termes différents et contraires, dont l'un ne saurait être considéré que comme la négation de l'autre.

Or, au conti^aire, la morale chrétienne et les doctrines de l'Église n'ont rien qui soit en contradiction manifeste avec la

I. Voy. l'intéressante lettre du député allemand Wollmar, dans la Revue lileue, du iSjuin 1892.

morale du socialisme. Ainsi nous avons vu et nous voyons encore des ecclésiastiques d'une grande valeur, en Allemagne, en Angleterre, en Anu''ri(pic, en Suisse, confesser leur adhésion au socialisme, et même accepter les idées du socialisme le plus avancé. Meyer, Losewitz, Decurtins. catholiques convaincus, admettent et soutiennent des théories du plus pur socialisme, et le cardinal Planning, ultra conservateur en politique, acceptait en économie les idées et les programmes des écrivains socialistes. Chaque jour, des évèques font entendre leur voix pour protester d'une part contre les écoles laïques, le système de liberté laïque, l'indifférence ou l'iiostilité de l'Etat envers l'Église, mais pour s'élever aussi, d'autre part, avec autant de violence, contre les abus du capital, la soumission forcée des ouvriers aux classes riches, la tyrannie des rentiers. Il est même à remarquer, phénomène digne d'attention, que ce sont les évccpies les plus notoirement conservateurs et ultramontains qui ont soutenu en économie sociale les idées les plus radicales. ISIgr von Ketteler, archevêque de Mayence, appartenait au parti autoritaire et féodal; Henri -Edouard Manning, archevêque de Westminster, était un ardent ultramontain; le cardinal Mermillod, évêquc de Fribourg, élail. lui aussi, un infaillibiliste convaincu et ennemi de toute liberté laïque, etc.

Le clergé allemand a été le premier à s'occuper de la question sociale, et c'est lui cpii s'en est occupé avec le plus d'autorité, avec le plus d'initiative, avec le plus de hauteur de vues.

La réforme de Luther a envahi rAllemagnc ivec l'impétuosité d'un torrent ; elle était pourtant le produit d'une longue période de préparation et d'incubation. Le mécontentement religieux, lahitte conlie Uouie, les rébellions envers le Pape

étaient déjà très fréquents pendant les deux siècles qui précédèrent la venue de Luther.

Il en a été de même du socialisme moderne dans le même pays. Il s'est répandu avec la violence d'un torrent qui déborde. Cependant l'observateur avisé voit facilement que le socialisme allemand a été le résultat nécessaire d'une préparation historique ancienne et continue . De même que la Réforme, il s'est déchaîné comme un ouragan, mais le mode de formation a été lent et de longue durée, et quiconque remontera aux sources en saura facilement découvrir les origines.

Le clergé catholique allemand, l'eût-il voulu, aurait difficilement résisté au flot montant du socialisme. Se désintéresser de la question sociale, c'était s'aliéner atout jamais l'aflTection des masses. Les intérêts de l'Kglise, le désir de s'assurer la confiance et le dévouement du peuple, autant que les aspirations chrétiennes et les traditions historiques de l'Église d'Allemagne, poussaient le clergé à soutenir la cause du plus grand nombre des fidèles et à adhérer à la plus grande partie des théories du socialisme.

Déjà, lorsqu'en i8G3 l'agitation soulevée par Lassalle était à son comble, le plus illustre des prélats allemands, Ignace von Dollinger, adressait de chaudes, recommandations aux cercles catholiques d'Allemagne, pour les engager à s'occuper de la question sociale. Il était alors le plus ferme soutien de l'Église catholique dans son pays, et la question de l'infaillibilité du Pape n'était pas encore venue l'éloigner pour toujours du Vatican. Possédant une érudition extraordinaire et une merveilleuse fécondité scientifique, il avait pourtant en politique des idées absolument conservatrices. Ses concitoyens le considéraient comme le catholique romain le plus rigide, comme l'ennemi le plus ouvertement déclaré et le

plus acerbe des protestants dans toute rAllemaj^ne-, Dans les assemblées des évèques allemands, il s'était toujours montré l'adversaire le plus terrible des tendances laicisatrices de l'État, le défenseur le plus résolu de tout ce qui émanait de Rome. Heine l'avait déjà maltraité en 1848 pour ces tendances, dans les vers suivants :

lener er noch ani Isartrnnde lencr al te gottverdamntc Erzpfajf DoUing-erius.

