‹ Le socialisme chrétienChapitre 31 sur 133 · Lettres, I · texte numérisé non relu

Lettres, I

LA TRADITION. — LES HÉRésiBS. fc5

cependant qu'à un homme isolé et qui avait manifesté de lui-même le désir de ne pas se contenter de la simple observation de la loi. Clément d'Alexandrie n'en croit pas moins qu'elle a un sens divin et mystique '. Selon lui, Jésus voulait dire : « Chasse de ton cœur toutes les idées vaines que tu avais sur la richesse, chasse loin de toi la concupiscence et les soucis et les inquiétudes mondaines qui étouffent le germe de la vie!... »

Cette interprétation spéciale du texte sacré fut-elle admise? Je ne le crois pas ; mais il est certain qu'elle résumait parfaitement le sens consacré du conseil évangélique, une fois qu'on entendait l'offrir, non plus à un seul ou à quelques-uns, mais à tous. Ce qu'il faut noter dans tous les cas, c'est que la générosité des premiers chrétiens, imbus des préceptes des apôtres, ne cessait jamais, si large qu'elle fût, d'être libre. Saint Justin ' prend soin d'insister : <( Ceux qui en ont les moyens et qui veulent bien (ol eOirofoGvTSî Te xal pouXojxevoi) donnent selon leur idée et chacun comme il l'entend (xaTa TupoaiceTiv exaycoç TT,v saiiToG). Ce qui est ainsi recueilli est déposé chez celui qui a l'autorité : celui-ci dès lors vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux que la maladie ou toute autre cause a

t. Liber : Quiê divea tahetur? Édil. Mignc, t. II, col. 615. 2. Apolog, Lxvii. Voir édit. Mignc» col. 430. Cf. TertuUien, ApoL xxxiz.

iiiis dans le dénuement^ aux captifs, aux voyageurs pauvres ; en un mot, il prend soin de tous les indigents. »

Ainsi, les contributions sont volontaires ; puis le produit n'en va pas indifféremment à tout le monde; il est réservé ù ceux que des circonstances particulières ont mis malgré eux dans un état de pauvreté ou de souffrance exception-^ nelle.

Pour qu'on vienne ainsi en aide à ceux qui ont moins que le nécessaire, il faut sans doute que quelques-uns aient davantage. D'où ce surplus leurcst*il venu? Apparemment de la façon dont ils ont su prendre leurs intérêts. Comme le dit saint Irénée S commentant plus d'un pas* sage de la Bible et de l'Évangile qui nous sont connus, « qui est-ce qui vend quelque chose et ne veut pas tirer un gain de celui qui lui achète? De son côté, qui est-ce qui achète et qui ne veut pas que celui qui lui vend respecte ses intérêts? Quel est le commerçant qui ne fait du commerce expressément pour en tirer de quoi vivre? » Voila, dira-t-on, du gros bon sens. Mais est-il le plus souvent besoin d'autre chose contre des erreurs toujours renaissantes et des utopies toujours caressées?

Mais est-il permis d'accumuler par l'économie, et est-il permis de transmettre son bien? Malgré

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