In pêolmum zit
60 LE SOCIALISME CHRKTIBK.
VOUS accomplissiez la volonté de Dieu, aurionsnous besoin de telles paroles? Prête aux pauvres ; c^est Dieu qui te répond pour eux, c'est Dieu qui te payera ! »
Ces aumônes on ces prêts d'argent ne sont cependant pas des libéralités que les Pères recommandent aveuglément , indistinctement , comme on les en a tant de fois accusés. Sans doute, celui qui tient à donner pour donner et pour soulager sa conscience, celui-là n'est point blâmable. On ne lui fera tout au moins que des reproches bien légers, car on sait que le plus difficile est d'obtenir la volonté de donner, et c'est à quoi le prêtre s'efforce : là est sa mission. C'est à lui à rappeler qu'il est inhumain et peu chrétien de garder pour soi seul les avantages, quels qu'ils soient, dont on jouit. « Si tu as la santé, viens en aide aux malades; si tu es riche, viens en aide aux pauvres ; si tu es joyeux, viens en aide à celui qui est triste \ » Mais si, à la prédication pure et simple* du dogme, le docteur de rÉglise a su allier quelque étude des lois du monde moral, il ne dédaignera pas d'avertir la prudence du fidèle. Ainsi fera saint Ambroise. Il rappellera* qu'il faut songer d'abord aux siens, puis à ses domestiques, puis aux gens de bien. Il expliquera que l'aumône doit être justifiée par diverses considérations, fide^ ioco, causoy tern-
1. Saint Gréfj^oirc de Nazianzc, Oratio xiv, 26. !2. De officii» minisirorum, i, 28, 157.
LA TRADITION. — LES HERéSIES. 61
pore, II ne faut pas non plus qu'elle soit sans limites : Dieu ne veut pas que Ton gaspille ses richesses, mais qu'on en dispense les bienfaits {jion effundiy sed dispensari).
Plus loin, le même Père * énumère les principales espèces de libéralités que doit s'imposer un chrétien, quand il le peut. Ce sont toujours les mêmes : « Racheter des captifs, arracher des femmes au déshonneur, rendre des enfants à leurs parents et des citoyens à leur patrie, doter des jeunes filles... ». Mais de pareilles générosités ne sont pas à la portée de tout le monde. Il y a beaucoup d'honnêtes gens qui ont des ressources modestes : ils ne peuvent en apparence rien donner pour alléger la pauvreté d'autrui ; et cependant il est un genre de bienfaisance qui leur permet d'aider leurs inférieurs; car « il est une générosité qui agit sans donner d'argent et qui trouve le moyen de rendre service, et bien souvent c'est de beaucoup la plus belle, de beaucoup la plus éclatante ».
Dans tout cela, je ne vois guère de communisme ; je ne vois même pas poindre ce socialisme d'Etat demandant à l'action des pouvoirs publics de rétablir (en l'imposant) un équilibre plus exact dans la coopération toujours nécessaire des riches et des pauvres. Je ne vois pas non plus que les Pères aient devancé la théorie socialiste