‹ Le socialisme chrétienChapitre 41 sur 133 · Genèse, m · texte numérisé non relu

Genèse, m

Ce second état, d'après la théologie, fut un état transitoire; mieux encore, on ne peut le considérer à part que par une sorte d'abstraction, parce que la promesse de la rédemption fut immédiate et put produire immédiatement ses effets. Quelques Pères n'en disent pas moins avec saint Athanase ^ : « Le péché a ramené l'homme à la condition de la nature (si; '^o xaxà f uviv). Ils ont alors en vue non pas, il s'en faut, l'état d'innocence et de bonheur du paradis terrestre, mais un état où l'humanité, privée du secours divin, est abandonnée à elle-même et aux sollicitations des sens, un état qui n'est peut-être pas très différent de Tétat de nature de Hobbes, où toutes les rivalités et toutes les haines ne peuvent faire autrement que de se déchaîner.

Mais la rédemption efface tout aussitôt les effets du péché originel : elle en lève la fatalité; la médiation promise offre aux hommes le moyen de rétablir en eux l'intégrité des forces primitives. N'est-il donc pas alors, dira-t-on, de l'essence du christianisme de rappeler sans cesse les hommes à la méditation du plan divin, de les orienter continuellement vers l'état d'égalité dans lequel l'humanité avait été créée, où par conséquent elle doit être invitée à remonter si elle le peut?

lé De incarnatione Dei. Edit. Mignc, t. I, col. 343*

Oui, assurément; c'est en ce sens que saint Grégoire de Nazianze dit aux fidèles ^ : « Ayez en vue cette égalité primitive, et non pas cette division qui s*est introduite parmi les hommes avec l'amour du plaisir et Tavarice ». Qu'estce que cette égalité primitive? Par-dessus tout, c'est l'égalité des âmes, c'est l'égalité de leur dignité, l'égalité de leur devoir, l'égalité de leur destinée, c'est par conséquent leur égalité dans la justice. « L'injustice, écrit saint Jean Chrysostome ', méconnaît l'égalité dans laquelle Dieu nous a créés tous. Dieu nous a

donné la même essence, le même honneur »

Et ailleurs ' : « Nous n'avons pas seulement en commun la même nature, mais bien d'autres choses encore. Nous avons même ciel, même air, même soleil, même terre, mêmes eaux, même vie et même mort. Nous avons également la santé et la maladie, la nécessité de la nourriture et du vêtement. Nous avons mêmes sacrements et mêmes promesses d'immortalité. N'estil pas absurde alors de ne pas même garder l'égalité du droit (rf^v aù-ririv la"ovo[xtav)? »

Mais cette égalité spirituelle et cette justice exigent-elles l'égalité absolue des conditions et des fortunes et la suppression de la propriété individuelle? Nulle part la tradition chrétienne

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