‹ Le socialisme catholiqueChapitre 34 sur 140 · I. KeUeler, loc, cit · texte numérisé non relu

I. KeUeler, loc, cit

du christianisme, ni les enseignements de l'Eglise. Les plus belles dissertations du monde sur le « self lielp » ne feront pas que l'ouvrier trouve son sort digne d'envie. Les théories du libéralisme n'empocheront jamais les travailleurs de comparer leur position à celle de leurs patrons. Le christianisme seul peut, avec ses sublimes leçons, engager les ouvriers à la résignation, leur l'aire accepter sans révolte ce qu'il y a de pénible dans le travail humain. Mais le « self help » et la dignité humaine invoqués par le parti libéral n'allégeront le poids d'aucune chaîne. L'instruction atliée que l'Ktat donne à l'ouvrier rench'a la mésintelligence de plus en plus accusée. Le riche, incrédule, trouve dans la jouissance des biens de la terre satisfaction et consolation, mais, lorsqu'il prend à tâche d'oter à l'ouvrier toute croyance dans la vie à venir, il le pousse, sans s'en douter, au désespoir.

Les associations coopératives ouvrières ne peuvent donner que des résultats bien mesquins. L'ouvrier cpii vil de son salaire, à peine suffisant pour les besoins les plus urgents de la vie, ne peut, ainsi que Lassalle Ta démontré jusqu'à l'évidence, tirer profit de ces associations. Les Sociétés de crédit ne peuvent être utiles qu'à celui qui est à la tête d'une industrie, si petite qu'elle soit; les ouvriers salariés n'y trouvent aucun avantage. Il en est de même des associations pour l'achat des matières premières. Elles ne sont d'aucune utilité pour l'ouvrier payé, qui ne fournit pas ces matières. Du reste, les associations coopératives peuvent procurer des avantages momentanés, la situation de l'ouvrier n'en restera pas moins ce qu'elle est. Schultze-Dclitz démontre, sans s'en rendre compte lui-même, à quel point les avantages de ces associations sont relatifs.

Le parti radical a au moins, pense Ketteler, cette supériorité sur le parti libéral, qu'il esl plus logique, et Lassalle a eu

le mérite de dépeindre avec une cruelle vérité la misérable condition de l'ouvrier.

Cependant, nier le droit de propriété, comme le font souvent les socialistes-démocrates, est une erreur grave. La propriété privée est dans Tordre naturel, et se fonde sur les principes éternels et immuables qui le régissent. Néanmoins, lorsque l'Etat permet que l'on prêche le matérialisme du haut des chaires universitaires, et que la jeunesse soit élevée dans le doute, il est forcé d'admettre que le droit de propriété et les lois qui le gouvernent, sont exclusivement de droit positif. Alors, comment peut-il se plaindre de ce qu'une majorité composée de personnes ne possédant rien décrète qu'elle a droit aux biens de ceux qui possèdent, puisque tout se résout par une question de majorité? Si l'État moderne ne reconnaît pas d'autre droit que celui des majorités, pourquoi ceux qui ne possèdent rien et qui sont le plus grand nombre, ne devraient-ils pas appliquer ce droit, qui est le leur, à la revision du droit de propriété ? En se plaçant au point de vue philosophique du parti libéral et de la doctrine universitaire, les moyens proposés par Lassalle ne sont point illégitimes.

Mais ceux qui croient en Dieu ne regardent point ce que la majorité décide ; ils recherchent si elle a le droit de décider. Toutefois, il y a une limite même au droit de propriété. « Les théologiens catholiques sont unanimes à enseigner que le droit de propriété n'a pas une telle extension, qu'il puisse être invoqué même contre le prochain en danger de mourir de faim (extrema necessitate). Ici, apparaît l'influence immense que la théologie et la religion exercent sur le droit de propriété ' . »

Les pauvres ont le droit d'être secourus, et l'Etat peut, par

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