‹ Le socialisme catholiqueChapitre 38 sur 140 · I. Voy. l'Association Catholique, du i5 mars 1889, p. 33o · texte numérisé non relu

I. Voy. l'Association Catholique, du i5 mars 1889, p. 33o

amis; pour lui, non seulement la liberté économique est le plus grtinil danger qui menace notre société et le plus grand mal qui pèse sur les classes laborieuses, mais le seul moyen de rétablir la paix sociale consiste dans la mise en vigueur à nouveau des anciennes institutions corporatives.

Dans sa brochure : Die Quintcssenz der Socialcn Fragc, écrite à Rome, en janvier 1880, le savant chanoine a résumé ses doctrines sociales avec la plus grande clarté.

La question sociale, d'après Ilitze, est essentiellement économique; si d'autres facteurs déterminent des crises sociales, la racine du mal n'en n'est pas moins dans notre organisation économique. Jamais aucune société restée chrétienne n'a laissé pénétrer dans l'ordre économique les maximes et les pratiques qui troublent aujoiu'dhui la nôtre. La question sociale est au fond celle de la transformation produite par les macliines dans l'organisation sociale économique, et par suite dans les rapports sociaux. Il est donc permis de la définir ainsi : « la recherche d'une organisation sociale correspondant aux conditions modernes de la production, de la même manière que l'organisation sociale au moyen âge répondait à la simplicité des conditions dans lesquelles était alors la production dans les villes et les campagnes ».

Par le fait de l'emploi des machines, la production industrielle a augmenté dans des proportions inouïes. Mais la machine produit en niasse : il faut donc que son travail trouve un marché étendu et que le commerce soit libre. Pom' cela elle a besoin du capital libre et mobile, de main-d'œuvre libre et salariée. Le capital employé dans l'industrie, produisant son propre accroisement, diffère en cela du capital qui constitue la propriété foncière ; l'aristocratie industrielle supplante progressivement l'aristocratie terrienne. Les petits capitaux sont, chaque jour, absorbés par les grands favoris de

la concurrence libre, et en sont réduits à s'associera des compagnies financières qui sont elles-mêmes à la merci des gros capitalistes. Le capital devient chaque jour plus indépendant de l'entreprise, et ranarchie de la production augmente sans cesse. Le producteur ne produit plus pour sa clientèle mais pour le public. La production augmentant outre mesure ne dépasse pas seulement la consommation, elle la surpasse hors de toute proportion. La concurrence devient par conséquent plus ardente, et le peuple, qui s'appauvrit toujours plus, achète toujours moins, et comme il forme la clientèle la plus nombreuse, l'équilibre entre la production et la consommation se rompt de plus en plus. Ainsi la crise économique n'est plus un phénomène passager, mais un fait normal. Le capitaliste qui est en mesure de la prévoir ferme son portefeuille à la première panique, et l'entreprise, qui vivait précisément sur le crédit, est condamnée à périr. Plus tard, lorsque tout a baissé, le capital, poussé par le besoin d'autorité qui est son essence, et plus encore par le besoin de consommation qui se fait de nouveau sentir, afflue de nouveau et se prête aux spéculations les plus risquées. Et ainsi de suite, de panique en réaction, l'équilibre est toujom-s dépassé par l'oscillation. Au fond, le vrai maître dans nos sociétés c'est le capitaliste, car tous, entrepreneurs, patrons, ouvriers, sont à la merci du capital.

La substitution de la main-d'œuvre mécanique au travail manuel n'a pas eu des effets moins pernicieux dans l'ordre moral et dans l'ordre politique. La constitution de la famille et l'attachement au foyer sont minés par le caractère centralisateur du système des machines. Graduellement, après le magasin, la machine a envahi la fabrique; elle n'a plus eu assez du petit centre de population, il lui a fallu la grande ville, puis l'État lui-même. Encore un pas en avant et elle ne se

trouvera plus à l'aiso nionie clans ce dernier, et alors nous aurons rinternationale mécanique, à côté de rinlernationale des travailleurs. Dans cette voie de nivellement et de centralisation, le socialisme et le libéralisme se donnent la main, seulement le libéralisme veut que les citoyens soient égaux de droit, le socialisme veut qu'ils le soient de l'ait. Au lieu de l'égalité devant la loi au service d'une oligarchie, il veut l'égalité devant le budget au prolil de la démocratie. La logicpie des faits, tout comme celle des idées, se trouve du côté du socialisme, parce que le régime de la production a déjà perdu actuellement son caractère individuel pour prendre un caractère socialiste; les voies dans lesquelles elle se trouve entraînée ne sont plus celles de la liberté, mais celles du socialisme. Il ne manque à ce dernier que de donner à la progression des faits une expression légale qui y corresponde. « Le socialisme apparaît fatalement comme le dernier tome de l'évolution*. »

La machine n'a pas été mise au service de l'ouvrier, c'est celui-ci qui a été mis au service de la machine; elle Ta jusqu'à un certain point rendu semblable à elle. N'ayant pas besoin de repos, elle lui demande de travailler le dimanche et la nuit; n'ayant pas besoin, pour être mise en marche, de beaucoup de force physique, elle lui prend sa femme et ses enfants. Enfin elle ne lui paie celte existence machinale, qu'elle lui fait à son image, qu'à un prix très inférieur à celui qu'il pouvait retirer du travail de ses mains lorsqu'il avait un métier.

L'envahissement des machines est très rapide; elles ont pénétré dans toutes les branches de l'activité industrielle. Les arts, l'agriculture même, n'y échappent pas et subissent

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