‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 19 sur 74 · I. — Le congrès mixte de Gand · texte numérisé non relu

I. — Le congrès mixte de Gand

C'est le désir d'unir de nouveau le camp anarchiste et le camp collectiviste, qui fît convoquer à Gand un congrès mixte, au mois de septembre 1877. Sur quarante-cinq délégués venus des divers pays de l'Europe et de l'Amérique, on comptait dix délégués bakouninistes. A défaut de Marx, son fidèle disciple Liebknecht était présent.

Le congrès de Gand a une double histoire : une histoire extérieure et une histoire intime. La première se rapporte à la bruyante réception des délégués à la gare de la ville , aux promenades dans les rues et aux séances publiques. Les journaux belges ont écrit cette histoire. Les séances publiques ont été presque toujours une longue malédiction contre la société et un long blasphème contre Dieu; la note qui a dominé a été le cri de haine contre le prêtre. Sur ce point, les Flamands, le délégué suisse, le communard Frenckel et quelques autres énergumènes ont cherché à se sur-

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passer. Les blasphèmes étaient quelquefois si cyniques, qu'on vit une partie de l'auditoire, prise d'un mouvement d'horreur, quitter la salle des réunions.

Nous ne reproduirons point ces outrages contre Dieu. Pour faire apprécier le ton quia régné dans leurs réunions publiques, il suffit de citer la déclaration suivante : « Nous aurons le plaisir d'assister à l'agonie des prêtres... Couchés dans les rigoles des rues, ils mourront de faim, lentement, terriblement, sous nos yeux. Ce sera notre vengeance. Et pour le plaisir de cette vengeance , joint à une bouteille de vin de Bordeaux, nous vendrons volontiers notre place au ciel. Que dis-je? Le ciel! Nous n'en voulons pas; ce que nous demandons, c'est l'enfer, l'enfer avec toutes les voluptés qui le précèdent; et nous laissons le ciel au Dieu des papistes et à ses infâmes bienheureux (Applaudissements) ^ »

L'histoire intime du congrès de Gand s'est dérobée aux yeux des profanes. Nous l'emprunterons au journal officiel du socialisme allemand, au Vorwaerts ^. Les socialistes belges appartenaient généralement au parti des anarchistes ou des bakouninistes , et ils avaient cherché depuis quelque temps à se rapprocher des collectivistes. Deux questions passionnèrent surtout les débats entre les collectivistes et les dissidents , ou , pour parler avec le Vorwaerts y entre les socialistes et les anarchistes.

Les socialistes revendiquaient la propriété collective

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