Vl'niiers du 17 août
•lo.'l
LE SOCIALISME CIIUKTIF.N.
vraii, nciii seulement dans les institutions, vh-àm clans les âmes; ils créeront un idéal social poui un homme t(»ut autre que celui (|ue ncins rou-
naissons Cet inconvénient n'est pas nouveau
ni propre aux républicpies; tous les despotcji ont entrepris plus ou moins de réaliser ce qur ces rêveurs demandent. Mais dans un pays libre, pour combattre IVxtravaj^ance des utopies, il v a toujours les ressources infinies de la vérité et de la liberté. » Voilà ce (pi'il écrivait le 1*' mars. Il ne sVn était point encore repenti lorsqu'il disait, peu de temps après : « La question n'est pas entre la république et la monarchie.... La question, la vraie question est maintenant entre la république païenne, une république lacédémonlenne, oppressive et tyrannicpie, et la république chrétienne, moderne, tolérante et libérale. »
Tous ces excès (ju'il avait si bien prévus, Louis Veuillot ne s'est pas contenté d'en triompher, comme d'une justification de ses pro|)liéties : il les a cttmbatius. S4iit par ses propres articles, soit [lar ceux qu'il inspirait dans son journal. Mais comment'.' Il y a plusieurs parts à l'aire ilans celte polémitpit». comme dans cidle de plus d'un or^jane reliirieux i»l conservateur tic r«'|uique. Les arguments moraux, relitjioux. et les arguments «le st'iis commun turent présentés avec talent. L«*s ar>;uments scientifiques, tires lie l'analyse des laits économiques, v firent un peu trop tléfaut.
II V avait chez Louis Vcuillot une sorte de parti pris analogue à celui qu'il avait montré dans sa lutte contre les philosophes. Il défendait, certes, avec éclat le surnaturel et la religion : il refusait trop à la raison le droit de constituer un ensemble de vérités à elle, il refusait trop à la conscience le pouvoir de poser un droit naturel et une morale humaine. Il se . souciait fort peu de voir Victor Cousin ou Jules : Simon démontrer Texistence de Dieu avec les j preuves de Técole. Il ne se souciait pas beaucoup plus de la façon dont Thiers, dont M. .Franck, dont leurs collègues de l'Académie des sciences morales et politiques pulvérisaient les communistes *. Il trouvait logiques les gens qui, du jour où ils ne croyaient plus a Jésus-Christ, devenaient athées; et il ne jugeait pas moins conséquents les hommes qui, ayant cessé d'être catholiques, devenaient d'un seul coup socialistes. « Cherchez tant qu'il vous plaira, vous ne trouverez pas au droit de propriété d'autre fondement solide que l'article de la loi divine par le(|uel il est défendu de prendre le bien d'autrui.
1. Un jour {Univers du 25 septembre 1848), il traita de « beau et savant », un discours de Thiers sur la propriété; mais presque aussitôt il atténuait ses éloges et prouvait que « ce parti » ne voyait pas le vrai ce fond » do l'ordre social pour lequel il craignait tant.
i*'9tit' froire n la |iroprirtr iiuand ««n ne croît ! pa* *rji liieu. il faut être proprirtair^. j» * (> th-rni^'T nj'»î était un mot de jimroaliste. Si on ent*-nd y voir une hTperl>«Je voulue, une épi^framme aux troi< quarts vraie contre les rroyanre* intér*-**ée< de la plupart des hommes, ce nV*t pas *'-ulement un mot piquant, c'est un mot â rMenir. Mais aller plus loin, c'est heurter la vérité f'i l'orlhodoxie. Car dire que quand l'homme chercha une loi en lui-même et non ' en Dieu, il n'v tniuve absolument que le droit . d'affir sehin ses hesf>ins, ses intérêts et ses passions, c'est aller contre la doctrine de saint l*aul, contre celh* des Pères, contre celle de tonte l'K^lise. Proudhon ne fut pas sans tirer pîirli de ces excès de pcdémique : « 1/ t'/i/f^^r^A dit-il, nous déclare qu'il n'a pas de doctrine k •: lui; il n'y a donc pas de discussion p(»ssihle avec Y l'nivers ». ^^-^'^
(]e mépris pour la science humaine devait avoir son contre-coup dans la pratique. Que Vriiillot vît dans les espérances chrétiennes un n'inède j>lus efïi<'arc que les rêveries des comnuinistcs, il avait assurément raison. Mais s*en tenir là, est-ce suffisant pour quelqu'un qui a la prét(Mition de <lescendre dans la mêlée liuniaini^ et d'agir sur les destinées de son pays? Se r<**signer pour soi est très bien; se résigner pour les autres est moins bien, d'autant moins J)if»n qui* demander trop de patience aux
opprimés, c'est encourager régoïsme et la dureté des oppresseurs. Veuillot eût dû s'en souvenir. Il faut donc (et il semble que ce soit un devoir strict pour qui le peut faire) étudier les lois économiques et y chercher les moyens d'améliorer le sort du plus grand nombre. Si on ne le fait pas pour augmenter les jouissances des uns, qu'on le fasse au moins pour modérer les ambitions et réprimer les injustices des autres.
« La question, disait le rédacteur en chef de \ Univers *, a été résolue par l'Eglise, qui ne s'est jamais inquiétée d'économie politique. » Je n'ai pas besoin de montrer où est ici l'exagération, tout le monde la voit. L'Eglise enseignante n'est pas tenue d'approfondir l'économie politique : soit! Elle a autre chose à nous révéler. Mais l'Eglise militante (Veuillot certes en était) est tenue Ac l^ i]>])rendre et de l'enseigner à qui l'ignore, si elle veut remplir son devoir sur la terre. Au milieu de tant de pages <'»t incelantes ou pathétiques et d'éclairs multipliés de bon sens,^ce^»ssiniij4nie temporel provoque plus d'une réserve et plus d'un regret. Je comprends qu'au lendemain des barricades et des tueries insensées des journées de Juin, on ait fait l'éloge du désintéressement et de la paix, et ([u'on ait dit* : « Vivre pauvrement '"un tra-