« Il vit encore sur les bords de llsar, disait le poète israélite, ce damné vieillard l'arcliiprètre Dollinger. »

Les cercles catholiques ouvriers auxquels Dollinger s'était adi'cssé, avaient été, pour la plupart, fondés parla généreuse initiative du Père Kolping. Celui-ci, avant d'entrer dans les ordres, avait été ouvrier, et il avait pris pour devise ces mots: « Pas de plirases, elles enveniment les plaies ; la charité seule peut tout ». Lui qui, en 1847, n était encore qu'un pauvre cordonnier, avait, dès cette époque, encouragé à Cologne la création d'associations ouvrières catholiques de secours mutuels, qui étaient de véritables Sociétés d'amélioration mutuelle, d'éducation et de bienfaisance. Chaque « Gesellenverein » a un cercle, une auberge, un hospice, où les membres qui voyagent sont assurés de trouver aide et hospitalité. Un ecclésiastique dirige chacune des « Gesellenvereine », à la tête d'un comité dont font aussi partie deux assistants et quatre surveillants, tous ouvriers. Lorsque Kolping mourut, en i8G5, après une vie d'honnête labeur passée tout entière au milieu du peuple, il y avait, dans toute l'Allemagne, quatre cents « Gesellenvereine », comptant 80,000 ouvriers associés. Aujourd'hui, le nombre des « Gesellenvereine » dépasse huit cent.

Mais le mouvement socialiste catholique d'Allemagne serait resté circonscrit et aurait eu une efficacité bien restreinte s'il n'avait eu à sa tête, dès l'année 1864, un homme d'une activité extraordinaire et d'une haute intelligence, le baron Guillaume Emmanuel von Ketteler, archevêque de Mayence, qui, entraîné par l'ardente et audacieuse propagande de Ferdinand Lassalle, crut de son devoir de chrétien et d'évèque de s'occuper de la question sociale, et publia, en 1864, le fameux livre : Die Arbeiterfrage und das Christenthiini, dont le succès parmi le clergé et les masses fut si grand. Esprit d'élite, fortement trempé pour les luttes de la vie, von Ketteler ne dédaigna pas de traiter la question ouvrière en reniant la plupart des préjugés de sa classe et en acceptant ce qu'il jugeait sain et pur dans la morale et dans les doctrines économiques du socialisme.

G. E. von Ketteler naquit à Munster, le 25 décembre 1811, d'une famille très riche et noble. Il reçut une éducation religieuse et alla, en 1824, faire ses études en Suisse, dans un collège de jésuites du canton du Valais. Ayant terminé ses études classiques, il s'appliqua, de 1829 à i833, à acquérir la connaissance des lois sociales et juridiques, et suivit les cours de droit et d'économie politique dans les quatre universités de Gœttingue, Berlin, Heidelberg et Munich. Ce fut à Gœttingue qu'il reçut, dans un duel d'étudiants, la blessure qui lui enleva une partie du nez. En i833, il fit son année de volontariat militaire et fut quelque temps sous-officier de uhlans. En i834, il embrassa la carrière administrative, dans laquelle il resta jusqu'en 1837. Le i^" décembre 1837, dix jours après que les gendarmes avaient emmené de Cologne l'archevêque de Droste, Ketteler demanda au gouvernement six mois de congé, pour se consacrer, dit sa requête, « à des études destinées à le perfectionner dans les

matières administratives », et le aG mai iH'i^ il envoya sa démission au Ministère. La cause réelle de son abandon du ser\ice fut, ainsi qu'il l'écrivit à son Irère, le désir de ne pas rester fonctionnaire d'un gouvernement (jui le forçait à renoncer à ses convictions religieuses. Les circonstances sembleraient, ajoutait-il, me pousser vers la carrière ecclésiastique, mais je ne sais me décider. Il habita Munich pendant les années 1839-40, et il commença alors à fréquenter les églises catholiques. Cependant, dans les lettres qu'il écrivait à cette époque, on ne trouve pas trace d'études théologiques ou autres, mais il parle, au contraire, très souvent de chasse et des Historisch Politische Blâtter, revue ultra-catholique qui se publiait à Munich.

Ce fut le comte Rcisach, alors évêque d'Eichstadt et plus tard archevêque de Munich et cardinal, qui le décida enfin à revêtir l'habit ecclésiastique. Ketteler s'adonna alors à l'étude de la théologie, et eut pour compagnons son frère cadet Richard, qui avait été lieutenant de hussards, et Melchers, sorti comme lui de la carrière de l'administration et qui devint plus tard, au temps du «Kulturkampf », archevêque de Cologne. Il suivit spécialement les cours d'Ignace von Dollinger, dont la science profonde lui fut extrêmement profitable. A l'automne de i843, il entra au séminaire de Munster, et fut ordonné prêtre le l'^'^juin i844- H couimença sa carrière d'Église dans la situation la plus humble, en qualité de vicaire deBecleum, où il resta jusqu'en 1846, et ensuite de Hopsten. jusqu'en 1849. Avidede lutte, il se mêla bientôt aux débats politiques, et fut élu, en 1848, député de Teklenburg, au Parlement de Francfort. Il s'y fit de suite remarquer par son activité, et il attira l'attention siu* lui par une oraison funèbre prononcée sur la tombe des députés Avenswald et Liebnowski, massacrés dans une émeute, le 28 septembre 1848. Ses

discours sur la crise sociale et sur la liberté de l'Église achevèrent de le mettre en vue et de lui valoir de la notoriété.

