Luc, XII
« établi juge sur vous ou pour faire vos parta- « ges ? »
Puis il lui dit : « Gardez- vous de toute avarice ». Ce dernier précepte a trait à la vie intérieure, a la vie morale; c'est celui auquel le Maître tient; c'est celui qu'il a réservé pour sa conclusion.
Mais Jésus a des disciples dévoués qui se prêtent il un mode d'existence exemplaire ; il a des apôtres, et ces derniers organisent une Eglise qui, tant qu'elle est formée d'une élite restreinte, vit dans une règle spéciale. N'est-ce pas là que le christianisme a servi l'idée socialiste par ses préceptes et ses exemples?
Ces textes ont été expliqués plus d'une fois. En avaient-ils besoin et n'étaient-ils pas d'une clarté parfaite?
C'est d'abord l'histoire du jeune homme riche, racontée en termes à peu près identiques par saint Matthieu et par saint Marc *.
<( Et voilà que quelqu'un s'approchant lui dit : « Bon maître, que ferai-je de bon pour avoir la « vie éternelle? »
« Jésus lui répondit : « Si tu veux entrer dans « la vie, garde les commandements. » — « Les- « quels? )) demanda-t-il.
(( Jésus lui répondit : « Tu ne tueras point; tu « ne commettras point d'adultère; tu ne déro-
1. Matth.» XIX. — Marc, x, 17. — Je donne le texte de taint Matthieu.
(( bcras point; tu ne rendras point de fauxtémoi- « gnage. »
« Honore ton père et ta mère, et aime ton prochain comme toi-même. »
Ce sont là les lois inscrites dans le livre de TExode *, et Jésus leur donne une valeur universelle : il en fait les conditions, non plus seulement de rentrée dans une terre promise, mais de a la vie » éternelle et absolue.
« Le jeune homme lui dit : a J'ai observé tout (( cela dans ma jeunesse. Que me manque-t-il
« encore? »
« Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, <c vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et c( tu auras un trésor dans le ciel; viens ensuite (f et suis-moi. »
Voilà le second et suprême degré. C'est un sacrifice que Jésus ne demande pas, mais conseille à celui qui a l'ambition de faire plus que la loi. Ce sacriBce sera récompensé au centuple. Celui qui Taura fait aura donc abandonné volontairement quelque chose qui était bien à lui; car s'il eût abandonné des richesses injustement possédées, où serait la perfection? où serait le droit à une récompense exceptionnelle?
On sait que l'Evangile ajoute : « Lorsque le jeune homme eut entendu cette parole, il s'en alla triste, car il avait de grands biens ». Quel