De ofpeiîê mintsirorum, ii
62 LE SOCIALISME CHRl&TIEN.
du droit au crédit et du crédit h tous, par leurs recommandations sur les prêts.
Il est certain que le prêt à intérêt est suspect à la grande majorité des Pères de TEglise. Aussi fut-il positivement défendu aux a clercs » de prêter k intérêt. Mais il est inutile de revenir sur une question aussi épuisée. Tout le monde sait que les Pères n'ont jamais écrit en vue d'une société « industrielle ». Ils n'envisageaient pas le crédit qui aide un homme à tnivailler dans des conditions plus avantageuses ou à entrer d'avance en possession d'un capital dont il tirera parti pour fortifier sa situation, en créer une à ses enfants. Ils considèrent uniquement les emprunts faits sous la pression de besoins personnels; et dans ces conditions leur règle est uniforme. Si ces besoins ne sont pas absolument impérieux, ils disent au pauvre : « Sache te priver, cela vaut mieux, car l'emprunt te causera bien des déceptions et t'exposera même à bien des fautes j). Si ces besoins sont certains et urgents, ils disent au riche : « Vois ton frère qui souffre, ne spécule pas sur sa misère, fais pour lui ce que tu peux et ce que la charité te commande ».
Les véritables socialistes reconnaitront-ils ici des ancêtres? Ils devront en être, ce semble, bien éloignés. N'est-il pas de tradition parmi eux que la charité est un outrage à la dignité de l'homme libre et un outrage à la justice, un moyen hypo-
crite de sauver un injustifiable privilège, en sacrifiant une petite partie de ce qu'on détient par accaparement, par monopole ou, plus simplement, par vol ? Entre un socialisme qui veut avant tout rendre inutile une charité ainsi soupçonnée et une religion qui fait de cette charité la vertu par excellence, iln^cst point aisé d'apercevoir une bien étroite parenté.
La démonstration toutefois n'est pas complète ; car on peut dire : « Sans doute, le christianisme essaye d'abord de remédier aux maux qu'il constate, en conseillant aux uns la modération, aux autres la charité. Mais par-dessous cette prédication qui va d'abord au plus pressé, n'a-t-il point une doctrine à lui sur les origines, sur les caractères, sur l'étendue possible de ces maux? Il s'incline devant les riches, non sans les avertir cependant avec une certaine rudesse, et il essaye de relever la dignité des pauvres. Mais que pense-t-il de l'inégalité de leurs conditions? D'où croit-il que vienne la richesse? Ne la juge-t-il pas plus entachée du péché originel que tout le reste de ce qui est humain? Et quand, au lieu de s*adresser aux individus hors d'état de changer les institutions, il sait se faire écouter de ceux qui font les lois et les appliquent, quelles sont
donc les mesures qu'il conseille et qu'il s'efTorce d'obtenir? »
Essayons de répondre à ces nouvelles questions par des textes précis.
C'est une discussion bien ancienne que celle qui porte sur cette difficulté : « L'inégalité des conditions vient-elle de la nature ou vient-elle des hommes? Et si elle vient des hommes, qu'accuse-t-ellc ou que met-elle le plus en relief, leur initiative et leur courage ou bien leur cgoïsme et leur méchanceté? »
Dans le développement des idées chrétiennes, le mot de nature prend des acceptions toutes spéciales. Pour un théologien, il désigne souvent l'état de rhomme avant le péché, avant hi chute. Cet état se trouvait-il être la perfection? Non, évidemment : la perfection n'appartient qu'à Dieu. A quel degré en était-il rapproché ou éloigné? Dans quelle mesure exacte Dieu avait-il entendu départir h la race humaine ses dons et ses grâces? Si nous voulons juger, non par comparaison avec Tétat qui a suivi, mais par comparaison avec ce qui était métaphysiquement possible, il faut avouer que nous Tignorons; car les degrés de l'imperfection nécessaire et inévitable sont infinis, et Dieu était libre de choisir. Cet état primitif était un état d'innocence et de bonheur, nous dit la Genèse. Mais ne comportait-il aucune distinction? Ce serait s'avancer beaucoup que de l'affirmer. Indubitablement il y
avait la différence des sexes, et il est difficile de nier, comme le dit fort sensément un dictionnaire de théologie*, qu'Eve ait été un peu plus accessible à la tentation que son mari. De plus, il devait y avoir des distinctions au moins temporaires créées par les âges et par les rapports de filiation. C'est avant la désobéissance même que Dieu dit ' : « L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme ». Il établissait ainsi une série de relations changeantes. Enfin les œuvres de Dieu étaient extrêmement variées : les animaux qu'il s'agissait d'assujettir, les végétaux dont il fallait user étaient nombreux. La terre se prétait donc à une grande diversité d'occupations et de fonctions.
Cette diversité impliquait-elle l'inégalité? Ceci est une autre question. Avant la chute, Dieu dit de l'homme et de la femme : « Us seront deux dcins une seule chair ». C'est seulement après la chute qu'il dit à Eve ^ : n Tu seras sous la puissance de ton mari, et il te dominera ». Les Pères de TEglise ne se feront d'ailleurs pas faute de répéter que c'est le péché qui a amené la division, la guerre, la distinction des riches et des pauvres, l'esclavage. Il est donc permis de croire encore que c'est le péché qui a introduit la propriété individuelle.