Le 19 mai 1849, sur la proposition de von Diepenbrock, archevêque de Breslau, et du conseiller ministériel, Ketteler fut nommé prévôt de Sainte-Hedvige, la plus importante des églises catholiques de Berlin, et délégué épiscopal pour les communautés catholiques du Manderbourg et de la Poméranie. A Berlin, il convertit au catholicisme la comtesse Ida Hahn-Hahn qui le suivit plus tard à Mayence.

Le 22 février 1849, le professeur Léopold Schmid avait été nommé archevêque de Mayence, mais cette nomination n'ayant pas été confirmée par le Pape, le chapitre de la cathédrale proposa alors, le 24 février i85o, trois nouveaux noms parmi lesquels se trouvait celui de Ketteler, qui fut effectivement nommé par le Pape archevêque de Mayence, le i5 mars de la même année.

A Mayence, pendant le cours de son long épiscopat, il fit sentir au clergé Tinfluence de son tempérament batailleur et austère. 11 vivait en ascète, prêchait souvent, confessait, parcourait plusieurs fois par an son diocèse, réveillant l'ardeur d'un clergé qu'il trouvait enclin à l'inertie. En i85i, il appella à Mayence les Frères des Écoles chrétiennes ; en 1854, les capucins; en i858, les jésuites. Il était sévère avec tout le monde, d'un caractère prompt, et imposait au clergé des pratiques religieuses pénibles ; il exerçait, en résumé, son ministère avec une extrême ardeur. En i85i, il fit du séminaire de Mayence un institut théologique complet. Il fonda des collèges catholiques dans d'autres villes du diocèse, entre autres un très important à Diesburg (1849).

Il tenta, et avec un certain succès, de régler les rapports entre le gouvernement de la Hesse grand-ducale dont Mayence faisait partie, et l'Église catholique. Le jour même de la

consécration do Ketteler, les évêques catholiques de la province du Haut-Rhin, réunis à Mayence, avaient décidé de régler d'un commun accord leiu's rapports avec les Ktats respectifs. En ellct, aux mois de mars i85i et de juin i853, ils formulèrent, dans des mémoires identiques, présentés aux dilTérents Ktats, les demandes de l'Kglise. En i854, Ketteler publia son Dus liecht uiid den Ilec/ilschutz deii Katlwlisclier Kh'che in Deutschland, qui atteignit en peu de temps sa cinquième édition et qui fut très apprécié, très discuté. Il stipula, en i854, une convention avec le gouvernement grand-ducal, au sujet des rapports de l'Eglise et de l'État, mais cet acte n'entra pas en vigueur. Un projet de loi sur le même sujet, présenté en 18G2, fut repoussé par la seconde Chambre.

Ketteler n'alla jamais occuper le siège auquel sa dignité ecclésiastique lui donnait droit, dans la Chambre haute du grand-duché de Hesse. Il s'y fit représenter par le chanoine Clmstophe von Moufang, qui devait jouer, lui aussi, un rôle si important dans l'histoire du socialisme catholique allemand. 11 fut plusieurs fois proposé pour diriger des diocèses plus importants que celui de Mayence, mais sans résultat, soit qu'il nait pas voulu abandonner ce poste, soit que les gouvernements des diocèses pour lesquels il était proposé n'aient pas accepté sa nomination.

Ketteler fut toute sa vie, ainsi qu'il la déclaré, dans une lettre restée célèbre à la Gazette de la Croix, « catholique clérical », et dans tous les actes de son existence ecclésiastique, dans tous ses livres, dans toutes ses onivres, il n'eut qu'une préoccupation, le bien de l'Eglise, qu'un désir, la rendre plus grande et plus puissante.

Jusqu'à 1866, il passa pour « grossdeutsch », c'est-à-dire pour antiprussien ; mais, par la suite, il accepta les faits accom-

plis et voulut même, dans un de ses livres, confirmer cette évolution.

En 1869, il alla à Rome pour le concile. Comme la plupart des autres évêques allemands, il était contraire au dogme de l'infaillibilité, mais ses connaissances en théologie manquaient de profondeur et en firent un opposant peu redoutable ; il tomba à plusieurs reprises dans des contradictions répétées. Il n'avait, pendant sa vie si agitée, suivi aucun cours de théologie, et ce n'est qu'en 1862 qu'il avait été nommé docteur honoîHs causa par la Faculté de théologie de Munster. Il combattit donc le dogme de l'infaillibilité, mais avec la ferme intention de s'y soumettre s'il était proclamé. En efïet, il vota contre, le i3 juillet 1870, et, ayant obtenu une audience particulière du Souverain Pontife, il se prosterna devant lui et le supplia instamment de rendi'e à l'épiscopat allemand la paix et l'union.

