‹ Le socialisme chrétienChapitre 77 sur 133 · Liv. I, 6* proposition · texte numérisé non relu

Liv. I, 6* proposition

2. Cette expérience, Bossuet veut qu'on la consigne et qu'on aille la consulter dans (c des registres publics i». De nos jours il aurait donc goûté la statistique, et il aurait voulu que la législation s'en éclairât.

tendre ii ce que Bossuet, s'adrcssant à Thériticr de Louis XIV, lui enseignât qu'une nation est un corps n'ayant pas besoin de tète ou que la multitude a le pouvoir de créer par sa seule volonté la justice et l'injustice, le bien et le mal. Mais il insiste sur cette idée, que la loi se fait par le consentement de la nation ; et il va jusqu'à dire que Dieu même — quelle plus haute leçon pouvait-il donner? — n'avait pas voulu imposer à son peuple une loi que celui-ci n'aurait pas acceptée. « Dieu, dit-il, assemble son peuple, leur fait à tous proposer la loi, par laquelle il établissait le droit sacré et profane, public et particulier de la nation.... Moïse reçoit ce traité au nom de tout le peuple.. . Tout le peuple con^ sent expressément au traité. » Enfin Bossuet ajoute : « Il faut remarquer que Dieu n'avait pas besoin du consentement des hommes pour autoriser sa loi, parce qu'il est leur créateur et qu'il peut les obliger à ce qu'il lui plait; et toutefois, pour rendre la chose plus solennelle et plus ferme, il les oblige a la loi par un traité exprès et volontaire. » Si la puissance créatrice a fait cela, que ne doit pas faire une puissance simplement humaine? ICt le précepteur du Dauphin pouvait-il marquer plus éloquemment la nécessité du consentement volontaire des peuples pour donner à la loi sa pleine autorité?

Bossuet est-il entré dans le détail des lois les plus importantes? C'est ici surtout que nous pou-

U* LE SOCIALISME CBBCmJL

Tons %'oir de quel côté il cherche des remèdes aax misères homaînes. La société, selon la Politique tirée de F Écriture sainte, repose sur deux fondements aussi nécessaires Tan qae l'autre : « le partage des biens • c'est-à-dire la propriété individaelle et « l'esprit de secours mutuel j». Ije partage est nécessaire, d'une nécessité démontrée par l'expérience, car celleci fait voir que « non seulement ce qui est en commun, mais encore sans propriété légitime et incommutable, est négligé et à l'abandon. (Nous reconnaissons les arguments de saint Thomas.) C'est pourquoi il n'est pas permis de violer cet ordre. » D'autre part a l'Ecriture sainte ne veut pas que le partage des biens fasse oublier le droit primitif de la nature ' ».

Il est vraiment lacheux que Bossuet n^aît pas eu assez de liberté d'esprit pour tracer et surtout pour faire accepter un programme plus étendu. En quelques lignes il esquisse ce que nous appellerions aujourd'hui Téconomie sociale de la nation. Changez deux ou trois mots, et il vous semblera qu'il s'agit de l'époque même où nous vivons; car les dangers qu'il signale sont bien de ceux dont nous souffrons le plus à l'heure présente : le vagabondage, la mendicité, le vice public, Tinsunisance du nombre des naissances dans les classes aisées du pays.

Page 1