‹ Le socialisme chrétienChapitre 44 sur 133 · npaalmum LXXXII · texte numérisé non relu

npaalmum LXXXII

être inconnue ou beaucoup plus restreinte Mais le péché d'Adam, dit saint Hilaire, « a enlevé a la terre son propre fruit » ; il a donc fallu qu'elle donnât désormais un fruit de production humaine. Le travail personnel ayant été rendu nécessaire, il a été juste que la propriété suivît. Si donc on a dit que la propriété individuelle de Thomme sur la terre est le résultat du péché, il serait absurde de conclure qu'elle a revêtu par là un caractère délictueux. Elle est la conséquence du péché ; mais par les efforts et les qualités qu'elle exige, elle en est moins la consécration que la rançon.

Est-ce à dire que les Pères voient dans toute richesse un signe authentique de courage et de prévoyance louables? En font-ils une récompense réservée par Dieu à des efforts vertueux et méritants? Ce serait là un autre excès dans lequel ils n'ont garde de tomber. Ils s'appliquent trop à marquer les différences de l'Ancien et du Nouveau Testament et le progrès du second sur le premier. La distribution des richesses est un problème dont la parfaite solution morale n'est ni à espérer ni peut-être même, en un sens, à souhaiter, pas plus que la solution morale du problème de la distribution de la maladie et de la santé. La religion défend également de voir dans le degré de fortune d'un individu soit un motif de louange et d'honneur, soit un motif de blâme et de mépris, a II faut une certaine hypocrisie, dit

saint Grégoire de Nazianze *, pour prétendre que, si quelqu'un est pauvre et malheureux, c'est que Dieu l'a voulu. Dans l'autre monde sans doute, c'est la vertu qui sera heureuse et le péché qui sera malheureux. Mais ici-bas, la distribution des biens et des maux est le secret de Dieu. » Il y a plus : « nous ne savons pas si cette distinction des riches et des pauvres émane de la divinité » ; il doit nous suflire de savoir que les uns et les autres sont également les enfants de Dieu. Saint Jean Chrysostomc dira aussi * : « D'où vient que celui-ci est riche? Je vous répondrai : les uns le sont par un don de Dieu, les autres par sa permission, d'autres enfin par les effets d'une dispensation dont le secret nous est inconnu. » Mais saint Grégoire de Nazianze avait été encore plus profond : « La terre, disait-il ', est, comme l'Océan, livrée à des perturbations et i\ des reflux qui sont de sa loi et de son essence (■Rap'éauTTj;! » et dont il ne faut chercher l'explication dans aucune idée, dans aucune volonté supérieure. L'usage fait de la richesse ou l'usage fait de la pauvreté, voilà ce qui importe seul, soit au point de vue de la conscience individuelle, soit au point de vue de l'estime sociale, soit au point de vue religieux et divin.

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