L'infaillibilité ayant été proclamée, il ne figura pas parmi les 56 évêques formant la minorité. Au contraire, de retour à Mayence, il soutint avec une ardeur extrême la cause du Pape, et, par esprit de soumission, accepta tout ce que le Vatican avait fait; il publia même plusieurs petits ouvrages pour défendre ce qu'il avait d'abord combattu.

Il ne montra pas dans cette circonstance la grandeur d'âme de son illustre maître Ignace von Dollinger , qui mourut excommunié plutôt que d'accepter un dogme qu'il jugeait contraire à l'esprit du christianisme et aux saines traditions de l'Église.

En 18;; I, après avoir, dans une longue lettre au prince de Bismarck, réclamé avec chaleur l'insertion, dans la Constitution germanique, des articles de la Constitution prussienne relatifs à l'Eglise catholique, Ketteler consentit à faire partie du Reichstag, comme représentant le collège badois de Tau-

berlicliafshciin, mais il y resta très peu et en expliqua les motifs clans une brochure.

Pendant toute la durée du « KulturkampC » il sut, avec »me audace admirable, se faire le défenseur de l'Eglise contre l'Ktat, et il publia de nombreux ouvrages pour faire connaître ses idées siir les rapports qu'il jugeait devoir exister entre ces deux éléments constitutifs des sociétés.

En 1877, il se rendit à Rome, à l'occasion du jubilé de Pie IX. En rentrant en Allemagne, il tomba malade en chemin et voulut s'arrêter dans le couvent de Burghausen, pour voir un de ses amis d'enfance, Clément von Korff, qui avait, à soixante et un ans, pris la robe de l'ordre de Saint François ; mais, terrassé par le mal, il ne put se remettre en route, et mourut à Burghausen, le i3 juillet 1877, à l'âge de soixante-six ans.

Lorsque von Ketteler fît paraître son livre sur la question sociale et le christianisme, toute l'Allemagne s'en occupa. C'était la première fois (luun évoque, très connu pour ses opinions ultra-cléricales, prenait ouvertement la défense des classes ouvrières avec l'ardeur, les tendances, souvent même avec les expressions textuelles d un Lassalle.

Ketteler pensait qu'il était de son devoir de s'occuper de la question sociale, comme évêque et comme chrétien. Dès qu'il fut nommé évêque il promit de s'occuper avec amour des faibles, des malheureux, des pauvres. Pouvait-il manquer à une promesse aussi s«)loiiuelle? Le Christ, rédempteur du monde, ne voulut pas seulement sauver spirituellement l'humanité, il chercha aussi à lui rendre la vie d'ici-bas moins dure et moins pénible. Les écrivains libéraux qui se disent amis du peuple n'ont en réalité à lui oflrir qu'une phraséologie vide.

La question ouvrière est, pour ainsi dire, avant tout, une

question d'estomac, qui regarde le plus grand nombre. Elle a, par conséquent, plus d'importance que les questions politiques, qui sont cependant la principale préoccupation des assemblées législatives. Les partis politiques, qui ont besoin de la sympathie du peuple, lui font de grandes promesses, et, lorsqu'ils ont triomphé, l'oublient, le laissant plus pauvre et plus désillusionné qu'auparavant. Combien ne voit-on pas de ces hommes politiques qui doivent leur réputation à de pareilles fantasmagories dont le seul résultat est de tromper les masses sans leur procurer aucun avantage réel ?

En général, l'immense majorité des travailleurs vivent du salaire quotidien. « Or, le salaire est calculé, dans toute la force du terme, sur le strict nécessaire, c'est-à-dire sur ce qui est indispensable à l'homme pour se nourrir, se vêtir, s'abriter, en un mot pour conserver son existence physique. Les discussions entre Lassalle et ses contradicteurs ont rendu cela tellement évident, qu'il est impossible de le nier, sans tromper le peuple * . »

De qui dépend cette situation de l'ouvrier?

« Le travail est devenu, dit Ketteler, d'accord en cela avec Lassalle, une marchandise soumise aux lois qui régissent toutes les autres. Le prix du travail, le salaire, dépend, comme celui des marchandises, de l'oflre et de la demande, et le prix de la marchandise est, par conséquent, déterminé d'après les dépenses indispensables de production, mais la concurrence exige que le producteur se procure la marchandise au plus bas prix possible, pour pouvoir la vendre à un prix inférieur. S'il y parvient il débarrassera peu à peu le marché de tous ceux qui ne peuvent livrer une marchandise de la même qualité qu'à un prix supérieur. Il arrivera même

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