I. Cf. Ilitze : Dio Quintesscnz dcr Socialcn Frafce. p
les conditions générales de la production : la mobilisation de leur capital, le régime hypothécaire de leur crédit, la concurrence internationale illimitée. Tout cela tue l'activité de l'ouvrier et lui crée une situation insoutenable rendue encore plus pénible par l'instruction obligatoire, le service militaire, les impôts.
Voilà les raisons qui font que le socialisme trouve un terrain favorable sinon à sa mise en pratique, au moins à ses revendications.
Les remèdes à un mal si douloureux et si profond ne doivent pas être recherchés dans la liberté, qui n'exerce dans l'ordre social qu'une action négative, mais dans le socialisme même. La liberté a détruit le système des corporations et a ouvert le chemin au système industriel moderne. Il faut maintenant une organisation nouvelle, analogue à l'ancienne, mais sur une plus grande échelle. Les idées sociales du moyen âge resteront éternellement vraies, et y faire retour en les adaptant aux besoins nouveaux, et aux nouvelles tendances économiques, pourrait ramener la paix sociale. Il faut que les institutions de l'avenir soient conçues plus largement et plus démocratiquement que les anciennes, et il ne faut pas se bercer de l'espoir que cette réorganisation puisse être instinctive et spontanée, comme celle du moyen âge, mais il faut avoir confiance dans l'action de l'Etat, qui invite les intérêts à s'associer. Il n'est pas douteux que cette intervention de l'Etat présente des dangers, mais il faut désespérer de tout si l'on y renonce.
Les socialistes démocrates veulent tout niveler, tout réduire à un jeu de machines : ils veulent que l'Etat soit tout et prenne en main la production et la distribution des produits. Cette conséquence extrême du principe socialiste ne se justifie ni en droit ni en fait.
La solution sociale est dans « l'oi'i^anisation sociale des professions ». Les corps de métiers du moyen âge étaient de vrais organismes sociaux. Le seul moyen, aujourd'hui, de réprimer les abus du capital et d'atténuer les maux résultant de l'emploi général des machines, est de faire en sorte que le progrès croissant de la production profite à tout le monde.
Les corporations libres sont un rêve. Une corporation libre est un trait sans énergie, incapable d'atteindi'c sérieusement le capital : toute réglementation entraîne la contrainte ; qui dit obligation dit contrainte.
Les associations entre petits commerçants et petits producteurs ne servent à rien. La concurrence d'un gi'and magasin ou d'une grande fabrique sullit pour les ruiner. Le régime des corporations, au contraire, est assez fort pour protéger le droit au travail et pour le doter de toutes les institutions économiques auxquelles l'initiative individuelle n'aurait pas suffi. Il y a plus : ce régime ne devrait pas seulement èti'e rétabli pour les métiers, il devrait être adopté aussi pour la petite et pour la grande culture, pour la grande industrie et la grande propriété. Il y a dans toute la question un côté économique et un côté politique ; le régime des corporations peut nous donner le seul système électoral qui concilie le régime censitaire avec celui du sutTrage univei'sel, qui ne soit pas moins démocratique que ce dernier, et ne présente pas moins de garanties que le premier. C'est ainsi seulement que les ouvriers pourront avoir des représentants à eux propres, et la voie sera ouverte aux transformations de l'avenir.
Ce qui est urgent par-dessus tout, c'est d'organiser la grande industrie. La société sent le besoin de régler la production, qui est actuellement désordonnée et anarchiquc. Le doctrinarisme libéral, la « bom'geoisie éclairée », ont donné
la mesure de leur insufiisance en ne cherchant pas à satisfaire ce besoin de notre société.
Il faut rendre moins précaire la position des salariés, en créant une plus grande réciprocité de devoirs, une plus grande solidarité entre patrons et ouvriers. Notre époque, qui se dit démocratique, ne peut consentir à ce que l'ouvrier continue à être une marchandise que l'on achète ou que Ton vend au gré des fluctuations du marché. Il y a pour la classe ouvrière un « droit au travail » et à la participation aux profits du capital national.
Il semble que les agriculteurs doivent accepter avec moins d'enthousiasme le système des corporations : il est certain que parmi eux, le travailleur est encore trop circonscrit et trop indépendant pour désirer une organisation semblable ; mais laissez s'accentuer dans la culture l'invasion de la chimie agricole, des machines, et vous verrez les agriculteurs se rallier au système des corporations, car il n'y a qu'une association de cette nature qui puisse mettre à leur disposition la science, la machine, le crédit, qui puisse, en un mot, leur ouvrir des débouchés et leur conserver le marché.
Une organisation sociale professionnelle doit être le prélude obligé à la solution de toutes les questions sociales. L'organisation professionnelle devra nécessairement exercer une très grande influence sur la vie politique, puisqu'elle donnera aux besoins réels de la société la place qu'occupe actuellement la phraséologie des partis. L'esprit politique sera alors naturellement conservateur, et la bureaucratie, le despotisme en haut et en bas, trouveront les moyens d'opposer une barrière à leurs empiétements.
Enfin, le chanoine Hitze arrive à cette conclusion :
« Le mode de production actuel, de plus en plus enclin, dans la pratique, au socialisme, demande à trouver son exprès-
sion, en droit comme en lait, dans un ordre légal correspondant, inspiré par le môme principe social. Le règne de l'individualisme et du libéralisme n'est en réalité que celui d'un despotisme hypocrite, et ne donne satisfaction ni aux besoins de la communauté ni aux intérêts de la production. L'avenir appartient au socialisme, soit au socialisme absolu, démocratique et révolutionnaire de l'Etat, soit au socialisme relatif, conservateur et sage, des corps de métiers. Organisation sociale des Etats, voilà la solution de la question sociale' ».
Il n'y a pas lieu d'être surpris de ce que Hitze ne voie pas d'autre moyen de salut que le retour aux anciennes institutions des corporations adaptées aux besoins du temps présent. Les corporations ont résisté en Allemagne au choc des idées libérales et des tendances économiques de notre siècle. Elles ont des racines très profondes dans les traditions historiques du peuple allemand. L'industrie allemande s'est appuyée pendant plusieurs siècles sur ce système, et ce n'est qu'en 1868 que la loi a retiré olliciellement aux corporations le privilège séculaire qui interdisait aux étrangers l'exercice d'une industrie, et a accordé la faculté à tout industriel d'employer des ouvriers et des apprentis en nombre non limité. Ce n'est qu'en 1871 que la loi, tout en conservant les anciennes corporations dans l'empire, leur retira avec les anciens privilèges tout caractère d institutions publiques et les réduisit à être de simples associations commerciales d'industriels autonomes réunis pour administrer et faire prospérer leurs affaires.
Mais la réaction fut très grande dans tout l'empire. Le malaise économique lut presque toujours, à tort, attribué à l'abolition des coporations, et le parti qui en désirait le réta-