De legibus, IX
sairc, comme certains moyens deviennent nécessaires dès qu'une certaine fin est acceptée *.
Il y a donc, par le fait seul que la nature humaine existe, une loi naturelle. « La loi naturelle est une pour tous les temps et pour tous les êtres de la nature. C'est ce qu'ont enseigné Aristote, Cicéron, Lactance : car cette loi ne dérive pas d'un état particulier de la nature humaine; elle dérive de la nature humaine elle-même, de
son essence '. »
Et ici nous retrouvons une fois encore cette distinction dont les esprits furent si longtemps obsédés : n'y a-t-il pas deux états de nature, l'état de nature innocente et l'état de nature déchue? — (( Quelques-uns disent, lisons-nous dans Suarez, qu'il faut distinguer l'état de nature intacte et l'état de nature corrompue; que dans le premier, par exemple, le droit naturel demandait la liberté de tous les hommes, la communauté, l'égalité dans la possession des choses, tandis que dans la nature corrompue il demande l'esclavage et la division des biens. » Parmi ceux qui insistaient sur cet antagonisme des deux états, Suarez cite le célèbre Duns Scot '. « Scot et quelques autres disent qu'avant le péché il était ordonné aux hommes d'avoir tout en commun. » Qu'on mepar-
1. C'est ce que certains métaphysiciens ont appelé la nécessité hypothétique.