II INTRODUCTION
ouvriers engagés dans l'industrie, et, en ce moment mêiae, il envahit les campagnes; le mouvement agraire qui remue rirlande, qu'on vient de comprimer en Andalousie, et qui couve ailleurs, est manifestement inspiré par des idées
socialistes. Sous une forme scientifique, il transforme l'économie politique et il occupe la plupart des chaires en Allemagne et en Italie. Sous la forme de socialisme d'État, il siège dans le cabinet des souverains. Et enfin, sous une forme chrétienne, il envahit le cœur des pasteurs de l'Église catholique , et plus encore ceux des ministres des divers cultes protestants.
Dans les débats qui ont eu lieu au Parlement allemand, le 23 mai i878, à l'occasion du projet de loi présenté par le gouvernement de l'Empire contre les socialistes, le député Jœrg, l'un des orateurs les plus distingués de l'Allemagne catholique , a dit avec raison : « Un mouvement presque imperceptible à son début s'est répandu avec une rapidité inouïe. On ne peut se rendre compte du développement si prodigieux de ces doctrines qu'en le considémnt comme la conséquence des modifications profondes qui se sont introduites dans les conditions économiques et sociales delà société. Oui, la civilisation moderne a son ombre, et cette ombre c'est le socialisme. Et l'ombre ne disparaîtra pas, tant que la civilisation moderne restera ce qu'elle est. Le socialisme n'est pas un fléau spécial à l'Allemagne. Il a établi en Allemagne son quartier général et il a fait chez nous son éducation philosophique et scientifique, mais vous rencontrerez le socialisme partout. C'est un mal universel. »
LES PROGRÈS DU SOCIALISME m
L'Angleterre seule semblait préservée, mais ce qui prouve cpie cette immunité a disparu, c'est le succès extraordinaire qu'y obtiennent les plans de « nationalisation du sol » et les livres de M. Henri George, Progress and Povertj/j et de M. A. Wallace, Nationalisation of Land, qui les préconisent.
Qu'est-ce que le socialisme ? Je n'ai jamais rencontré ni une définition claire, ni même une détermination précise de ce mot. On est toujours le socialiste de quelqu'un. Depuis ses lois agraires pour l'Irlande, M. Gladstone est considéré par les conservateurs irlandais comme un socialiste de la pire espèce. M. de Bismarck, l'ami de Lassalle et de Schaîffle , l'auteur de la proposition abominable de constituer, au moyen du monopole du tabac, une caisse de retraite pour les invalides du travail, ne peut guère se défendre d'être socialiste, et, d'ailleurs, il avoue volontiers qu'il l'est. Les ministres, qui récemment, en France, voulaient faire reprendre et exploiter tous les chemins de fer par l'État, étaient, à coup sûr, des socialistes. Enfin, depuis les fameuses brochures de Bastiat, il est hors de doute, pour tout libre-échangiste convaincu et pour tout économiste orthodoxe, que quiconque n'admet pas la pleine liberté du commerce, est infecté de socialisme et de communisme. Proudhon, loin de vouloir fortifier l'action de l'État, en réclamait l'abolition sous le nom « d'anarchie. )) N'était-il donc pas socialiste? Après les journées de juin 1848, Proudhon dit au président du tribunal qui l'interroge, qu'il est allé contempler « les sublimes horreurs de la canonade ». — Mais, dit le président, n'êtes-