I.A TRADITION. I-ES lirHISU
diiiis l.i stM-lf (le-; calhaiTs t-l «1rs albi^^*'(>i>. — Les ViiMilui-.. — Le»* fralricollcs. — Les anabaptistes. — Dans l'Eglise, le socialisme n'est représenté que par les hérésies.
Voici cependant l'Eglise chrétienne qui se constitue elle-même à Tétat de société. Elle se dégage peu à peu de la a loi » mosaïque et des institutions propres aux Juifs. Elle enseigne aux nations une loi jusqu'alors inconnue, elle se mêle à tous les peuples, qu'elle travaille à rapprocher les uns des autres, elle s'adresse à leurs* consciences, elle s'efforce de persuader ceux qui les gouvernent; elle leur imprime, quand elle le peut, une direction qui, de proche en proche, tend à « renouveler toutes choses » .
Dès lors, ne sommes-nous pas destinés a voir grandir chez elle un vrai « socialisme », demandant qu'on mette à la portée de chacun les ressources de tous et qu'on ordonne à tous la pratique effective d'une justice complète?
Aux documents authentiques de répondre!
Tout récemment, le plus grand journal de Paris contenait l'assertion suivante ' : a II n'y
1. Sans poasser bien loin l'indiscrétion, l'on peut dire qu'elle avait toutes chances d'émaner d'un professeur de théologie protestante ou d'un agrégé de philosophie, occupant l'un comme l'autre, parmi leurs collègues, un rang des plus élerés. — Voir le Temps du 20 janvier 1891.
a en somme que deux systèmes possibles, deux théories de TÉtat. Ou bien TÉtat est une sorte d'entité métaphysique, avec des droits antérieurs à ceux des individus, une véritable providence, chargée de dispenser les biens et les maux et de faire régner la vertu ; ou bien l'État est une assemblée de citoyens formée uniquement dans le but d'assurer a chacun de ses membres le respect de ses droits et de ses libérâtes. La première doctrine est celle de Platon, des Pères de l'Eglise et de toutes les sectes communistes; c'est aussi celle de M. de Mun. »
Je n'ai pas l'intention de m'arrèter pour aujourd'hui à ce dernier nom qui personnifie, semble-t-il, les aspirations socialistes d'une très grosse fraction des catholiques actuels. Mais une fois de plus on vient de nous donner Platon, les Pères de l'Église et les communistes comme formant les anneaux successifs et étroitement unis d'une même chaîne. Est-ce vrai? Est-ce faux? Il est peu de problèmes historiques ou philosophiques dont l'importance dépasse celle de cette question.
En fait, on ne peut nier que la première Église de Jérusalem ne vécût dans une communauté assez étroite. Ce fut la continuation — peu prolongée, du reste — de cet état dont parlent les Actes des Apôtres. Était-ce une communauté obligatoire? Les paroles mêmes si connues do saint Pierre a Ananie prouvent que non. Etait-ce
une communauté absolue de tous les biens?
Aucun texte ne le prouve, et riiistoricn protestant Mosheim * estime qu'il y avait là tout simplement un régime où la charité des riches envers les pauvres était toujours active et en quelque sorte illimitée, mais libre. « Nul ne regardait comme étant à lui rien de ce qu'il possédait * )>, dit le récit apostolique. Donc on pouvait rester légitime propriétaire de ce qu'on avait, tout en mettant en commun les fruits et les revenus. C'est là une interprétation que rien ne repousse et qui n'est nullement contredite par le fait que les plus zélés vendaient ce qu'ils possédaient pour en apporter le prix aux apôtres. C'est le propre de toutes les sociétés naissantes et isolées de serrer ainsi leurs membres les uns contre les autres et de leur persuader un dévouement réciproque. C'est aussi quelquefois le cas de certaines castes afiaiblies qui expirent au milieu de l'hostilité de leurs contemporains. Là, comme ailleurs, les extrêmes peuvent se toucher.
Sous ce rapport, l'histoire de l'Eglise permet d'établir une distinction très nette entre les premiers chrétiens et les essénlens avec lesquels on a cherché souvent à les confondre. Les esséniens étaient une secte fatiguée du vieux judaïsme; ils représentaient le dégoût des sanc-