Oraiio xiv
Cette indifférence à l'égard des origines premières de la richesse, on pourrait presque dire que quelques Pères la poussent un peu loin.
« C'est mal posséder que de mal user », selon saint Augustin *. La phrase est à plus d'une entente; mais, rapprochée de quelques autres textes, elle fait voir que, dans l'esprit des docteurs du christianisme, l'usage actuel de ce qu'on a, l'esprit dans lequel on s'en sert, ont beaucoup plus d'importance que les hasards contingents ayant pu en signaler l'acquisition. Tout le monde, à bien peu de chose près, a voulu être riche. « Xe cherchez pas un pauvre dans la foule des pauvres ; c'est à peine si vous pou rrez en trouver un. Tu te dis pauvre! mais si tu t'enorgueillis et si tu prétends que les autres ne peuvent pas parvenir au royaume du ciel, prends garde qu'Abraham ne te dise : éloigne-toi de moi, je ne te connais pas!... Voici un homme : il est riche, soit! mais il n'a pas cherché à Têtre. 11 est riche par ses parents, par les dons qu'il a reçus, par les héritages qu'il a faits; mais il a mis une limite à ses passions. Allons plus loin : ses richesses sont le fruit de l'iniquité? mais s'il en use avec piété, tandis que toi, tu gémis d'être pauvre *! » Est-ce à dire que saint Augustin passe facilement condamnation sur l'iniquité de certaines acquisitions? Personne ne le croira;