‹ Le socialisme chrétienChapitre 126 sur 133 · En · texte numérisé non relu

En

qui ont pour but soit de protéger les peuples contre les caprices tyranniqucs des princes, soit d*enipécher le pouvoir central (summam renipitblicam) d'intervenir d*unc façon importune dans les affaires municipales ou domestiques; toutes celles qui relèvent la dignité de la personne humaine ou sont de nature à garantir à chaque citoyen IVgalité des droits, FKglise catholique les a ou bien établies, ou bien prises sous sa protection, ou bien conservées : les monuments historiques des âges précédents sont là pour l'attester. » Sous Pie IX, en 1865, la Civiltà y' cattolica, qu'on a si souvent représentée comme

l'organe officiel de l'absolutisme politique, avait dit en termes plus philosophiques ou plus tech-

niques : « La doctrine de TKtat de la Révolution ne montre pas dans la société un organisme vivant, composé d'éléments (»rganisés euxmêmes, dont chacun a sa vie propre, ses propres lois, qui ne peuvent pas lui être enlevés. On n'y voit qu'un mécanisme inerte, fait de ^ leviers et de rouages, qui ne saurait être

actionné que par une force motrice extérieure, celle du gouvernement du moment. »

Ces textes ne visent point directement le régime industriel ou économique. Mais n'y sontils pas applicables? Ne nous préparent-ils pas à comprendre que la vraie théorie chrétienne est une théorie où chacun doit organiser sa vie propre (avec Taide morale de la religion, sans

doute, et sous la protection de la loi), mais eu sacrifiant le moins possible sa dignité au désir de se voir privilégié par le « gouvernement du moment » ! Ttmt n'est point louable tant s'en faut, tout n'est point acceptable dans la vie des nations modernes. Quand Léon XIII n'était encore que le cardinal Pecci, archevêque de Pérouse, il savait dans le carême de J877) flétrir les abus de la civilisation contemporaine : la production considérée comme la lin suprême' de rhomme, la surcharge des heures de travail, Tabrutissement des enfants a conduits dans des manufactures où la phtisie les guette au milieu ., de leurs Tatigues précoces », la frénésie du travail arrachant la mère au fover domesticpie, la fureur de tenir tous les hommes rivés ii la matière, plongés et absorbés en elle; « d'un coté, des frémissements désespérés, qui n'attendent qu'un signal pour se convertir en des actes de sauvagerie; d<* l'autre, des divertissements obscènes, des danses condamnables, une corruption à la mode ». Mais il terminait cette énumération par ces paroles * : « S'il existe un moyen d<* faire cesser le mal contemporain et de conjurer les périls futurs, ce n*» peut être que votre fidélité aux lois de Dieu et de son Kglise, manifestée courageusement par leur

1. Un Hciil nppcl était fait « aux lois i) : c'était puur interdire le « trafic hans humanité u du Iravnil prématuré de» enfuntA dans les manufactures.

observance et les exemples d'une vie chrétienne... ».

M<iis, arrivé au trône pontificaU Léon XIII, qui ne le sait? semble avoir consacré toute son ardeur et toutes ses lumières aux intérêts des ouvriers. Armé d'une plus grande autorité, a-t-il modifié, sinon ses idées, au moins la manière de les faire pénétrer dans les esprits? A-t-il transformé ses conseils en ordres? A la place de ces vertus chrétiennes (pie tout prêtre a le devoir de recommander à chacun, a-t-il réclamé quelque organisation soumise à la direction et aux ordres de rKglise? Ce changement, Tencyclique Immortale Dei ne l'annonçait pas ; les déclarations qui ont suivi ne l'ont pas réalisé.

Il est inutile de multiplier ici les citations. Les allocutions du Pape aux pèlerins * sont bien connues. Ne demande-t-il rien à la loi? II lui demande un petit nombre de garanties expresses, bien expliquées, et dont l'énumération fait comprendre que pour tout le reste il s'en rapporte

à la liberté « Ce qui est indispensable, c'est

que, moyennant des règlements et des mesures sages et équitables, on garantisse les intérêts des classes laborieuses *, on protège le jeune

Page 1