Les Convulsions de PariSj t. I, p III
Un seul trait n'a peut-être pas été suffisamment accusé dans l'esquisse de Maxime du Camp, — un trait caractéristique : c'est la haine satanique de la Commune contre la religion.
Cette haine s'est produite dès les premiers jours par le décret du 2 avril ainsi conçu :
« Art. 1". — L'Église est séparée de l'État.
« Art. 2. — Le budget des cultes est supprimé.
(( Art. 3. — Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales.
« Art. 4. — Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens. »
Ce décret n'était que le signal d'une orgie sacrilège, renouvelée tous les jours, qui devait enfin aboutir à l'assassinat des otages et à ce massacre horrible des Dominicains, que Maxime du Camp appelle la chasse aux prêtres.
R. Meyer semble ignorer complètement les inqualifiables profanations et les exactions de tout genre perpétrées dans les églises et les établissements religieux. 11 faut en lire les détails dans YBistoire de la Commune par M. l'abbé Vidieu, qui a été témoin lui-même des scènes qu'il décrit et qui a recueilli avec le plus grand soin les dépositions de témoins oculaires. On dévalisa Notre-Dame , Notre-Dame de Lorette , Notre- Dame des Victoires , Saint-Eustache , Saint-Vincent de Paul, Saint- Jean, Saint-François, Saint-Martin, Saint Pierre, Notre-Dame de Clignancourt, Saint-Bernard, Saint-Roch, Saint-Ilonoré, Saint-Médard, Saint-Jac-
ques du Haut-Pas, la chapelle Bréa, Notre-Dame de la Croix, Saint- Ambroise, Notre-Dame de Bercy, Saint- Lambert, Saint- Christophe, Saint -Germain TAuxerrois, Saint-Pierre de Montrouge \ etc.
Voici ce qui se passa à Notre-Dame des Victoires : « Les tabernacles furent arrachés, les autels démolis, les confessionnaux renversés, les dalles du temple brisées. Outre le corps de sainte Aurélie , qui reposait sous l'autel de la Vierge, celui du vénérable M: Desgenettes , exhumé au pied du même autel , fut profané aussi. Les caveaux renfermant les ossements des religieux augustins furent violés. En même temps, on volait l'argent des troncs , on dépouillait l'église de tous les ornements sans exception, on dévalisait les sacristies; la fureur des pillards s'arrêta lorsque le sanctuaire ne présenta plus que l'aspect de la ruine. Alors commença une autre orgie également navrante. L'argent trouvé dans l'église avait été partagé entre les gardes nationaux; il servit à payer les frais d'une ripaille à laquelle prirent part des cantinières et d'autres femmes de mœurs douteuses. Ces revenants de quatrevingt-treize se revêtirent des ornements sacerdotaux, et simulèrent des cérémonies religieuses où l'odieux était mêlé au grotesque. La saturnale ne cessa que lorsque la fatigue et l'ivresse eurent vaincu les héros de cette sacrilège comédie. Les chefs se réservèrent tous les objets précieux, les calices, les ciboires, les couronnes offertes par le Pape à Notre-Dame des Vic-
l. L'abbé Vidieu, Histoire de la Commune, p. 227.
toires, le trésor complet de l'église, toutes les valeurs et le linge * . »
Il y avait quelque chose de plus hideux que ces orgies ; c'étaient les lâches et abonûinables diffamations que l'on multipliait contre les victimes de la Commune pour les dénoncer à la haine populaire. Écoutons Maxime du Camp : « On avait fouillé les vieux ossuaires des églises qui avaient servi de lieux de sépulture, nul ne l'ignore, jusqu'au jour où le Parlement, s'inquiétant de la salubrité publique, rendit l'arrêt prohibitif du 21 mai 1765. Le plus jeune des squelettes trouvés à Saint-Laurent, à Notre-Dame des Victoires et ailleurs , avait donc au moins cent ans ; il fallait être aveugle ou stupide pour ne point le reconnaître. On y mit tout ce que l'on avait de mauvaise foi ; ces débris humains devinrent les restes déjeunes filles entraînées par les prêtres dans les églises , étranglées ou condamnées à mourir de faim dans Vin-pace. On vendit à grands cris dans les rues un canard à gravures représentant les cadavres enfermés dans la crypte : « La voyez-vous, « cette scène horrible : ces jeunes femmes, ces jeunes « filles, attirées par des promesses ou l'espoir du plaisir, « qui se réveillent ici liées, scellées, murées vives !.. Ici « le catholicisme est à l'œuvre ! contemplez-le ! » — On ne peut sérieusement pas imaginer que l'on ait un seul instant ajouté foi à de pareilles turlupinades, bonnes à faire peur aux petits enfants ; et cependant on fît semblant d'y croire, afin de donner un prétexte, sinon un