Ibid,y cxiz
Ainsi, le juste doit se défier de lui-même, car il ne connaît pas tous les secrets du Créateur, et, sur tant de points, il ignore les forces de la nature, qu'il est bien obligé de s'en tenir très souvent au précepte de la charité : car là du moins sa conscience est sûre de ne pas s'égarer. Mais enfin, l'homme s'instruit peu à peu de ces secrets, et il se met en état de répondre à plus d'une question devant laquelle Job ne pouvait qu'adorer et se taire. Je me souviens d'avoir entendu le P. Gratry commenter, avec son enthousiasme et sa candeur ordinaires, ce chapitre admirable du livre de Job. Dieu dit au saint homme : « Dis-moi si tu sais quelle est la voie de la lumière ». — « Eh bien, disait le P. Gratrv, si Dieu nous faisait aujourd'hui cette question, nous lui répondrions : <( Oui, Seigneur, je le sais, « car je l'ai appris. » Et s'il nous demandait : « As-tu mesuré la terre? — Oui, je l'ai mesurée, « et très exactement. — Enverras-tu la foudre, et « elle ira ; et revenant, te dira-t-elle : me voici ? » — Nous lui répondrions : « Oui, je puis comte mander à la foudre et la trouver docile à mes (( ordres », et ainsi de suite. Ainsi pourrions-nous dire que nous avons découvert bien des applications de la vérité éternelle, bien des lois présidant, non plus aux rapports de la lumière et de la foudre, mais aux rapports des actes humains et h la répercussion que les intérêts des uns exercent de près ou de loin sur les intérêts des
autres. Nous avons ainsi fondé Téconomie politique, ignorée de Job au même titre que la géodésie et que Toptique.
Mais les saints mêmes de l'ancienne loi ne savaient-ils rien des rapports sociaux? S*en remettaient-ils absolument à la loi impérativc et à la loi de leur propre nation ?
Commençons par le second point. M. Renan nous dit (en parlant du Lévitiquc et du Deutéronome) : « La pitié, Thumanité, y sont pous-| sées aussi loin que possible, mais toujours, natu-j rellement, dans le sein de la société israélitc ».' Il semble cependant qu'à côté de Tidée de l'éternité de la justice, nous trouvons encore l'idée de son universalité. Dans l'Exode, nous lisons : « Tu n'afra^)liras pas le droit du pauvre » ; et un peu plus haut : « Vous ne contristerez ni n'opprimerez l'étranger ». Nous avons vu aussi que Jérémie n'a pas manqué de proclamer : « Si vous ne faites pas tort à l'étranger, au pupille et à la veuve * ».
Quant aux formules de droit, peut-être ne sont-elles pas très nombreuses ; mais elles sont très claires et très simples. La réciprocité y est tout d'abord posée avec ce caractère presque mathématique que la conscience populaire se flatte partout d'introduire dans la justice. « La balance trompeuse est en abomination au Sci-